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Economie

Publié le 18.09.2017

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Le  Montag, 18. September 2017

DM sortie euro

B. Dujol

  • EURO Par ici la sortie ?

     

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    Quitter ou rester dans l’euro ? De nombreux économistes — Jacques Sapir et des prix Nobel étrangers comme Joseph Stiglitz et Milton Friedman — considèrent que l’euro est mortifère alors que d’autres considèrent qu’il est une bouée de sauvetage. Les extraits (jugés les plus importants) de l’ouvrage « EURO Par ici la sortie ? » de Patrick Artus et Marie-Paule Virard paru en 2017 permettent de faire le point.

     

    1. L’euro : un problème de construction

     

    1.1 Le constat : une hétérogénéité croissante dans la zone euro

    Les pères fondateurs de l’euro en étaient sûr : les économies européennes allaient se ressembler de plus en plus. Et mieux encore, elles allaient toutes ressembler si possible à l’économie allemande ! Sauf que c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Au lieu de rapprocher irrésistiblement les économies, l’euro a accru les divergences au sein de la zone, les pays déjà peu compétitifs avant 1999 continuant à perdre de leur compétitivité tout en faisant gonfler leur endettement. (…)

    Ainsi, depuis la création de la zone monétaire européenne, l’industrie a tendance à se concentrer dans les régions où il existe des avantages comparatifs pour l’activité industrielle (main-d’œuvre qualifiée, absence de coût de transport…), tandis que les pays de la périphérie se spécialisent plutôt dans d’autres types de production, comme les biens et services non exportables — la construction ou le tourisme en Espagne par exemple. Certains pays sont donc restés industriels (voire le sont devenus encore davantage), tandis que d’autres au contraire se désindustrialisaient. En Allemagne, la production de machines outils, d’automobiles, de produits chimique et pharmaceutiques, notamment, a continué d’augmenter. (…)

    C’est ainsi que l’éventail des revenus par tête ne cesse de s’ouvrir en zone euro : en 2015, le PIB italien ne représentait plus de 73 % du PIB allemand (90 % en 2008), le PIB espagnol 64 % (78 % en 2008), le PIB portugais 47 % (56 % en 2008) et le PIB grec un peu plus de 40 % (70 % en 2008). En définitive, la compétitivité des pays dits « périphériques », loin de s’améliorer, se dégrade et, comme l’austérité tue la demande, les entreprises locales et étrangères rechignent de plus en plus à investir, ce qui compromet gravement l’avenir.

     

    Q 1. Le constat : montrez que la zone euro devient de plus en plus hétérogène.

     

    1.2 L’explication : le manque le fédéralisme (un vrai budget européen)

     

    Idée principale : supposons que nous soyons avant l’arrivée de la monnaie unique. Considérons la Corse, une région pauvre et déficitaire : elle importe plus qu’elle n’exporte, alors que les exportations financent les importations.

    Pas de problème : la Corse bénéfice d’un transfert de l’Etat (fédéralisme) financé par les régions riches (Paris, etc.). L’Etat paye les fonctionnaires, les infrastructures, les retraites, etc. de la Corse. Elle vit donc au dessus de ses moyens comme Détroit, une ville devenue très pauvre, bénéfice d’un transfert de revenus de la riche Californie.

    (…) Supposons que l’Auvergne ou la Calabre, deux régions peu industrialisées, affichent « un déficit extérieur » par rapport aux autres régions françaises ou italiennes. Celui-ci ne risque pas de fabriquer de l’endettement extérieur [un pays qui vivrait au dessus de ses moyens] dès lors qu’il sera compensé par les flux de revenus, des transferts venus des pouvoirs publics (les fonctionnaires calabrais ou auvergnats sont payés par l’Etat ; les transferts sociaux, les infrastructures routières ou ferroviaires sont en grande partie financé par le budget de l’Etat, etc.).

    Rien de tel évidemment en zone euro, où les déficits[les importations > aux exportations] ne peuvent être financés par les flux de revenus et où l’hétérogénéité des balances courantes [l’argent qui rentre moins l’argent qui sort dans le pays] devient redoutable dès lors qu’elle fabrique un risque d’insolvabilité extérieure [l’argent qui sort du pays devient très > à l’argent qui rentre] pour les pays qui abusent de l’endettement : une année de PIB, voire davantage, pour l’Espagne, le Portugal et la Grèce. D’où la crise des balances des paiements en 2008-2009 et la nécessité de faire disparaître les déficits extérieurs [il faut que les importations soient égales aux exportations, que le pays vive avec ses propres moyens] afin de restaurer l’équilibre des comptes (la solvabilité extérieure) [les flux d’argent qui rentrent et qui sortent du pays doivent être équilibrés, sinon, à terme, personne ne prêtera de l’argent].

