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AP Terminale

Publié le 27.02.2015

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Le  Freitag, 27. Februar 2015

AP TES Euro (v. élève)

Sortir ? L. Auffant

  • AP TES - approfondissement - Sortir de l’euro ?

     

     

    Document 1 : les avantages attendus d’une sortie de la zone euro et les risques

     

    L’adhésion à la zone euro prive ses membres d’une variable d’ajustement clé en cas de retournement macroéconomique. Le raisonnement est le suivant : une dévaluation permettrait des gains de compétitivité plus rapides et bien moins coûteux socialement que des années de récession et de désinflation salariale telles que les pays périphériques en subissent depuis 2010.

    En effet, la liberté des capitaux, assurée par l’Acte unique européen en 1986, a favorisé les transferts d’épargne en Europe. Mais, en 2010, la découverte de la manipulation des comptes grecs, la chute du prix de l’immobilier en Espagne et en Irlande et le ralentissement économique suite à la crise des subprimes ont déclenché une fuite de capitaux des investisseurs du nord de l’Europe. […] Cette fuite des capitaux de l’intérieur a entraîné un assèchement de ressources financières pour les pays touchés par la défiance des investisseurs, ce qui a exacerbé le ralentissement économique et la hausse du chômage. C’est l’effet pervers de l’adoption d’une monnaie commune avec une circulation parfaite des capitaux sans autre ajustement possible : l’effet d’un choc est plus important que si les capitaux étaient immobiles. L’ajustement ne peut se faire par une dépréciation de la monnaie, qui rendrait le pays plus compétitif et lui permettrait de relancer son économie par les exportations. Au lieu de cela, les gains de compétitivité se font douloureusement par la baisse des salaires, en termes réels. Autrement dit, en l’absence d’une flexibilité des changes, les salaires sont devenus la variable d’ajustement en zone euro. Pour être plus compétitifs, les Brésiliens peuvent dévaluer leur monnaie alors que les Portugais, eux, doivent baisser leurs salaires.

     

    […] un argument courant en faveur d’un retour aux monnaies nationales est qu’il permettrait de s’affranchir des marchés financiers. Pourtant, la majorité des propositions en faveur d’un retour au franc a pour principe commun un taux de change fixe et ajustable pour les monnaies nationales. Or un pays qui décide d’ancrer sa devise à une autre monnaie est plus que jamais soumis au jugement des marchés financiers.

     

    […] Rétablir le franc permettrait de payer ses dettes dans une monnaie qu’on émet. […] le retour au franc ne poserait aucun problème car les dettes émises en contrat de droit national peuvent également être libellées en nouvelle monnaie nationale, selon la nouvelle parité fixée. Mais ceci n’est pas le cas pour la dette privée.

    En cas de dévaluation de 20% du franc, toutes nos dettes vis-à-vis de créanciers étrangers s’accroîtraient de 20%. Cela pose un problème si les salaires des ménages et le chiffre d’affaires des entreprises ne progressent pas, ce qui est plus réaliste à court terme. Les ménages et les entreprises verraient alors leur situation financière se dégrader de 20 %, ce  qui revient à une faillite. Or l’agent le plus endetté dans une économie est le secteur des entreprises car elles financent leur investissement à crédit. Et la dette privée externe pèse lourd dans notre économie ouverte : en France, le montant dû par des Français à des créanciers étrangers est de 2 370 milliards d’euros c’est-à-dire 1,5 fois le PIB. Aussi, la sortie de l’euro entraînerait une crise de la dette privée et une série de faillites dans le secteur productif.

     

    En conclusion, le principal défaut de la zone euro est devenu évident après la crise financière de 2008.  Certains États ont dû emprunter massivement pour renflouer leurs banques suite à l’éclatement de la bulle immobilière (Espagne et Irlande), pallier la chute des recettes fiscales et la hausse des dépenses dues au ralentissement de l’activité économique (Portugal et Italie). L’absence de transferts fiscaux entre membres de la zone a alors été fatale. Le stock de dette publique dépasse le volume d’activité dans certains pays. Les retraits massifs de capitaux doivent pouvoir être compensés par des transferts fiscaux. Il faut compléter l’union monétaire en nous dotant de l’instrument budgétaire. Entamer une union budgétaire et fiscale partielle est une solution crédible pour avancer avec l’euro. Cela permettrait de relâcher la contrainte en fournissant une variable d’ajustement autre que les prix et les salaires. Cela signifie plus de fédéralisme.

    Source : Anne-Laure Delatte « Sortie de l’euro », L’économie française 2015, OCDE, La Découverte, coll. Repères, 2014.

