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Projets interdisciplinaires

Publié le 12 mars 2016 Modifié le : 23 mars 2018

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Le  samedi 12 mars 2016

Ici d'ailleurs : les migrants, un projet interdisciplinaire en 4e

Laeticia CROCE et Valérie BRAYDA-BRUN, Collège Henri Laugier à Forcalquier. Migrant, 4e ,écriture, lecture, culture, slam

  • Ici d'ailleurs, projet interdisciplinaire, migrant, ouverture culturelle, slam, partenariat, lecture


     

     

    CROCE, Laeticia, BRAYDA-BRUN Valérie, Collège Henri Laugier à Forcalquier, 2015

     

     

    NIVEAU / DURÉE / CADRE : 4e / Lettres - Histoire géographie - Info-documentation / Projet interdisciplinaire (18 heures/élève)

     

    « Ici d’Ailleurs » est un projet avec des élèves de 4e, liant différents travaux d’écriture et de lecture, pour essayer de comprendre le monde qui nous entoure, pour donner du sens à l’enseignement de la géographie, de l’histoire, du français et de la documentation, et pour susciter l’intérêt pour la culture.
    Ce projet a été mené avec deux classes : une classe de 4e du collège Henri Laugier de Forcalquier (V. Brayda-Brun en Français – L. Croce en Documentation) et une classe de 4e du collège Léonard de Vinci de Belfort (Histoire – Géographie).

     

     

    DESCRIPTION DE L'ACTIVITE

     

    Un film documentaire comme point de départ

    Dans le cadre du festival Spaesamenti / Dépaysements - rencontre Frontières et cinéma documentaire organisée par l'association La Miroiterie - en décembre 2014 à Forcalquier, les élèves de 4°B ont vu le documentaire Sui Bordi – Dove finisce il mare de Francesca Cogni (en ligne sur Viméo),

    Le film racontait le trajet d’hommes et de femmes, anonymes dont les visages n’étaient pas montrés, qui traversaient la Méditerranée dans l’espoir de trouver un avenir meilleur. Le film se concentrait sur le passage de la Méditerranée, sans proposer de jugement ni d’explication.

     

    Une séance de lecture d’information


    Les élèves sont répartis en sept groupes hétérogènes qui resteront identiques tout au long du projet. Chaque groupe doit inventer son personnage de migrant.
    Une sélection de documents est distribuée à chaque groupe qui doit analyser un seul des documents à l'aide d'un questionnaire. Dans un deuxième temps, chaque groupe restitue l’information de son document au reste de la classe. Un temps d’échange est ménagé après chaque présentation. Enfin, chaque groupe réunit les informations qui lui seront nécessaires pour son personnage de migrant (travail du brouillon et de traitement des données).

     


    Un lexique comme premier contact avec les élèves de Belfort


    Les élèves de Forcalquier ont reçu un lexique conçu par la professeur d’Histoire-Géographie de Belfort, lexique à partir duquel ils allaient pouvoir inventer leur personnage de migrant. Ils avaient un petit questionnaire assurant la possibilité de réaliser une carte géographique à partir de leur récit. D’où part-on ? Pourquoi ? Pour où ? Comment ? Avec qui ? Avec quoi ? Par où passer. Etc. Par groupe, il s’agissait de donner une vie, une existence, une histoire à ces migrants que l’on voit, inconnus sans histoires, à la télévision.
    Les récits de migrants ont été envoyés à Belfort, où les élèves de la classe de 4° ont imaginé l'identité de sept guides. Les élèves - guides ont alors pu tracer les parcours des migrants sur les cartes qu’ils avaient dessinées et travaillées.
    Les deux groupes de Forcalquier et de Belfort, en travaillant à l’identité de leur personnage, se sont posés la question de la frontière, de la rencontre, de la différence et de la tolérance.
    De ce travail sont nés les triptyques, documents réunissant les cartes d’identités fictives des migrants et de leurs guides, les textes des migrants, et les parcours de leur trajet sur une carte de géographie, imprimés sur du calque.

