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Publié le 16 nov. 2018

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Le  vendredi 16 novembre 2018

JAP2018 - "Accélérateur Citoyen en réseau", lycée Saint-Exupéry à Marseille (13)

acteur

  • JAP2018 - "Accélérateur Citoyen  en réseau"

     

    L'équipe d'enseignants du réseau Marseille Madrague a développé dans le cadre des dispositifs "Cordée de la réussite" et parcours d’excellence, un programme qui favorise une vision large, dynamique et constructive des parcours scolaires et professionnels engagés par les jeunes du collège jusqu’au BTS afin de les aider à développer des compétences professionnelles et transversales.

     

     

    Contribution de Caroline Cohen, enseignante agrégée en économie et gestion,
    coordinatrice de la cordée de la réussite "Accélérateur Citoyen"

     

     


    Présentation du dispositif


    Les enjeux et les ambitions

     



    Les professeurs du réseau Marseille Madrague, zone de concentration d’établissements scolaires classés REP+, observent chez leurs élèves des difficultés à s’insérer dans un parcours d’études supérieurs choisi. Ce constat s’explique en parti par l’absence de code ou de ressources liés à leurs origines sociales. Ils pensent que l’école a un rôle à jouer et  entendent participer à cette action. Bien évidemment les élèves suivent une scolarité et des cours leurs sont enseignés mais cela ne suffit pas. Il faut juxtaposer la sensibilisation de l’esprit d’entreprendre à celui des lumières. Des professeurs se sont engagés dans une démarche d’inflexion de leur trajectoire d’échec vers la réussite.

     


    La création de l’Accélérateur citoyen a pour finalité de lutter contre le déterminisme social, de provoquer les "réussites paradoxales" et permettre aux jeunes d’entreprendre leur citoyenneté.



    L’accélérateur ?  
    Programme pédagogique qui offre à tous les jeunes, du collège au BTS (+prépa ECS), de toutes les filières, d’oser proposer des idées de projets, et d’être accompagnés dans la recherche des ressources pour agir et grandir.

    Citoyen ?  
    Certains professeurs pensent que les élèves doivent proposer des idées qui portent sur des valeurs qui leur sont chères. À travers leurs diverses expériences, ils se sont rendus compte que nombreux sont ceux qui souhaitent défendre des causes sociales et solidaires. L’accélérateur propose donc de sensibiliser les jeunes à la problématique du développement durable associé à celle des nouvelles tendances de l’économie et de l’innovation.
    De plus, il est conçu comme un espace de partage, d’engagement, de réalisation personnelle et collective pour tous les participants (professeurs et apprenants). De nombreux partenaires locaux et nationaux, privés et publics, ont pris part au  collectif et participent activement au programme.

    En Réseau ?
    Le programme offre une cadre propice à l’émergence d’une véritable émulation collective grâce à l’entraide des jeunes (tutorat), les témoignages d’anciens professionnels  et le soutien des partenaires du réseau (mentoring). Les élèves sont issus de sections, de niveaux et d’établissements différents et deviennent les acteurs incontournables du  Réseau Marseille Madrague, notamment autour du Lycée St Exupéry et des lycées professionnels de proximité : Le Chatelier, La Viste et La Calade dans le cadre du continuum Bac Pro/BTS. Ils sont soutenus par la prestigieuse école de commerce Kedge BS,  un collectif d’enseignants et de nombreux partenaires sociaux et économiques locaux et nationaux.

     

    accelerateur citoyen


    La naissance du projet


    L’expérience a débuté il y a 5 ans, au lycée Antonin Artaud, à Marseille. Caroline Cohen (enseignante d’économie et gestion), propose à ses élèves de seconde de créer une mini-entreprise. L’expérience est fructueuse, l’année est riche en projets et les élèves remportent un concours académique. Elle se rend compte que les élèves les plus « scolaires » sont très impliqués. De quoi donner à Caroline Cohen l’envie de poursuivre cette expérience avec ses futurs élèves.



