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Economie approfondie

Publié le Oct 27, 2012 Modifié le : Jan 1, 2013

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Le  Saturday, October 27, 2012

EA, A. Beitone, oct. 2012

CR Lucile Auffant

  • Stage d’économie approfondie animé par Alain Beitone
    Vendredi 5 Octobre 2012, IUM d’Aix
    Compte-rendu rédigé par Lucile Auffant

     

    Préambule en 3 points:

    1 / la cohérence interne du programme : les mêmes questions sont reprises le long du cycle 1ère/terminale pour favoriser l’appropriation de savoirs par les élèves.

    Exemple : le marché 1ère  et Terminale, en spécialité EA : marché des capitaux ; les défaillances du marché : 1ère, terminale  et spécialité EA.
    Cela implique de veiller au suivi des élèves afin de s’assurer de la continuité des apprentissages.

    2 / Une évolution a été accentuée par les nouveaux programmes[1] : l’accent est mis sur l’appropriation de concepts et de modes de raisonnement (et non plus d’objets empiriques).

    Exemple de problématique : l’instabilité des économies de marché (1ère : marché, Terminale : fluctuations économiques, + spécialité EA : instabilité des marchés financiers)
    Autre exemple : la coordination. Dans toute économie il existe un problème de coordination : ex émission de GES décentralisée : une gestion mondiale et coordonnée est nécessaire pour limiter ces émissions, idem pour les marchés financiers. On a donc l’occasion à plusieurs reprises  tout au long du cycle terminal, de voir que la coordination des actions des agents qui prennent des décisions décentralisées est l’un des thèmes essentiels de l’analyse économique. On peut aussi travailler à partir de plusieurs exemples la portée et les limites de la coordination par le marché (importance de l’analyse des défaillances du marché). Le regard croisé sur l’entreprise est l’occasion de confronter la coordination par le marché et la coordination par la hiérarchie.
    En sociologie, l’une des questions essentielles concerne la cohésion sociale. On l’étudie en première (socialisation, réseaux sociaux) et en terminale à propos, de la stratification sociale, du conflit, du lien social dans une société d’individus.

    3 / « Oser faire simple » : le fort degré de complexité des manuels (et de certaines fiches éduscol) ne doit pas nous empêcher de faire simple. Exemple : lecture d’un TCAM = exigible mais inutile de savoir calculer un TCAM.

    Penser à lier les différents thèmes des programmes :
    Les questions démographiques ont un impact sur la finance
    La fixation des prix influe sur le pouvoir de marché.

    La partie 3 du programme de spécialité EA sera davantage développée, à la demande des collègues assistant au stage.

    Point 3 : instabilité financière et régulation

    Il est question de l’instabilité endogène des marchés, en particulier financiers. Cela suppose que soient mises en place des procédures de régulation car le marché n’est pas autorégulateur.

    IC :
    Présenter les marchés financiers en prenant un ou deux exemples
    Expliquer pourquoi il y a instabilité
    Les facteurs explicatifs
    Les choix à opérer en matière de régulation

    On peut partir d’une définition large du marché des capitaux : tous les marchés d’actifs financiers = titres de créances (obligations, devises) et titres de propriété (actions).
    Aujourd’hui, les matières premières (blé, pétrole…) sont aussi considérées comme un actif financier (d’où l’exemple des marchés de matières premières cité dans les exemples de marchés financiers dans la fiche éduscol mais aussi dans le livre de D. Marteau). Mais sur ces marchés, la majorité des transactions sont des produits dérivés (pour spéculer ou pour se couvrir).
    On peut aussi ajouter le marché climatique = s’assurer contre le risque climatique (ex de tour operator garantissant x jours de soleil pendant un séjour, ces tour operator se couvrent contre un risque)
    Expliquer ce que sont les marchés : on peut s’appuyer sur les acquis de 1ère (marché de marchandises) et étudier le marché des actions (primaire/secondaire) : ex de l’introduction de Facebook à la bourse de New York.
    Montrer l’interdépendance des marchés : on peut utiliser le passage page 9 du livre de D Marteau. Lien marché de matières premières- taux d’intérêt -taux de change (euro/dollar)
    Autre exemple : le déclenchement du krach boursier de 1987 (débat sur le taux du marché monétaire, contagion à la crise boursière puis à la crise de change et à la crise bancaire).
    Autre exemple d’interdépendance entre marché des matières premières et marché financiers : envol du prix des matières premières entre 2004 et 2007 (métaux, riz : cf. Mc Do qui diminue de moitié la portion de riz dans ses menus pour que le prix reste abordable) puis après le krach sur le marché immobilier américain, le cours des matières premières plonge (en 2009).
    L’instabilité est liée à des phénomènes de contagion et peut avoir un effet systémique si un nombre important de marchés est impacté.

