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A vocation disciplinaire

Publié le 17 sept. 2013

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Le  mardi 17 septembre 2013

EEE (Dé/re)localisation

C/r de L. Auffant

  • Entretiens enseignants-entreprises

    Institut de l’entreprise

     

    Mardi 27 août 2013

     

    Atelier n 2 : Localisation, délocalisation, un choix sous contraintes ?

     

     

    Contexte présenté par Philippe Crupaux (académie de Nantes)

     

    Intensification des échanges de plus en plus structurée par les stratégies des entreprises : alliances, IDE, sous traitance, accroissement des échanges de services.

    Quelles sont les logiques d’implantation des firmes ? Quels sont les avantages de chaque territoire ? S’agit-il de délocalisations absolues ou relatives ?

    Parmi les déterminants de la logique d’implantation des firmes on a la réactivité = raccourcissement du temps de production.

     

    Peut-on parler de réversibilité des avantages comparatifs ? Ex de relocalisation : les Taxis bleus (centres de réservation), Rossignol, Geneviève Lethu, Atol.

     

    Une lettre du CEPII de juin 2013 (http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2013/let333.pdf ) avance un gain de 100 à 300 euros par ménage et par mois réalisé grâce aux importations. Mais quel est l’impact sur l’emploi ? Néanmoins ici il s’agira d’étudier les causes (stratégies) et non les conséquences.

     

    Relativité des délocalisations : moins de  5% des entreprises françaises ont délocalisé entre 2009 et 2011 (référence : INSEE Première n° 1451, juin 2013 http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1451/ip1451.pdf ) Le phénomène de relocalisation est encore plus mineur. La mobilisation politique du « made in home » est-elle un élément de communication ou un phénomène plus profond ? Est-ce une vraie logique d’entreprise ?

     

    Exposé de El Mouhoub MOUHOUD (Professeur d’économie, Université de Paris Dauphine) : les délocalisations et relocalisations dans l’industrie et les services

     

    1 / état des lieux sur les délocalisations

    Les délocalisations verticales ont pour but de minimiser les coûts de production. Il s’agit d’exploiter les avantages comparatifs des territoires. Cela correspond à la fragmentation de la chaîne de valeur (ces délocalisations accroissent les coûts de transport). Les impacts de ces délocalisations sur l’emploi sont limités car les gains de productivité et le progrès technique sont les principaux facteurs des destructions d’emploi, les délocalisations ont un impact mineur. Mais ces délocalisations ne correspondent pas aux attentes qu’on a dans les débats publics. Ce hiatus est assez logique : les effets des délocalisations sont microéconomiques et locaux (cf. carte de la France avec des zones d’emploi : certaines zones sont très vulnérables : secteurs très exposés que ce soit au niveau de la compétitivité prix ou des coûts). Les phénomènes de compensation des chocs ne fonctionnent pas. Il existe trois compensations possibles :

     

    Selon HOS les délocalisations verticales sont dues aux avantages comparatifs. Cette compensation ne fonctionne pas car problème de diffusion du progrès technique tout le long de la chaîne de la production. Cela correspond à un changement de la nature de la DIT qui oppose des qualifiés mais de l’intra tâches dans les professions.

     

    Fourastié- Sauvy : la compensation sectorielle ne se fait plus car y compris dans les services on a environ 30% des emplois potentiellement délocalisables. Or les services représentent ¾ des emplois. Déf. de P Krugman : un service est délocalisable quand la production peut être délocalisable et la demande servie à distance.

     

    Effets vertueux macroéconomiques car la main d’œuvre est mobile. Cependant, les zones vulnérables maintiennent des zones de chômage de masse alors qu’il existe des emplois non pourvus dans d’autres zones. Le coût social peut être élevé pour la collectivité.

     

    Typologie des délocalisations verticales :

    • Défensives (compétitivité) : 1/3 des firmes concernées dans le secteur des biens de consommation.
    • Comportement de marge, opportunisme, logique de court terme (ex : distributeurs).
    • Induites ou forcées : les fournisseurs de consommations intermédiaires suivent les clients.
    • Offensives, organisationnelles : recentrage sur les compétences de base, d’efficience et de rentabilité.