    Elle est ensuite mutée au lycée Saint-Exupéry dans les quartiers nord de Marseille, en BTS. Là, elle constate que les étudiants sont peu motivés par l’entrepreneuriat en tant que tel, « c’est trop éloigné de leur quotidien ou de leur futur tel qu’ils l’imaginent », explique-t-elle. En revanche, elle relève rapidement une grande sensibilité à l’Économie Sociale et Solidaire. Elle remet donc en cause sa façon de faire, proposant plusieurs projets, et la possibilité de mener des actions humanitaires. Contrairement à ce que prévoit le dispositif « Entreprendre pour Apprendre », elle ne propose pas un unique projet par classe mais plusieurs projets portés chacun par un groupe d’élèves (3 à 4 personnes environ). Pour motiver ses troupes, elle organise des jeux, des concours mettant en compétition les projets des élèves. Pour encadrer toutes ces actions, elle met ensuite en place un programme dans lequel les élèves auraient des objectifs à se fixer et se répartiraient les tâches. Elle favorise aussi les rencontres de partenaires et les visites de lieux professionnels afin de les inspirer et les aider à mieux concrétiser leurs idées.



    Pour développer la portée de son action, elle prend contact avec les enseignants de lycées professionnels, dont les élèves pourront après l’obtention de leur baccalauréat intégrer le lycée Saint-Exupéry où elle exerce. L’objectif : préparer le terrain en sensibilisant les lycéens à l’entrepreneuriat et à l’Économie Sociale et Solidaire. De telle sorte qu’aujourd’hui, cinq établissements marseillais travaillent ensemble, de la seconde au BTS. Ils œuvrent à présent à la mise en place d’un programme proposant un parcours pour chaque élève en vue de dépasser les cloisons entre les niveaux de classes et les écoles dans l’élaboration de ces projets.



    Parmi ces établissements partenaires, il y a le lycée professionnel le Chatelier situé dans le troisième arrondissement de Marseille et dans lequel exerce Sabrina Zerdani. Elle aussi professeure d’économie et gestion, elle travaille en étroite collaboration avec Caroline Cohen pour la mise en place d’un réseau facilitant le développement de projets entrepreneuriaux entre les établissements. Sabrina Zerdani propose des projets incluant un plus grand nombre d’élèves. Ainsi, 12 élèves de seconde Gestion Administration sont en charge de la mise en place d’une permanence solidaire visant à accompagner les familles des élèves puis les usagers du secteur dans leurs démarches administratives. 18 autres élèves, de seconde Bio Industries de Transformation et Gestion, développent quant à eux une fabrique de confitures artisanales « Les Massiliens » respectant les principes de l’Économie Sociale et Solidaire et du développement durable. Sabrina Zerdani, à l’origine de ces deux projets, est accompagnée par plusieurs personnes dont Louisa Boudjadja, professeure d’économie et gestion et coordinatrice de la permanence solidaire et Catherine Rieu, professeure de Bio Industries de Transformation intervenant avec Sabrina Zerdani dans la fabrique de confitures. Chacune d’elle reçoit le soutien d’un volontaire en service civique issu de l’association « Afev ». Aujourd’hui, près de 300 élèves et étudiants participent au programme de l’accélérateur citoyen qui peut se présenter comme un sensibilisateur à l’esprit d’entreprendre et un agrégateur de tous les dispositifs pédagogiques entrepreneuriaux installés sur le territoire : « EPA », « Mon ESS à l’école », « Junior Association », « Prepite »… afin de tirer parti du meilleur de tous ces partenaires.



    Objectifs pédagogiques et philosophie éducative sous-jacente


    Plusieurs objectifs motivent l’action menée par ces enseignantes.

    Tout d’abord, il s’agit de favoriser l’autonomie et la prise d’initiative des élèves, leur créativité ainsi que leur ouverture sur le monde extérieur. Le fait de leur proposer de mener des projets doit permettre de développer leur sens du travail en équipe, leur esprit de solidarité mais aussi améliorer leur confiance en eux et donc, lutter contre le décrochage scolaire tout en leur permettant d’envisager de manière sereine et réfléchie leur parcours scolaire. Il s’agit aussi d’élargir le champ de leurs perspectives en leur faisant découvrir des métiers et des secteurs nouveaux. En outre, cela permet d’aider les jeunes à mieux comprendre et donc mieux retenir les différentes notions que recouvre leur programme scolaire.