    3.1 Qu’est-ce que la globalisation financière ?

    La globalisation financière s’amorce dans le dernier tiers des années 1970 et s’amplifie durant les années 1980-90.
    UE : libre circulation des capitaux complète depuis 1990 (auparavant l’accueil des IDE était soumis à l’accord du ministre de l’économie et des finances : cf. installation de Ford en Aquitaine).
    USA : des années Roosevelt au début des années 1980 : taux d’intérêt plafond contrôlé par l’Etat. La remise en cause de la séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt date de 1986 (contre 1984 en France). (La loi Glass et Steagall ou Banking Act datait de 1933).
    Il existe de bonnes raisons à cette évolution.

    Une des bonnes raisons : la situation démographique (vue dans point 1 de la spé EA)

    A partir du moment où les échanges commerciaux se développent, il n’y a aucune raison de penser que dans tous les pays l’équilibre I = S est respecté autrement dit aucune raison qu’il n’existe pas de déséquilibre extérieur.
    Le solde de la balance des transactions courantes est égal à la différence entre l’épargne et l’investissement.
    Si S n’est pas égal à I (à cause de structures démographiques, ou de la dynamique de la croissance économique dans le pays : USA) alors il faut combler des déséquilibres : ceux qui sont en déficit doivent emprunter sur les marchés mondiaux. Par contre ceux qui sont en excédent (Ex Chine dont taux d’épargne = 44 %, ou Norvège) doivent placer le produit de leurs excédents sur le marché mondial.
    Autre exemple : le recyclage des « pétrodollars » après les chocs pétroliers de 1973 et 1979.
    La circulation internationale des capitaux est donc une réponse à un problème objectif (par exemple les Etats-Unis ont été emprunteurs nets sur le marché mondial des capitaux de leur naissance à 1914 : ce pays jeune et en forte croissance empruntait l’épargne des pays plus vieux économiquement et démographiquement. Lénine parle de la « tonte des coupons » pratiquée par les pays arrivés au « stade suprême du capitalisme »). La globalisation financière est donc nécessaire mais cela ne signifie pas que la libéralisation des capitaux doit être totale ni que l’on doit renoncer à tout dispositif de contrôle des risques.

    2ème bonne raison : le système économique et financier mondial est devenu plus instable à partir de mi 1970 (de 1933 à 1969 : prix de l’or stable à 35 dollars l’once).