     

    1)      Expliquez les mots et expressions soulignés.

    2)      Quels sont les avantages attendus d’une sortie de la zone euro ?

    3)      Quels sont les risques d’une sortie de la zone euro ?

     

    Document 2 : faut-il sortir de l’euro ? Petit bréviaire des arguments pour et contre

     

    Depuis sa création, l'euro remplit pleinement les trois fonctions traditionnelles d'une monnaie : instrument de paiement, instrument de mesure de la valeur et instrument de réserve. Si notre monnaie unique ne manque pas de vertus, il reste exact qu'elle n'a toujours pas réussi à faire converger les économies des dix sept Etats qui l'ont adoptée. […] Le fonctionnement de la zone euro tel qu'il a été pensé à la suite du traité de Maastricht a atteint ses limites : un taux de change unique pour tous, n'est possible que si les situations économiques des membres de la zone euro sont identiques.

     

    DÉVALUATIONS SOCIALES

     

    […] A défaut de pouvoir utiliser le levier monétaire à leur guise pour dévaluer leur monnaie, les Etats membres de la zone euro sont contraints de recourir à des dévaluations sociales  pour améliorer leur compétitivité. De telles restrictions sociales ne font qu'aggraver les inégalités et ne font que freiner davantage la demande intérieure des Etats en question. Elles retardent d'autant la reprise économique et accentuent la montée du chômage. L'euro a donc une part de responsabilité tant dans la faiblesse des remèdes utilisés pour lutter contre la crise actuelle que dans la mise en œuvre de politiques de rigueur. Faut-il pour autant en déduire que la France devrait sortir de l'euro pour retrouver les chemins de la croissance et de l'emploi ? La sortie de l'euro est un leurre. Certains y voient une grande bouffée d'oxygène. Ceux-là nous disent que le retour du franc qui serait immédiatement dévalué, permettrait un regain de compétitivité.

     

    VASTE SAUT DANS L'INCONNU

     

    En récupérant sa souveraineté monétaire, la banque de France pourrait financer le déficit budgétaire sans être sous la tutelle des marchés financiers et l'Etat pourrait diminuer sa dette publique sans avoir besoin de recourir à de nouvelles hausses d'impôts ni sans avoir à tailler sévèrement dans les dépenses publiques.

    Or, à y regarder de plus près, la sortie de l'euro s'apparente plus volontiers à un vaste saut dans l'inconnu et sans parachute de surcroit.

    Force est de rappeler que sortir de l'euro provoquerait une dévaluation immédiate du franc, ce qui renchérirait le prix de tous les biens importés, ces biens qui représentent aujourd'hui plus du tiers du produit intérieur brut (PIB).

    Cela provoquerait ainsi un appauvrissement généralisé, notamment des plus modestes et la consommation s'effondrerait durablement. A défaut de consommation intérieure, les entreprises licencieraient en masse, le chômage exploserait et les inégalités sociales se creuseraient. En outre, ce retour du franc dévaloriserait considérablement l'épargne des agents économiques. Cette ruine des épargnants pénaliserait sévèrement les investissements et les entreprises asphyxiées par le crédit crunch fermeraient en masse. Face à ce risque économique généralisé, il serait illusoire de croire que la relance des exportations pourrait sauver notre économie. La baisse des tarifs des exportations liée à la dévaluation du franc serait doublement annulée par le renchérissement du coût des matières premières importées et par l'inflation vertigineuse à laquelle notre économie devrait faire face.

     

    TOUTE COMPÉTITIVITÉ PRIX IMPOSSIBLE

     

    D'autre part, la dévaluation sauf à ce que le franc atteigne des cours dignes du mark de 1929, ne permettrait jamais à nos entreprises d'aligner leurs prix sur ceux pratiqués par leurs concurrentes des pays émergents. L'écart social entre ces pays et le nôtre rend impossible et insoutenable toute compétitivité prix.

    Enfin, est-il besoin de rappeler qu'une première dévaluation en appelle souvent une autre, ce qui ferait courir le risque d'une guerre monétaire au niveau européen. Ces risques de change créeraient un climat de défiance nocif pour les échanges et pour la croissance économique. Ils conduiraient rapidement au rétablissement de barrières protectionnistes entre les Etats européens ayant quitté la zone euro. Par ailleurs, cette instabilité monétaire provoquée par la sortie de l'euro, alourdirait la dette extérieure qui est libellée en euros, et qui et de fait, n'attirerait plus les investisseurs. La crainte d'une accélération de l'inflation ferait monter les taux d'intérêt et renchérirait le coût de la dette publique. La fuite des capitaux deviendrait inévitable, l'investissement s'effondrerait et la perte de confiance dans la monnaie obligerait à des augmentations drastiques des taux d'intérêt qui empêcheraient tout retour rapide de la croissance. Une sortie de l'euro isolerait ainsi la France au sein de l'Europe ainsi qu'au sein de la scène internationale monétaire.