    Le projet est également motivé par des objectifs ayant attrait à la pratique de l’enseignement : une meilleure relation, personnalisée avec les élèves, une gestion de classe apaisée par la mise en œuvre d’une pédagogie active basée sur le travail collaboratif, privilégiant l’évaluation positive.



    À long terme, la réussite du projet pourra se mesurer par une meilleure réussite scolaire et une meilleure insertion professionnelle. L’idée est de responsabiliser les élèves au sein d’un projet afin qu’ensuite, ils se sentent plus responsables de leur vie professionnelle et réussissent davantage.

    Pour ses concepteurs, l’Accélérateur citoyen repose sur la philosophie de la pédagogie active qui peut être résumé par l’expression « apprendre en faisant ». Il s'agit en fait d'impliquer l'élève dans des situations fictives ou réelles afin qu’il développe ses compétences. Cette philosophie fait de l’élève l’acteur de ses apprentissages, afin qu’il apprenne en étant en situation de recherche.

     



    Description du dispositif concret


    Chronologie du projet



    Les grandes Etapes du programme :

    • ose et propose (septembre-décembre) : ateliers pour sensibiliser les jeunes à leur potentiel créatif (avec des partenaires dans des tiers lieux afin de booster les jeunes) pour pitcher lors du grand challenge d’idées.

    • agis et grandis (janvier-mai) : les élèves volontaires et motivés participent à la phase 2 du programme (suivi et coaching par les partenaires des programmes pédagogiques entrepreneuriaux et professionnels). Un lien avec l’université est amorcé dans le cadre du dispositif Pepite sous le statut d’étudiant/entrepreneur et un certificat de participation sera délivré avec une évaluation de compétences.

    • les élèves participeront à un forum, à la projection du reportage et d’autres événements qui auront lieu durant l’année.

     

    Programme pédagogique accélérateur citoyen


    Evaluation


    Concernant l’évaluation des élèves, on peut parler d’évaluation personnalisée. Les élèves se fixent eux-mêmes des objectifs. Ils ne sont notés que s’ils le désirent. Ils reçoivent tout de même une appréciation qui valorise leur action. Cette appréciation met en avant les savoirs acquis, l’atteinte d’objectifs voire leur dépassement. Les enseignants sont également tenus de prendre en compte le comportement des élèves.
    L’action est elle-même en cours d’évaluation par une enquête qui vise à recontacter les anciens élèves et savoir ce qu’ils sont devenus et quels souvenirs ils gardent de leur expérimentation.

     



    Questionnement au moment de la JAP



    Quel bilan tirer à ce jour ?


    À ce jour, on constate, en comparaison à une séance pédagogique classique, un plus grand engagement des élèves dans ce cours. En effet, chacun a une tâche à réaliser et de cette tâche dépend la réussite d’un projet collectif. Chacun a envie de bien faire afin d’assumer la responsabilité qui lui est donnée. Travaillant en petits groupes, il est plus aisé de trouver sa place. Les élèves souvent en retrait sont plus à l’aise pour s’exprimer.


    Autre élément à souligner, plusieurs élèves expliquent « s’amuser » dans ce cours. S’ils apprennent bel et bien en pratiquant, ils n’ont pas l’impression d’être en situation d’apprenant du fait de leur posture active. Certains élèves peu scolaires se révèlent car certains talents peuvent s’exprimer, davantage que dans un cours classique. Par exemple, un enseignant expliquait que ses élèves les mieux classés au niveau scolaire étaient beaucoup moins performants lorsqu’il s’agissait de présenter un projet devant un public. À l’inverse, les moins bien classés font souvent preuve de plus d’aisance à lors de prise de parole, de plus de créativité et parfois également de plus d’investissement dans les projets.