    1971-73 : changes flottants se mettent en place ce qui accroît la volatilité des taux de change et des taux d’intérêt.
    2 types de comportements : ceux qui ont une aversion pour le risque et cherchent à se couvrir contre le risque, et ceux qui considèrent que plus de risque  engendre un rendement plus élevé et veulent gagner davantage dans un contexte de volatilité accrue. Sans les seconds, les premiers ne pourraient pas  se couvrir. La spéculation est fonctionnelle : elle permet le transfert d’un risque. Si tous les individus avaient le même comportement face au risque, il n’y aurait pas de couverture. Il est donc souhaitable que certains acceptent davantage de risques (rémunérés par une prime de risque) et que d’autres acceptent de payer pour s’assurer contre ce risque.
    Le lien entre risque et rendement doit être expliqué aux élèves. Le risque est estimé par le marché[2] : rôle des anticipations et de l’information sur le risque. Les prix sur les marchés incluent la prime de risque.
    L’agrégation de ces deux types de comportement amplifie le risque systémique. Cependant, une par une, il est difficile de savoir quelle opération est spéculative et laquelle ne l’est pas. De nos jours, de nombreuses coopératives agricoles vendent par anticipation les futures récoltes = elles se couvrent car elles garantissent un prix et en même temps elles le font selon leurs anticipations. Lorsque la coopérative anticipe une hausse des cours, elle attend pour vendre = spéculation. Toute personne qui n’est pas couverte contre un risque spécule (y compris celui qui part en vacances à la dernière minute grâce à lastminute.com). La spéculation est une cause d’instabilité.
    Pb : cette agrégation de comportements rationnels risque d’amplifier l’instabilité des marchés, la volatilité des cours des matières premières ou des cours du change par exemple. Mais ceux qui opèrent sur les marchés spéculatifs ont de bonnes raisons de le faire : se protéger contre des risques. Néanmoins cela ne signifie pas pour autant autoriser toutes les innovations financières (telles que celles permettant de vendre un titre que l’on ne possède pas[3]).
    Lien entre innovations et finance (marché des options car les contrats à terme fermes ne permettaient pas toujours de se protéger correctement et surtout empêchent de bénéficier d’une évolution des cours favorable).
    Option = se protéger contre l’évolution défavorable et saisir le gain si l’évolution du cours nous est favorable. Ici la prime est plus élevée car celui qui vend l’option prend un risque potentiellement illimité, alors que l’acheteur d’option risque dans le pire des cas de perdre le prix d’achat de l’option (prime).
    La globalisation est donc la réponse à la mondialisation des économies et à l’instabilité accrue des marchés financiers. La question centrale c’est le décalage entre le développement des nouveaux produits et des nouveaux marchés d’une part, et la mise en place des instances de régulation d’autre part. Par exemple la négociation Bâle 1 a été lancée en 1987 à la suite du krach financier mondial. La mise en place des mesures adoptées a été très lente. Elle s’est étendue jusqu’en 1997… date de déclenchement d’un nouveau krach financier !

    IC : les 3 D (ce triple mouvement a déjà été vu en 1ère). Deux points à présenter :

    1er point : des acteurs sociaux ont promu cette décision : ce sont les Etats qui ont décidé des 3 D. ex loi bancaire de 1984 en France. Le système bancaire était alors perçu comme trop rigide, le cadre semblait très peu concurrentiel.
    Ce mouvement des 3 D a alimenté un développement de la finance de marché qui n’a bénéficié, pour l’essentiel,  qu’à deux acteurs : l’Etat (il peut émettre des bons du Trésor sur un marché plus profond et plus liquide) et un petit nombre de grandes entreprises qui ont eu accès au financement à court terme (émission de billets de trésorerie). Pour les ménages le cadre reste peu concurrentiel (cf. démarches pour changer de banque…)[4].
    Réf : CEPII, L’économie mondiale 2013, La Découverte, Coll. Repères, 2012. Chapitre rédigé par J. Couppey-Soubeyran et G. Capelle-Blancard

    2ème point : les 3 D ont provoqué des changements effectifs : la pression de la contrainte extérieure qui en 1982-83 concernait les transactions courantes s’est déplacée vers la sphère financière (tensions internationales sur les taux d’intérêt).

    3.2 Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

    Idée de l’instabilité endogène des économies de marché : dette, boom, crise

    Phase d’expansion du cycle alimentée par un climat de confiance, une offre de crédit par les banques et une demande de crédit par les agents économiques non bancaires (la dette).
    La dette commence par nourrir le boom : grâce au crédit, la demande augmente, le taux d’utilisation des capacités de production augmente, la croissance s’accélère (optimisme, euphorie).
    Qu’est-ce qui déclenche la crise ? Pendant le boom, le taux d’endettement des agents non bancaires a augmenté, à un moment les banques vont considérer que ce taux est trop élevé, elles contractent l’offre de crédit ce qui crée un choc négatif sur la demande puis un processus cumulatif de retournement lui-même autoentretenu (faillites, chômage…).
    Puis le niveau d’endettement ayant été réduit, les agents économiques non bancaires les plus fiables se remettent à emprunter…
    (à relier au ch 1.2 de sciences éco : cycle du crédit)

    Schéma n° 21tiré du livre de R Boyer « Les financiers détruiront-ils le capitalisme ? » (Economica, 2011)