     

    Ecriture


    Des personnages de migrants sont imaginés par les élèves de Forcalquier, qui inventent et écrivent également leur parcours à travers les frontières, jusqu’à Belfort. Les textes sont envoyés aux élèves de Belfort. Les élèves de Belfort inventent des guides, des hôtes, qui accueillent les migrants. Ils inventent la fin de leur parcours, et tracent, sur papier calque, la carte géographique de chaque trajet en fonction du récit de vie qui a été reçu.
    Chaque personnage a sa carte d’identité, avec photo, créant ainsi un triptyque, les photos encadrant le récit et la carte, en surimpression.

     triptyquecarte

     

    Débat - Atelier philo


    Lors d'un débat organisé en 1/2 classe, les élèves ont pu exprimer leurs idées autour du thème central. Ces débats ont été menés en deux temps à la manière d'ateliers philo :
    - les élèves sont invités à prendre un temps de réflexion dans le silence et prennent ensuite la parole à l'aide d'un bâton. L'enseignant présent prend note tout en restant en dehors du débat.
    - l'enseignant propose ensuite aux élèves de les rejoindre et anime une discussion à main levée en prenant des idées fortes du débat.
    Ce temps a permis aux élèves de s'exprimer en toute liberté, de confronter leurs idées et de verbaliser leurs idées sur l'intérêt de travailler sous forme de projet. Ils ont ainsi pu se rendre compte de la nécessité de s'informer.

     

    Des slams, porteurs de messages


    Les élèves de Forcalquier ont ensuite travaillé avec Tristan Joubert, slameur qui est intervenu pour diriger deux ateliers d’écriture et de diction. Ils ont alors quitté leur rôle de migrant pour exprimer leurs idées, toujours avec des mots, mais à l’oral. Les élèves écrivent leur point de vue sur le sujet des migrations, peuvent s’exprimer sans contraintes autres que prosodiques. Ils s’entraîneront à slamer avant d’enregistrer leur texte avec l'aide de l'enseignant de musique et mis en ligne sur le site du collège sous forme d'un didapage.

     

     

    OBJECTIFS PRINCIPAUX 

     

    Les objectifs du projet ont été multiples :

    • ouvrir les élèves à l’Autre
    • faire écrire sur une problèmatique inscrite dans le programme scolaire mais aussi qui inonde les discours et images médiatiques
    • donner du sens aux différents enseignements
    • s’inscrire dans un temps plus long que celui d’une séquence

     

     

    PRINCIPALES COMPETENCES TRAVAILLEES

     

    Les élèves ont eu à lire des documents, les analyser et à en transmettre une synthèse à leurs pairs.

    Ils ont eu à faire passer ces informations dans la fiction. Nous avons pu constater que, lors de l’écriture des récits de vie de migrants, lors de l’invention des itinéraires, les élèves savaient convoquer des savoirs appris en classes de Français, ils réinvestissaient en effet les codes du récit, et savaient appliquer les contraintes d’écritures propres au récit, avec un souci de cohérence. Ils ont également réinvesti les savoirs appris lors des séances de lecture de presse ou de mise en commun des lectures cursives.


    Lors des ateliers philo, ils étaient au départ surpris de pouvoir exprimer ce qu’ils ressentaient, ce qu’ils pensaient, si habitués à chercher à répondre à la question en fonction de ce qu’attend le professeur. Ils ont néanmoins apprécié la liberté de parole et ont tout de même construit leurs prises de parole avec des arguments.


    Dans l’atelier slam, la compréhension de l’utilité des contraintes ainsi qu’une écriture plus aisée ont permis aux élèves de comprendre l’intérêt du sens du message, et l’intérêt de soigner la forme du message.

    Le travail de diction et l’enregistrement des textes de slam ont montré aux élèves l’intérêt d’exprimer ce qu’ils ressentent, et donc de mieux se sentir au collège, mais leur ont également permis d’améliorer leurs prestations orales en classe.

    Le discours de présentation de l’exposition dans la ville a été préparé et prononcé par les élèves.

    Ce projet global, conséquent, a donné du sens à leurs apprentissages, ils ont compris l’importance de se donner une place dans le monde et de se forger un esprit critique.

     

     

    PRODUCTIONS

    • Triptyques (carte d'identité, récit et itinéraire d'un migrant) réalisés au CDI
    • Slams (création et enregistrement, présentés avec Didapage)

     

    Toutes les productions des élèves sont présentées sur le site du collège à l’adresse suivante :
    http://www.clg-laugier.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?rubrique81

     

    Exposition - Semaine des Arts/Digne-les Bains

    Les triptyques et les enregistrements sonores ont été exposés lors de la semaine des arts - thème L'autre et l'ailleurs - à la médiathèque de Digne les bains, du 20 au 27 avril 2015

    Enfin, ce projet « Ici d’Ailleurs » a pris une autre envergure, un point d’orgue, dans son inscription au projet global de l’artiste de rue français JR : Inside Out. « Ici d’Ailleurs » devient alors « Ici d’Ailleurs#Forcalquier ». Des portraits sont affichés dans la ville de Forcalquier, toujours par deux, un migrant et son hôte.

    forcalquier-france-valerie brayda-po007 0

    Nous sommes tous semblables et tous différents, tous nés de parcours et de rencontres, de frontières à dépasser. Les différentes strates de leurs travaux en sont les symboles. Elles sont à parcourir, ouvrir, creuser, apprécier, comme la matière dont nous sommes faits.