    Conditions nécessaires et négligeables

     

    Pour qui voudrait reproduire cette expérience, il est important d’organiser le travail en petites équipes. Même lorsque le projet implique une classe entière, il faut que des petits groupes soient créés, chacun assurant une mission particulière au sein du projet. Cette condition est essentielle si l’on souhaite intégrer au maximum tous les élèves. Il est indispensable également de donner une trame aux élèves afin d’éviter leur dispersion. Ils doivent avoir un objectif à chaque séance. Autre point nécessaire à la réussite du projet : l’organisation de petits challenges afin de motiver les participants.
    Parmi les aspects plus négligeables : le thème des projets, l’organisation de grands concours ainsi que certaines étapes qui peuvent être laissées de côté. On peut ainsi imaginer un projet centré sur le développement d’idées sans aller jusqu’à la réalisation concrète des projets.
    Ce type de dispositif comprend également certaines limites et difficultés. La première difficulté réside dans le fait de suivre les projets un à un, dans le cas où il y a plusieurs projets par classe. Il faut pour cela des enseignants volontaires ainsi qu’un solide réseau de partenaires jouant le jeu. Il faut également prendre en compte les contraintes institutionnelles, à savoir, un nombre d’heures, un budget et du matériel limités.

     


    Les problématiques


    À l’heure actuelle, les enseignants essaient de théoriser leur démarche, de créer des outils et d’accompagner d’autres professeurs. Un des points de réflexion majeurs est l’encadrement des classes. La chose n’est en effet pas aisée car la gestion de classe est différente, il ne s’agit pas d’un face-à-face avec l’élève puisque ceux-ci travaillent en petits groupes sous forme d’îlots. Il faut donc trouver des moyens de les canaliser afin d’allier autonomie de leur part et conditions de travail confortables.



    Autre interrogation : comment évaluer ? comment valoriser ces projets ? Les enseignantes porteuses du dispositif sont en train de mettre en place une grille d’évaluation des compétences qu’elles aimeraient voir validée par le Rectorat.
    À terme, elles aimeraient voir le dispositif se démocratiser pour essaimer dans toujours plus de lycées et dans plus de cours, pas seulement des cours des filières économie et gestion. Elles se demandent dans quelle mesure cela est possible. De la part des lecteurs, elles attendent des retours sur ces questions mais aussi sur les partenariats qui pourraient être pertinents et les ressources mobilisables.



    Gageons que toutes leurs méthodes soient bientôt récompensées, ce qui semble assez probable puisque l’Accélérateur Citoyen vient d’être présélectionné parmi le TOP 30 des projets pédagogiques innovants de France et sera présenté à la journée nationale de l’innovation le 4 avril 2018.

     



    Plus d'informations :  https://accelerateurcitoyen.wordpress.com/

     

     Participation à Kedge

    Déplacement des élèves à l'école Kedge

     

    Depuis la JAP

    Le projet a reçu  le label "Cordée de la Réussite" et les espoirs de ses créatrices semblent se concrétiser grâce notamment aux subventions attribuées dans ce cadre.

    Dès le 10 septembre 2018, une semaine de prérentrée intense avec la collaboration de l’association "On passe à l’acte" est organisée : ateliers pour apprendre à se connaitre, à trouver une idée, à la mettre en œuvre, à la pitcher, un world café avec des témoignages d’entrepreneurs, un forum ouvert pour s’inspirer, un déplacement à Kedge... L’objectif est de former les étudiants du nouveau BTS GPME  dans leur mission de "têtes de cordée" du dispositif. C’est désormais eux qui vont tutorer les élèves de STMG, PFEG grâce à la participation des professeurs d’économie et gestion nouveaux et anciens du lycée Saint-Exupéry mais aussi des autres filières du lycée, des lycées professionnels et des collèges issus du réseau Marseille Madrague. La CPES BTS de la Calade, la CPES Prépa et la Prépa école de commerce de Saint-Exupéry participent aussi au projet. L’ESPE, le CEREQ et d’autres centres de recherche accompagnent le dispositif pour une évaluation du programme.