    1ère cause : élargissement du marché des acheteurs de logement aux USA, les ménages ont été démarchés par des intermédiaires avec des contrats leur disant que rembourser le crédit était équivalent à payer un loyer. Contrats attractifs : taux d’intérêt bas et fixe… mais seulement pendant 3 ou 4 ans ensuite taux variables plus élevés (mais lors de la signature du contrat les ménages n’en avaient pas conscience).
    Le déclenchement de la crise a commencé quand des contrats ont basculé du taux fixe au taux variable et que les remboursements ont doublé ou triplé. Cela a engendré une forte hausse du taux de défaut des crédits.
    Avril 2007 : le deuxième opérateur sur le marché américain des crédits subprimes annonce qu’il est en faillite car trop de défauts de paiement, puis effet de contagion.
    On notera l’importance de l’information : des agents économiques ont signé des contrats qu’ils ne comprenaient pas.
    Le système d’incitations est pervers : les courtiers, payés à la commission, n’ont pas sélectionné les risques[5].
    Le phénomène s’est amplifié avec la titrisation. Les banques ont transféré ces créances (produits structurés). Le modèle « originate and distribute » se généralise.
    La diffusion de ces crédits a alimenté la bulle à la fois de crédit et immobilière. La bulle s’autoentretient tant que les anticipations sont haussières[6].
    La prise de risque est pro cyclique : le boom. Certains savent qu’ils prennent un risque mais pensent avoir une rémunération plus forte donc le niveau de risque augmente. La bulle finit par exploser.
    Le schéma précise « réverbération » : ce qui se produit sur un marché se diffuse à l’ensemble du système économique.

    Schéma n° 5 de R Boyer : les mécanismes conduisant à l’explosion de la prise de risque notamment production d’informations de mauvaise qualité (conflit d’intérêt dans les agences de notation), notamment aussi les innovations permanentes sur des produits complexes : information incomplète dans les banques. Les dirigeants des banques ont pris des risques en acquérant des actifs dont ils ne comprenaient pas le contenu.
    De nombreuses incitations ont amplifié la prise de risque, l’éclatement de la bulle était inévitable.

    Doc du CAE (Rapport sur La crise des subprimes, disponible intégralement et gratuitement sur le site du CAE)

    Un changement institutionnel : les changements des normes comptables : les actifs sont comptés à leur valeur de marché. Or il y a deux effets pervers :
    1 / C’est massivement pro-cyclique, cela amplifie l’accélérateur financier décrit en 1989 par B. Bernanke.
    Quand le prix des actifs monte, la probabilité d’obtenir des crédits augmente donc on peut acheter plus d’actifs ce qui fait grimper le prix des actifs et du bilan d’où de nouveaux crédits…
    Par contre, quand la valeur des actifs baisse, le montant des prêts diminue, les projets d’investissement sont révisés à la baisse…[7]
    L’instabilité du système est renforcée = phénomène endogène d’amplification du cycle.
    2 / La part de l’actif des organismes financiers qui ont un prix est extrêmement faible car ils ont dans leur bilan des titres qui n’ont pas de prix de marché. Ils ont donc un modèle de valorisation qui fixe un prix par convention.

    Les 3 blocs du doc du CAE
    En haut à gauche : « paradoxe de la tranquillité » Hyman Minsky = période à l’origine du boom. Dans le cas des subprimes ce paradoxe repose sur la réussite des banques centrales à endiguer l’inflation (1979 USA, 1983-84 UE). La désinflation est interprétée comme une preuve de la capacité des banques centrales à maîtriser la politique monétaire.
    A droite : boucle avec le choc de productivité. Fin 1990 forts gains de productivité (USA, résolution du paradoxe de Solow) : cercle vertueux avec effet de richesse qui alimente la croissance + accélérateur financier.
    Bas à gauche : innovations financières et recherche de rentabilité
    Choc de productivité et croissance : les excédents des pays émergents engendrent des placements qui contribuent à alimenter la liquidité. Les pays émergents ont aussi contribué à la désinflation (ex prix du textile) alors que la surchauffe (à droite) aurait dû engendrer l’inflation.
    Des forces de rappel n’ont pas joué parce que les banques centrales étaient crédibles et aussi à cause des pays émergents. De plus, la hausse du prix des actifs n’est pas considérée comme un signe d’inflation car ils ne sont pas comptés dans l’indice des prix à la consommation.
    A long terme, les taux d’intérêt diminuent car faible inflation anticipée + capitalisme actionnarial donc les banques sont dans une situation de tension. La rentabilité des opérations de crédit est plus faible alors que les actionnaires demandent une rémunération plus élevée. Solutions : les innovations financières, moins de sélectivité dans l’octroi de crédits. Paradoxalement, les banques prennent plus de risques car la situation macroéconomique est jugée comme stable.
    Dans un premier temps, la baisse des taux à long terme enclenche le boom du cycle du crédit. Dans un second temps, la situation se retourne. Crise financière (moins de crédits octroyés) puis répercussions sur l’économie réelle.