     

    ABSENCE DE GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE COLLECTIVE

     

    Pourtant si quitter l'euro est une voie périlleuse pour notre économie, y rester en l'état est aussi dangereux. L'euro souffre d'un déficit « d'Europe » et d'une absence de gouvernance économique collective. Une monnaie unique, suppose de franchir les étapes de l'intégration fiscale, budgétaire et sociale. Ces étapes ont toujours été repoussées pour finalement ne jamais se réaliser et ce alors même, qu'elles permettraient de renforcer l'homogénéité des pays européens et de les rapprocher. Cela n'est jamais allé au-delà des mots. La crise a révélé cet inachèvement. Il est donc urgent de relancer ce processus d'intégration européen sur des bases coopératives et de solidarité afin d'éviter de prendre la variante d'une sortie de l'euro conduisant à l'éclatement de l'Europe.

     Source : Gérard Fonouni, Le  Monde.fr, mis à jour le 17/02/2014, http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/02/16/faut-il-sortir-de-l-euro-petit-breviaire-des-arguments-pour-et-contre_4367637_3232.html#kKFTf1QxgAC4G6MO.99

     

     

    1)      Expliquez les mots et expressions soulignés.

    2)      Quels sont les avantages attendus d’une sortie de la zone euro ?

    3)      Quels sont les risques d’une sortie de la zone euro ?

     

    Document 3 : Grèce : le scénario catastrophe de la sortie de la zone euro

     

    Le sujet de la dette grecque sera au cœur de l'Eurogroupe, mercredi 11 février. Il divise toujours.

    Plan-relais, allongement du programme, nouvel accord… […] En la matière, la réunion décisive sera en effet l'Eurogroupe du 16  février.

    Alors qu'Athènes a présenté plusieurs demandes pour alléger son fardeau, les Européens, Allemagne en tête, restent réticents à l'idée de soulager le pays sans contreparties. " Nous ne négocions pas de nouveau programme ", a asséné mardi soir Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand.

     

    Terres inconnues

     

    " Les deux camps finiront par trouver un terrain d'entente ", rassure Thibault Mercier, spécialiste des pays du sud de la zone euro chez BNP Paribas. Certains experts commencent à en douter. " Berlin comme Athènes pensent être en position de force : on ne peut pas exclure que les choses dérapent ", analyse Gabriel Stein, chez Oxford Economics. De fait, le scénario d'une sortie de la Grèce de la zone euro (le " Grexit ") a refait surface ces derniers jours. […] Selon les économistes, ce scénario noir est peu probable, tant il serait financièrement désastreux pour la Grèce. Et politiquement ravageur pour la zone euro. Il pourrait néanmoins se produire dans deux cas de figure extrêmes. Le premier serait celui où, faute d'un accord entre Athènes et ses créanciers, la Banque centrale européenne (BCE) choisirait de suspendre les liquidités d'urgence dont bénéficient les banques grecques. " Le pays se retrouverait vite à court de liquidités ", explique Eric Dor, économiste à l'école de commerce de l'Iéseg. Pour s'en sortir, la Grèce n'aurait d'autre choix que de se mettre à imprimer sa propre monnaie. Et de quitter l'euro.

    Le second cas serait celui où Athènes, jugeant les requêtes de la " troïka " intolérables, quitterait la table des négociations. Le pays pourrait alors décider d'abandonner l'euro de son plein gré pour retrouver sa souveraineté monétaire. Dans les deux cas, la Grèce comme la zone euro entreraient en terres inconnues. D'un point de vue juridique, d'abord. Si les traités communautaires ne prévoient pas la possibilité de quitter la zone euro, la Grèce pourrait en revanche sortir de l'Union européenne (UE). " Les Etats membres pourraient aussi amender les textes pour permettre à Athènes de quitter la monnaie unique, mais pas l'UE ", analyse M. Dor.

     

    Fuite des dépôts

     

    Reste qu'une panique bancaire serait difficile à éviter. Pour limiter la fuite des dépôts, le pays devrait mettre en place un contrôle des capitaux, comme l'a fait Chypre en  2013, et limiter les retraits aux distributeurs. Pour opérer la conversion, il lui suffirait, en théorie, d'adopter une loi convertissant en une nuit tous les comptes bancaires et contrats en droit grec (de travail, de location, commerciaux…) en drachmes (ancienne monnaie grecque).