     

    Pour restaurer l’équilibre des comptes et donc la compétitivité (c’est-à-dire accroître ou maintenir les parts de marché) les pays de la zone euro avaient recours à la dévaluation.

    La dévaluation accroît le prix des importations. On est incité à moins importer sauf pour le pétrole ou d’autres biens et services que l’on ne produit pas, mais qui sont indispensables. Le prix des produits exportés à l’étranger diminue ce qui dope les exportations. Ainsi, on retrouve l’équilibre des comptes.

    Avec l’euro, les pays de la zone euro qui ont perdu leur compétitivité ne peuvent plus dévaluer puisqu’ils partagent la même monnaie.

     

    Anecdote : avant l’arrivée de l’euro, les agriculteurs français manifestaient contre les dévaluations de la lire italienne et la peseta espagnole car ils perdaient des parts de marché.

    Remarque : Pour rééquilibrer l’ensemble de la zone euro, il faudrait transférer l’équivalent de 8 % du PIB des pays du nord de la zone euro vers ceux du sud (c’est l’équivalent de ce qui a été transféré entre l’Allemagne de Ouest et l’Allemagne de l’Est avec la réunification) ! Ces pays riches du nord y sont donc très hostiles.

    Conclusion : la construction de l’euro, c’est comme construire le 1er étage d’une maison sans avoir construit le rez-de-chaussée : il n’y a pas de fédéralisme (un véritable budget européen). Les fondateurs de l’euro considéraient que le fédéralisme viendrait par la décision contrainte et forcée des Etats membres de la zone Euro.

    Q 2. Explication : montrez qu’une monnaie unique doit s’appuyer sur un fédéralisme.

     

    1.3 Une solution mortifère : la « dévaluation interne »

     

    En l’absence de toute possibilité de jouer sur les taux de change (en clair, de dévaluer), le pays en délicatesse avec sa compétitivité n’a pas en effet d’autre solution pour la restaurer que d’abaisser violemment ses coûts de production en sabrant dans les prix et les salaires. C’est ce que l’on appelle la « dévaluation interne ».

    Comme les salariés allemands au moment des réformes Schröder [dans les années 2000, chute des salaires nets réels de 16 à 22 % de 2000 à 2010], les salariés espagnols ont payé cette bataille de la compétitivité au prix fort (baisse du salaire réel [10 % de 2009 à 2015], moindre protection de l’emploi [pour réduire les coûts des employeurs]), mais l’Espagne a redressé son économie (…).

    Les pays qui doivent restaurer leur solvabilité extérieure taillent dans leur demande intérieure, ce qui entraîne — conséquence de la perte d’activité — l’apparition de déficits publics importants et une forte hausse de l’endettement public. C’est bien ce que l’on a observé en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie. (…)

    Ce que les Européens du Sud ont vécu depuis dix ans montre bien que, en l’absence de structures fédérales, les pays sont soumis à une contrainte extérieure. S’ils la transgressent, ils doivent s’ajuster, et cet ajustement peut être très violent — avec, à la clé, chômage et appauvrissement. C’est bien ce que l’on a observé en Grèce, où le pouvoir d’achat moyen a été divisé par deux depuis le début de la crise.

    Un cercle vicieux s’est mis en place : les pays du Sud, notamment le Portugal, la Grèce, l’Espagne, qui ont tenté de restaurer les grands équilibres à coups d’austérité, sont aujourd’hui privés du nerf de la guerre, l’argent nécessaire à leurs investissements, et qui ne risque pas de rétablir leur compétitivité ni de voir leurs économies converger avec celle du Nord [ce qui est illustré par les chiffres de la première page].

    Remarques : une ministre italienne était en pleurs de réduire les pensions de retraites (afin de diminuer les dépenses). En Grèce, les collèges et les lycées ne sont plus chauffés l’hiver, les médicaments dans les hôpitaux manquent pour faire des économies.