    Doc P Artus (une analyse marxiste de la crise, Flash Economie Natixis, 6 janvier 2010)
    Crise financière en partie car aléa moral et incitations inadéquates mais il existe aussi des problèmes de fond plus importants. La crise financière est une résultante de l’accumulation du capital et du partage des revenus (montée des inégalités).
    Rappels : 2 types de crise : demande (sous consommation) / rentabilité
    Derrière l’aspect financier on a le risque de baisse tendancielle du taux de profit. Pendant le boom, chaque entreprise essaie d’augmenter son stock de capital pour gagner des parts de marché et réaliser des gains de productivité. Cela conduit à l’excès de capital. Face à cette suraccumulation de capital soit l’entreprise rentabilise ce capital, soit elle est éliminée du marché. Les entreprises réagissent alors en comprimant les salaires (sauf France et Italie) voire en diminuant les salaires réels. Le partage de la VA se modifie en faveur des entreprises. Le mouvement de concentration des entreprises s’est accéléré (recherche d’économies d’échelle), les entreprises ont aussi essayé d’élargir leurs débouchés via les exportations.
    Années 1980 à nos jours : moindre dynamique des revenus salariaux, montée des inégalités et de la pauvreté[8], remise en cause du compromis salarial fordiste. Réponse aux USA : gonflement de la dette qui a contribué à la bulle immobilière.

    Régulation de la finance

    Figure 37 R Boyer
    Éléments importants :
    Politique fiscale et budgétaire : rémunération soit agir ex ante (réglementer les rémunérations, ex : bonus à évaluer sur plusieurs années) ou agir par la législation fiscale.
    Politique monétaire (+figure 39) : les banques centrales ont réussi à éviter une crise de liquidité mais au prix d’un fort accroissement de la masse monétaire mondiale. Quand la crise est survenue, les banques ont été inquiètes de la solvabilité des autres banques elles ont donc fortement contracté leur offre de liquidité sur le marché interbancaire et elles ont aussi contracté les crédits accordés à leurs clients (credit crunch). Les dépôts des banques de 2nd rang auprès de la banque centrale ont augmenté malgré des rémunérations à 0% (préférence pour la liquidité plutôt que prêter à des agents économiques dont on ne connaît pas la solvabilité). Le risque est que la surliquidité serve de base à une nouvelle bulle spéculative, à un gonflement du crédit (surtout si le cadre institutionnel de la régulation reste le même, c’est-à-dire insuffisant).

    Figure 39 R Boyer, quatre propositions
    Proposition la moins importante : la standardisation (exemple arrêter les CDS au cube = 3 couvertures enchaînées, interdiction des CDS à nu)
    2ème proposition : examen ex ante des nouveaux instruments financiers, création d’une autorité créant l’autorisation de mise sur le marché, contrôler les nouveaux produits (intérêt et niveau de risque assuré par le nouveau produit). A quelle échelle ?
    La stabilité financière est un bien collectif. Un groupe de pays peut choisir d’être plus strict pour assurer plus de stabilité. Le dumping réglementaire n’est cependant pas toujours gagnant. Accord européen voire international serait préférable.
    3ème proposition : interdiction des opérations de gré à gré (OTC : over the counter, sous le comptoir) : les transactions financières doivent avoir lieu sur un marché organisé, avec une chambre de compensation = organisme qui, quand le niveau de risque augmente, procède à des appels de marge. Elle oblige les agents économiques à verser des provisions s’ils prennent trop de risques, sinon le contrat est annulé et plus personne n’est exposé à un risque.
    Risque de contrepartie : très important à cause des effets de contagion que cela peut déclencher.
    Risque systémique : un grand nombre d’agents fait défaut en même temps.
    Les organismes financiers ont intérêt à ce que la législation soit la moins contraignante et la moins coûteuse. C’est au pouvoir politique de défendre le bien commun contre des intérêts particuliers.
    4ème proposition : chambre de compensation + accès par les autorités de marché à l’information privée. La chambre qui a une fonction tutélaire doit être informée. Cela suppose une réglementation. Le régulateur du marché a besoin d’un certain nombre d’informations surtout si on pense qu’il existe des distorsions de prix pour savoir dans quelle mesure telle évolution de prix (hausse ou baisse) correspond à des données fondamentales ou pas.