    Si imprimer de nouveaux billets pourrait se faire relativement vite, les Grecs chercheraient à coup sûr à conserver leurs euros, car le cours de la drachme se déprécierait automatiquement de 20 à 30  %. " On se retrouverait avec deux monnaies circulant en parallèle ", commente M. Dor. Surtout, la question de la dette publique deviendrait plus brûlante encore. L'effondrement de la drachme ferait en effet bondir sa valeur de 175 % à 220  % du PIB, selon les calculs d'Oxford Economics. Le pays pourrait alors difficilement éviter le défaut " Les négociations avec les partenaires européens pour savoir qui perdrait quoi seraient explosives ", estime Jésus Castillo, chez Natixis.

    L'économie grecque serait-elle gagnante ? Pas à court terme. L'effondrement de la devise ferait décoller l'inflation, le système bancaire serait à plat, le pays replongerait en récession et serait durablement exclu des marchés financiers. Certes, à moyen terme, les entreprises grecques gagneraient en compétitivité, et le PIB finirait par se reprendre.

    Mais le coup le plus dur serait porté à la zone euro. " Elle ne serait plus vue comme une union politique irréversible ", explique M. Mercier. " Même s'il n'y aurait pas forcément de contagion à l'Espagne ou à l'Italie, cela créerait un précédent dommageable pour tous ", prévient M.  Castillo.

    Source : Marie Charrel, Le Monde, Jeudi 12 février 2015

     

     

    1)      Expliquez les mots et expressions soulignés.

    2)      Pour quelles raisons  peut-on parler d’un scénario du « Grexit » ?

    3)      Quels sont les avantages attendus par la Grèce d’une sortie de la zone euro ?

    4)      Quels sont les risques d’une sortie de la Grèce de la zone euro ?

     

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    Quelques références sur la sortie de la zone euro :

     

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/25/la-grece-risque-t-elle-a-nouveau-de-sortir-de-la-zone-euro_4552953_4355770.html

     

    On peut notamment y lire :

    « Les traités européens ne prévoient pas la possibilité pour un Etat de quitter la zone euro. La Commission européenne l'a rappelé le 5 janvier pour tenter de dissiper les rumeurs : l'appartenance d'un pays à la zone euro est « irrévocable ».

    Dès lors, deux possibilités s'offriraient à la Grèce si elle voulait le faire, comme l'expliquait déjà en 2011 l'économiste Eric Dor :

    • La voie légale : elle sort carrément de l'Union européenne (grâce à l'article 50 du traité de Lisbonne), puis y ré-adhére dans la foulée en négociant une exception lui permettant de ne pas avoir à entrer dans la zone euro (comme le Royaume-Uni, la Suède ou le Danemark l'ont fait dans les années 1990).
    • La voie exceptionnelle : les Vingt-Huit amendent les traités européens pour y introduire une clause de sortie de la zone euro, pour permettre à la Grèce de quitter la monnaie unique sans devoir claquer la porte de l'UE. Il serait même possible, selon certains observateurs, de contourner le droit européen si tout le monde (Commission et Etats-membres) était d'accord. »

     

    La réponse de l’économiste Jacques Sapir suite à un article des décodeurs (Le Monde) :
    http://www.elcorreo.eu.org/Sortir-de-l-Euro-Deconnants-decodeursReponse-a-l-article-du-Monde-de-Maxime-Vaudano 

    La position de l’économiste Pierre  Khalfa suite à un article paru dans Marianne :
    http://www.regards.fr/web/Sortir-de-l-euro-Pierre-Khalfa,7439 

    Autre article de P Khalfa :
    http://www.politis.fr/Tout-savoir-sur-la-dette-grecque,29982.html 

    Articles de l’économiste Patrick Artus :
    La Grèce doit-elle sortir de l’euro ? Flash économie, N° 129,  Natixis, 12 février 2015
    La situation de l’Espagne est-elle comparable à celle de la Grèce ? Flash économie, N° 130, Natixis, 13 février 2015
    http://cib.natixis.com/research/economic/publications.aspx?lang=fr

     

    Autres références sur l’euro :

     

     

     

    • Michel Dévoluy, Comprendre le débat européen- Petit guide à l’usage des citoyens qui ne croient plus à l’Europe, Éditions Points, 2014.

     

    • Michel Dévoluy et Gilbert Koening, Les politiques économiques européennes, Éditions Points, 2015 (2ème édition).