    482 euros : c’est le montant de la retraite par mois d’Akili, une retraitée de plus de 70 ans en Grèce qui héberge sa fille Stavroula, chômeuse de l’Education nationale et sa petite fille étudiante. La pension d’Akili fut amputée de 42 % en 6 ans. Ils sont des centaines de milliers dans ce cas.

     

    Utile pour le bac : la « dévaluation interne » est une politique d’austérité qui explique la croissance atone (= très faible) de la zone euro. Joseph Stiglitz qualifie cette politique de « saignée médiévale ».

     

    Q 3. Expliquez « la dévaluation interne » : en quoi favorise-t-elle la compétitivité ?

    Q 4. Faites un schéma fléché du passage souligné pour montrer que la baisse de la demande intérieure (baisse des salaires) peut créer de l’endettement public (moins de recettes fiscales et autant de charges pour l’Etat).

    Q 5. Précisez la contrainte extérieure du quatrième paragraphe (ce n’est pas une question piége, la réponse est dans la partie 1.2), faire une réponse très courte.

     

    2. Sortir de l’Euro : une solution pire que le mal

     

    Sortir de l’euro est une idée qui vient naturellement à l’esprit, mais elle est confronté à deux réalités (les plus importantes, puisqu’il y en a d’autres exprimées dans le livre).

    Ainsi, 64 % de la dette de l’Etat français, qui équivaut à 100 % du PIB, sont détenus par des non-résidents [des étrangers]. Une dévaluation de 30 % de la nouvelle monnaie nationale associée à un Frexit représenterait un renchérissement de la dette de 19 % (30 % de 64 %) soit l’équivalent d’environ 400 milliards d’euros, soit près de 4,5 fois le budget de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans la loi de finances 2017, ou encore 7 fois les aides et allocations distribuées chaque année par l’Etat. (…).

    Résumons-nous. Si un pays débiteur (Espagne, France, Italie, Portugal…) quitte l’euro, sa monnaie nationale se déprécie et, comme sa dette extérieure brute [tout ce que l’on doit aux autres pays] est libellée en euros, la hausse de sa valeur en monnaie nationale le ruine ou contraint les emprunteurs du pays à faire défaut [ne plus pouvoir payer]. S’il convertit sa dette extérieure dans sa monnaie nationale, il y a perte massive en capital pour les prêteurs des autres pays [qui ne prêteront plus].

    Dans le cas français, par exemple, si la dépréciation atteignait 30 %, cela voudrait dire que la dette brute de notre pays (325 % de PIB en valeur) gonflerait de plus de 100 % de PIB, soit plus de 2 100 milliards d’euros.

    La deuxième conséquence prévisible pour un pays qui quitterait l’euro :

    Depuis les années 1990, les processus de production sont segmentés entre les pays en fonction de leurs avantages comparatifs, les différents composants étant ensuite assemblées pour donner le produit fini. L’exemple a été maintes fois évoqué : 90 % des centaines de pièces qui composent l’iPhone d’Apple sont fabriquées aux quatre coins de la planète. Et le phénomène concerne aujourd’hui la production de la plupart des biens. (…) Les produits importés sont devenus complémentaires des produits fabriqués sur le plan domestique (ils sont autant de composants du même produit fini) et que, dans la majorité des cas, ils n’ont plus de substitut fabriqué localement.

    Ainsi, la dépréciation de l’euro (et l’instauration des droits de douane produirait le même effet) n’influence plus guère le volume des importations, mais fait seulement monter les prix, comme on l’a constaté en 2010-2011 puis à partir de 2014 dans la zone euro, et donc réduit le pouvoir d’achat du revenu domestique. (…) Désormais, une dépréciation de la monnaie ou des mesures protectionnistes constituent avant tout des facteurs d’appauvrissement pour les habitants du pays qui le décident.

    Remarque : pour la compagne présidentielle, E. Macron opte pour un plus grand fédéralisme de la zone euro. La candidate d’extrême droite souhaite retourner au franc, mais elle a nuancé ses propos vers la fin de campagne pour des raisons électoralistes : le franc et l’euro. Seuls deux pays ont deux monnaies, l’Argentine durant sa crise des années 2000 et aujourd’hui Cuba.

     

    Q 6. Décrire, selon les auteurs, les deux conséquences prévisibles si le pays souhaite pouvoir dévaluer dans sa propre monnaie en quittant l’euro.