    Tableau 23 de R Boyer : débat à organiser dans la classe : laisser faire ou encadrer la finance ?

    1 Economie et démographie

    Références :
    Rapport du CAE (2002) Aglietta, Blanchet et Héran: résumé de 4 pages en ligne
    Dictionnaire de démographie, A Colin

    1.1  Comment la dynamique démographique influe-t-elle sur la croissance économique ?

    1ère idée importante : transition démographique et pression créatrice

    Quand la population augmente, cela accroît la croissance économique.
    Exemples : XIXe RU, USA (mouvement naturel puis migratoire), XVIIe Pays-Bas (vague d’innovations), Chine : la croissance absolue de la population a alimenté la croissance économique.
    Allemagne : population en phase de déclin absolu + idem au Japon, en Italie, en Espagne
    Référence : Gérard Cornilleau : article sur situation démographique de la France et de l’Allemagne (disponible sur le site de l’OFCE).

    2ème idée importante : lien épargne - croissance

    La croissance économique suppose l’accumulation du capital qui elle-même suppose l’épargne. Un pays qui épargne plus, accumule plus ce qui nourrit la croissance (notamment si l’accumulation incorpore du progrès technique). Débat : faut-il une épargne préalable ?
    Il existe un lien entre épargne et structure démographique : une population jeune épargne peu alors qu’une population vieillissante achète des titres.
    L’élévation de la longévité pose le problème de l’assurance dépendance. La dynamique démographique provoque des variations de la structure par âge de la population qui ont des répercussions sur l’économie via la demande (pression créatrice) et l’offre (épargne et accumulation du capital).
    30 Glorieuses en France : peu d’actifs, nombreux jeunes et pourtant croissance économique forte (2 explications : les mouvements migratoires et les gains de productivité = accumulation du capital)

    Modèle du cycle de vie : ce modèle pose des questions sur le lien entre dynamique démographique et dynamique économique via l’épargne. Critiques sur la portée heuristique de ce modèle : ce modèle fait l’impasse sur les transmissions intergénérationnelles. Sauf si erreur de calcul, dans ce modèle le patrimoine est nul au décès. Or beaucoup d’individus veulent avoir un patrimoine positif et le léguer à leurs descendants : cela dépend du niveau de patrimoine, des revenus et d’être en mesure de constituer une épargne qui continue de faire augmenter le patrimoine. Ces comportements individuels s’éloignent de ce que décrit le modèle. Ce modèle ne prend également pas en compte les variables institutionnelles (système de retraites, protection sociale) : exemples de la Chine, du Japon.

    1.2  Quel est l’impact des variables économiques et démographiques sur le financement de la protection sociale ?

    Le vieillissement démographique impacte les systèmes de protection sociale. Quand la structure par âge change, il faut attribuer une partie de la valeur produite par les actifs occupés aux autres qui ne produisent plus (vieux) et qui sont dans l’incapacité de produire (jeunes). Quand les parts des trois groupes d’âge (jeunes-actifs-vieux) changent, soit on modifie la répartition, soit une partie de la population s’appauvrit. Débat : quelle répartition choisir ? ex de choix pendant le baby boom en faveur des jeunes (hausse durée de scolarisation obligatoire) et aussi choix en faveur des retraités (minimum vieillesse) : 2 mesures possibles grâce aux gains de productivité et car les actifs ont accepté d’avoir un accroissement de la valeur qui leur revenait moindre que le surcroît de revenu global. L’appel à l’immigration a aussi aidé à « supporter » le coût des baby-boomers lorsqu’ils étaient enfants puis jeunes.
    Le vrai débat, le vrai choix de société est la répartition des revenus par groupe d’âge. (Attention : un faux débat à évacuer : idée selon laquelle la solution est le passage à la capitalisation)
    (Faux débat en matière de système de santé : la montée des coûts relatifs, il y a débat non pas à cause de la hausse des dépenses de santé mais parce que ces dépenses sont prises en charge par la collectivité = solidarités collectives, ce débat ne provient pas de la démographie elle-même même si elle a un impact. Référence : site du Cepremap : livre de Brigitte Dormont sur les dépenses de santé).
    (Comment gérer la solidarité alors que le système de protection sociale a perdu son sens, sa visibilité ?)
    Une façon de lisser le surcoût du vieillissement est d’emprunter aux générations plus jeunes (en créant des fonds de réserve).

