Connectez-vous

Accueil

Accueil

Publié le 6 janv. 2021

Écrire à l'auteur

Le  mercredi 6 janvier 2021

Enseignement moral et civique dans la voie professionnelle, un impératif pédagogique ?

Nathalie Topalian, IEN Lettres HG.

  • Visuel Nathalie Topalian

     

    Enseignement moral et civique dans la voie professionnelle, un impératif pédagogique ?

    En France l’éducation à la citoyenneté est inscrite dans une longue tradition républicaine. Dans les années 90, programmes, et instructions scolaires rendent compte d’une volonté de mettre en place une éducation à la citoyenneté.

    Une éducation promue par l’Union Européenne

    Celle-ci est renforcée par une politique européenne qui la considère comme un des défis majeurs à relever. En 1997, le projet ECD –éducation citoyenneté démocratique-est lancé en vue de déterminer les valeurs et les compétences nécessaires pour que les individus deviennent des citoyens à part entière, la manière dont ils peuvent acquérir ces compétences et apprendre à les transmettre.

    Il envisage l'éducation à la citoyenneté comme un processus continu se déroulant tout au long de la vie et englobant l'enseignement scolaire et l'éducation des adultes. L’action engage les gouvernements européens en mai 1999 , le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe approuve une déclaration et un programme sur l’éducation à la citoyenneté démocratique fondée sur les droits et les responsabilités des citoyens. Il en résulte une volonté de faire de l'éducation à la citoyenneté démocratique un objectif prioritaire des politiques et des réformes éducatives. L’approche pluridisciplinaire est encouragée :

    « favoriser les approches et les actions pluridisciplinaires associant notamment l'éducation civique et politique à l'enseignement de l'histoire, de la philosophie, des religions, des langues, des sciences sociales et de l'ensemble des disciplines qui touchent d'une façon ou d'une autre aux aspects éthiques, politiques, sociaux, culturels ou philosophiques, que ce soit dans leur contenu propre ou dans les choix ou les conséquences qu'elles impliquent pour une société démocratique … »1

    Dès lors, cette politique se décline dans une continuité du 1er degré au 2nd degré, sur l’ensemble du parcours de l’élève, avec un horaire dédié. Néanmoins les observateurs de terrain notent des écarts entre le prescrit et la réalité du terrain notamment en lycée professionnel .Ainsi deux ans après la mise en œuvre de L’ECJS, un rapport de l’Inspection Générale2 souligne qu’en lycée professionnel, l’enseignement est porté presqu’exclusivement par les professeurs de lettres HG, que les heures dévolues à savoir 0,5H/semaine disparaissent au profit d’autres disciplines pour « compenser les heures jugées manquantes dans certaines disciplines. »

    Une note de la DEEP « pratiques citoyennes 2007 » qui s’appuie sur une enquête réalisée en 2005 révèle par ailleurs qu’un lycéen sur six déclare ne pas avoir reçu d’enseignement ECJS, et que plus de 60% d’entre eux n’établissent pas de liens entre l’ECJS et les compétences civiques.

    La rénovation des programmes en 2009 prend en compte cette réalité et supprime l’ECJS en LP au profit d’une éducation civique attribuée aux professeurs de LHG puisqu’évaluée par deux fois sur le cycle de 3 ans (certification en 1ere baccalauréat professionnel et en terminale). On travaille ainsi en continuité avec le collège et cela jusqu’en 2015.

    La mise en place de l’EMC en LP

    Dans le cadre de l’affirmation de l’égalité des parcours le LP reçoit à compter de la rentrée 2015 un enseignement moral et civique issu des programmes identiques au LGT. Les programmes paraissent en juin3, sont appliqués deux mois plus tard et sont portés à nouveau par les professeurs de lettres HG qui traditionnellement s’emparent des questions civiques et qui peuvent s’appuyer sur leur bivalence pour mettre en œuvre ce nouvel enseignement. L’horaire dédié n’a pas changé : 0,5h/semaine. L’enseignement est évalué de sorte qu’il n’est plus question de le considérer comme une variable d’ajustement.

    Les classes de CAP sont aussi concernées, par le même programme légèrement réduit. Trois thèmes4 seront abordés parmi les quatre , un thème à la dimension plus civique (« exercer sa citoyenneté ») est rendu obligatoire. En réalité, l’évaluation de l’EMC est envisagée sous la forme d’un questionnement oral lors de la présentation d’une épreuve d’histoire géographie sur dossier. De fait, cet enseignement est donc évalué implicitement sur une seule dimension civique. Quant à l’horaire dédié sur le cycle, globalisé, il représente 15h par an en 1ere année et 13,5h par an en terminale CAP). De 2015 à 2020, les publics les plus fragiles auront reçu bien peu de cet enseignement moral et civique.

    De nouveaux programmes et de nouveaux espoirs

    Alors que l’éducation à la citoyenneté était de plus en plus promue, les élèves de CAP, en formation initiale, et les apprentis, s’en trouvaient dépourvus. La transformation de la voie professionnelle de 2019 change-t-elle la donne ?

    Lors de la Conférence sur l’avenir de l’éducation à la citoyenneté et aux droits de l’homme en Europe à Strasbourg, en 2017, la question de l’insuffisance de l’éducation à la citoyenneté pour les publics de la formation professionnelle, et cela dans plus d’un tiers des pays européens, étaient clairement soulevée. On considère qu’il est temps d’apporter plus de moyens au sujet car les questions liées à la citoyenneté et aux droits de l’homme deviennent inhérentes à l’ensemble du système éducatif.5

    Depuis la rentrée 2019-20, les programmes d’EMC sont articulés aux enseignements de Français, Histoire et géographie, et contribuent à faire vivre la transversalité. L’évaluation aux épreuves de CAP et de Bac Pro est plus explicite. Cependant, l’EMC doit vivre au-delà des programmes d’enseignement.

    Le lycée professionnel et la formation professionnelle devront mettre un accent prioritaire sur cet enseignement car il s’agit bien de construire un futur professionnel engagé et responsable. Pour cela, la réflexion devra être plus collective et prise en charge par tous. L’éducation à la citoyenneté doit être placée au cœur du pilotage de l’établissement. Il faut reconnaitre que ces enseignements sont complexes car ils nécessitent des connaissances et de nouvelles pratiques pédagogiques qui assurent plus de participation des élèves à un processus démocratique. Ce qui sous-entend un effort de développement professionnel des enseignants en formation initiale et continue.

     

    1: Recommandation 2002 adoptée en octobre 2002. https://rm.coe.int/0900001680909f52

     

     

    3 BOEN spécial n°6 du 25 juin 2015

     

     

    4 « La personne et l'État de droit », « Égalité et discrimination », « Pluralisme des croyances et laïcité » « Exercer sa citoyenneté dans la République française et l'Union européenne »