     

     

    OUTILS ET LOGICIELS

    Didapage

     

    MOYENS


    Le nombre d’heures pour les enseignants est évidemment bien supérieur aux nombres d’heures face aux élèves. Outre la préparation, il a fallu surtout beaucoup de temps et d’énergie pour les différentes autorisations d’afficher, d’enregistrer, de diffuser, les réunions et rencontres avec les services de la mairie et l’architecte des Bâtiments de France pour le repérage et l’accord des lieux d’affichage, comme l’exposition à la médiathèque de Digne, également.

     


    PARTENARIATS

     

    Ce projet tel qu’il a été présenté, dans toute son envergure, a pu être réalisé grâce au financement des ateliers Slam par les crédits PAPET (600€) et celui du collège pour l’impression et l’envoi des portraits d’élève/migrant (environ 100€) ainsi que pour le buffet lors de la présentation dans la ville.

     

    Les partenaires extérieurs, remerciements

     

    • Le service culture de la Mairie de Forcalquier, en la personne de Mme Sophie Balasse, pour son soutien et l’accord de la mairie pour l’affichage dans la ville.
    • Le service technique de la Mairie de Forcalquier pour l’affichage des portraits par un après-midi de juin, et par une fraîche matinée aussi.
    • L’architecte des Bâtiments de France, M. Ogereau, pour son accord et ses conseils.
    • L’Office Municipal de la Jeunesse et des Sports (OMJS) de la ville de Forcalquier et Mme Sandrine Lèbre, ainsi que M. Maurin Roubaud, animateur qui a encadré l'équipe lors de l'enregistrement du film et qui en a assuré le montage.
    • L’équipe d’Inside Out à New York.
    • L’équipe de Belfort, le professeur d’Histoire-Géographie, Mme Clarisse Caty, et ses élèves de 4°C.
    • La DAAC, en la personne de Julie Ruffe-Raimon qui a fait le lien avec la semaine des arts

     

     

    PROLONGEMENTS


    Inside Out Project et l'artiste JR


    Enfin, pour donner à ce projet une autre dimension, nous avons souhaité l’inscrire dans le projet participatif de l’artiste de rue JR, Inside Out Project. Les portraits des élèves représentants les migrants et les guides ont été envoyés à New York où ils ont été retravaillés et imprimés en format affiche (environ 1 mètre sur 1,5). Nous les avons reçus et avons souhaité organiser un affichage dans l’espace public de la ville de Forcalquier.
    Pour cela, nous avons reçu le précieux soutien de la Mairie qui a mis à notre disposition deux personnes des services techniques.
    Un mercredi après-midi de début juin, après un pique-nique dans les jardins du Couvent de Cordeliers, les élèves et leurs professeurs ont rencontré l’équipe technique de la ville de Forcalquier ainsi qu'une équipe de jeunes volontaires de l'OMJS munis d'une caméra. L'affichage s'est déroulé dans plusieurs lieux de la ville. L’après-midi s'est terminé par une présentation des triptyques et des slams dans la Cour des Artisans, à Forcalquier : enseignants, parents mais aussi élus de la ville et journalistes étaientt présents. Un buffet a été offert par le collège et le service a été assuré par les élèves. Ce fut l'occasion pour les élèves d'expliquer leur démarche et leur ressenti.
    Le projet des élèves fait désormais parti d'Inside Out Project sous le nom de : Ici d'Ailleurs#Forcalquier. A découvrir ici.

    Le Café pédagogique met le projet à l'honneur sur son site sous le titre "Prêter visages aux réfugiés : Parcours pédagogique au collège" (publié le 29/02/2016).

     

    REGARD CRITIQUE DU PROFESSEUR-DOCUMENTALISTE


    Le sujet de ce projet et son traitement, ainsi que sa transversalité et son organisation ont permis aux élèves de créer des liens "malgré eux" entre les différents apprentissages, les différents savoirs, et aussi entre eux. La dynamique du groupe classe en a été positivement modifiée. Il en a été de même pour la qualité de l’écoute, des échanges de paroles et de leur investissement dans le cours de français, comme peut-être dans leur scolarité.

    Le nombre d’heures passées à mener ce projet a été assez conséquent. Outre les sorties, 18 heures/élèves ont été nécessaires pour la préparation des textes et l’écriture, l’envoi de messages vidéo à Belfort, les ateliers philo, l'écriture des slams et l’enregistrement de ceux-ci, la préparation des triptyques et l’affichage dans la ville.

     

     

    DOCUMENTS JOINTS

     

    - Le descriptif complet de la séquence

    (à télécharger)

     

     

    LIENS