    PO : incitations pécuniaires, aléa moral, sélection adverse

    Réflexion dans les hôpitaux publics : budget global (enveloppe annuelle) pour remplacer la tarification à l’acte (T2A : chaque examen est facturé à la sécu ce qui crée des comportements sous optimaux car la Sécu est incapable de vérifier si l’examen était indiqué thérapeutiquement ou pas. Or l’hôpital peut augmenter le nombre d’IRM pour rentabiliser l’appareil). Le budget global a néanmoins un effet pervers : le rationnement. La T2A existe toujours dans le secteur privé donc ce secteur a intérêt à maximiser les actes prescrits (effet pervers).

    Quand on a un degré de socialisation des dépenses de santé, on peut se demander quel est le système le mieux adapté, le plus efficace, compte tenu d’une contrainte budgétaire.
    ARS : agences régionales de santé : logique de maximisation, de rationalisation administrée
    Médecine ambulatoire : logique marchande + différents secteurs : conventionnés ou pas + avec honoraires libres d’où des inégalités dans l’accès aux soins.
    Dilemme du mode de fonctionnement : 2 extrêmes possibles :

    •     Tout est soumis à la régulation marchande, régulation par les prix
    •    Davantage un système administré mais pb on ne parvient pas à le réguler (exemple GB).

    Une autre solution : mode coopératif ou communautaire : cf. secteur mutualiste (cf. solution d’E Ostrom dans la gestion des biens communs).
    Autre pb : l’activité des seniors (cf. stratégie de Lisbonne) alors qu’ils ne trouvent pas d’emploi et que leurs droits à la retraite diminuent car ils n’ont pas trouvé d’emploi (double peine).

    2       / Stratégies d’entreprises et politique de la concurrence dans une économie globalisée

    2.1  Dans quelles circonstances les entreprises peuvent-elles exercer un pouvoir de marché ?

    Le PO évoque la CPP et le relâchement des hypothèses. Il est préférable de voir la concurrence comme un processus plutôt que comme un état car dans un univers de CPP les entreprises n’ont pas de stratégie : elles sont price taker, les techniques de production déterminent la quantité produite. C’est donc la lecture autrichienne du marché et de la concurrence qui est sans doute ici la plus féconde pour comprendre les enjeux.
    Idée de stratégie : dans un contexte donné, les entreprises essaient de diminuer la pression concurrentielle dont elles font l’objet, elles cherchent au maximum à limiter la concurrence pour augmenter leurs profits[9]. En effet, en CPP, le revenu est égal au coût des facteurs donc le profit pur est nul.
    Les entreprises vont tenter de limiter la concurrence (barrières à l’entrée, cartels de producteurs, stratégies de concentration) pour avoir un prix supérieur au coût marginal.
    Le prix fixé dépend alors de la stratégie de rente (pour maximiser les revenus), de l’élasticité prix de la demande de biens et de la quantité produite.
    Le pouvoir de marché désigne toute situation où les producteurs sont en mesure d’influencer le prix des biens qu’ils vendent.
    Le monopole discriminant : il vaut mieux commencer par parler de discrimination par les prix en général et d’envisager le monopole discriminant comme un cas particulier de discrimination par les prix. En dehors de la CPP, tout producteur peut pratiquer la discrimination par les prix.
    Exemples : cinéma : heures des séances, statut du public afin de maximiser le remplissage des salles : le public est segmenté, a des élasticités prix de la demande variables en fonction de son statut ; SNCF ; séjours hors vacances scolaires…
    On peut combiner différenciation des produits et discriminations par les prix : exemple d’un produit vendu sous marque distributeur et sous grande marque (ou le low cost).

    2.2  Quel rôle pour la politique de la concurrence ?

    Asymétrie entre producteurs et consommateurs : des institutions doivent rééquilibrer le rapport de forces entre les eux, sinon le marché n’a pas les effets positifs attendus.
    Pb : arbitrer entre concurrence et compétitivité, entre concurrence et dynamique économique.
    Ex du New deal : suspension du Sherman Act et subventions aux agriculteurs pour mettre des terres en jachère. Le but est la reflation car on a une déflation par la dette et il faut donc faire remonter les prix.  La diminution de la concurrence permet de faire remonter les prix.
    Dans certains cas, une concurrence trop forte a des effets nuisibles sur l’investissement, la R-D, les innovations et la compétitivité.
    Exemple : grands champions nationaux (G. Pompidou) : mesure pour diminuer la concurrence et augmenter la concentration (Péchiney, moteurs d’avion, automobiles…).
    Politique industrielle : aujourd’hui l’UE intervient pour interdire des concentrations (ex Danone n’a pas pu racheter Perrier, c’est Nestlé qui a racheté Perrier… : l’UE a-t-elle marqué contre son camp ?)
    Autre exemple : interdiction des aides d’Etat aux entreprises en difficulté : cela n’accélère-t-il pas la désindustrialisation ?
    Dans certains cas on a un conflit entre la politique concurrentielle et la politique industrielle.
    Suivre actualité sur nombre de constructeurs automobiles dans l’UE

    Quelques références bibliographiques essentielles

    • Aglietta M. Les dérives du capitalisme financier, Odile Jacob
    • Boyer R., Les financiers détruiront-ils le capitalisme ?, Economica, 2011
    • Marteau D., Les marchés de capitaux, Armand Colin, Coll. Cursus, 2012
    • Orléan A., De l’euphorie à la panique, CEPREMAP (disponible gratuitement en ligne sur le site du CEPREMAP,http://www.cepremap.ens.fr/depot/opus/OPUS16.pdf (112 pages))

    [1] La génération précédente de programmes allait déjà dans ce sens.
    [2] Ce qui ne veut pas dire que le marché est efficient dans l’évaluation du risque. Ce dernier peut être surestimé ou sous-estimé. Par exemple avant le déclenchement de la crise de 2007, le marché a mal évalué la montée des risques. Ensuite certains risques ont été surestimés (éclatement de la zone euro) et on conduit à des  variations excessives de certains prix (taux d’intérêt sur certaines dettes souveraines).
    [3] Pendant la crise certaines ventes à découvert ont été interdites. L’Union européenne vient d’adopter une législation qui interdit l’acquisition d’instruments de couverture (CDS) sur des titres que l’on ne possède pas (CDS « à nu »).
    [4] Voir l’étude critique de la désintermédiation dans le livre de J. Couppey-Soubeyran, Monnaie, banque, finance, PUF, Coll. Licence, 2ème éd. 2012
    [5][5] C’est un cas typique d’aléa moral. Les courtiers ne supportaient pas les risques des crédits. Ils recevaient une commission et n’étaient plus concernés par la suite. De même les banques, dès lors qu’elles titrisent les crédits, ne supportent plus les risques correspondant à ces crédits.
    [6] Voir le dernier chapitre du livre de Didier Marteau sur les fondements microéconomiques de la crise de 2007.
    [7] Ce mécanisme peut être relié à celui de la déflation par la dette décrit par I. Fischer.
    [8] Ce point est aujourd’hui solidement décrit par des travaux du FMI, de l’OCDE, de Piketty et Landais, etc. Voir notamment le dernier livre de J. Stiglitz (Le prix de l’inégalité) et les contributions de J.L. Gaffard sur le blog de l’OFCE.
    [9] A. Smith soulignait déjà ce point : les capitalistes cherchent à se mettre à l’abri de la concurrence. Ceux qui assimilent le capitalisme et la « concurrence libre et non faussée » commettent donc une erreur d’analyse.