     

    (Rappel : les délocalisations horizontales concernent l’accès aux marchés, aux compétences spécifiques, à des ressources spécifiques. Ex : les IDE. Rôle de l’arbitrage avec les coûts de transport)

     

    2 / Les relocalisations

    Définition au sens strict : rapatriement d’unités productives de montage ou d’assemblage (ou rapatriement de sous traitance) dans les pays (localités) d’origine.

    Au sens large : relocalisation à proximité des marchés ou net ralentissement de la délocalisation dans les secteurs sensibles à la compétitivité par les coûts.

     

    Quatre facteurs clés dans les relocalisations :

    • L’automatisation de la production (ex impossible dans le textile, le cuir souple car activités fortement intensives en travail) et les coûts de variété (récupération d’avantages comparatifs) (si la technologie est réutilisable les coûts irrécupérables sont très faibles)
    • L’imperfection du produit ou du service final réimporté, la faible réactivé aux marchés versatiles (échecs de la délocalisation) y compris dans l’agriculture (ex : taxis bleus, G Lethu : trop de défauts)
    • Des coûts de transports pour des secteurs pondéreux (ex fonderie, sidérurgie : Loiselet)
    • La hausse des salaires dans les pays d’accueil, les facteurs environnementaux (par exemple dans l’IAA). La hausse des coûts salariaux dans les pays émergents, par ex la Chine, engendre des délocalisations itinérantes et parfois des relocalisations notamment quand la part du coût du travail est supérieure à 30 % du coût.

     

    L’ampleur des relocalisations est minoritaire mais en croissance compte tenu du nombre plus élevé de cas de délocalisations.

     

    Les effets sur l’emploi :

    Effets directs limités (automatisation) mais emplois plus qualifiés.

    Effets indirects sur le système productif local significatifs.

    Le « made in France » (idem pour norme environnementale : élément marketing) peut être un élément de différenciation. Ex : G Lethu, produits alimentaires

    Souvent les relocalisations s’accompagnent d’automatisation (ex Taxis bleus, fonderie de  Loiselet). En France, des entreprises ont aussi profité des aides (cf. Loiselet).

    Tous les emplois perdus ne sont pas recréés grâce aux relocalisations : cf. carte avec 100 cas de relocalisations depuis 2005. Les politiques publiques de soutien aux relocalisations sont limitées en France alors qu’elles ont une grande ampleur aux Etats-Unis : politique industrielle + politique de change + politique de l’immigration visant à attirer des talents, des compétences.

     

    Exposé de Philippe PEYRARD, Directeur général délégué d’Atol les Opticiens

     

    Constats sur le marché optique : un glissement des valeurs :

    • La qualité disparaît suite à la pression sur les marges.
    • Le conseil se raréfie au profit des politiques de low cost.
    • Le low cost prend une part importante du marché.

    Le parti pris d’Atol : rôle des valeurs : professionnalisme, éthique, attachement à la qualité en misant sur l’innovation et la VA.

     

    Etape 1 : 2003-2004, un départ par dépit vers l’Asie

    1ère collection privée : modèle Ushuaia pour le groupe TF1

    Atol doit délocaliser se production faute de fabricants français acceptant ses commandes. La Chine a mis au point une manufacture. Cependant barrières de la langue, des traditions, des habitudes (ex : interprétations différentes de la couleur « rouge luxe »). Aussi des éléments qu’on n’apprécie pas tout de suite : la mode se démode très vite, les coloris ne se vendent plus, stocks conséquents d’invendus.

     

    Etape 2 : 2004-2007 : la relocalisation sans innovation

    Relocalisation des montures Ushuaia en France

    Un bilan en demie teinte : le coût de revient est multiplié par 3 mais le prix (de 130 à 145 euros la paire) n’est pas multiplié par 3. Cela occasionne donc un surcoût pour Atol qui baisse ses marges. En 2006 les ventes ne décollaient pas.

    Aspects positifs : produit de meilleure qualité, délais d’approvisionnement optimisés, meilleure gestion des collections.

     

    Etape 3 : 2008-2010, l’innovation par la personnalisation

    Clips sur les lunettes : un produit design, innovant en termes de technologie (même s’il ne s’agit pas d’une innovation de rupture), un produit avec une durée de vie supérieure.

    Les consommateurs sont prêts à acheter plus cher : la paire coûte 220 euros, on arrive alors à intégrer le surcoût de la relocalisation (fortes ventes conduisant à la rupture de stock avec la gamme A Karembeu)

     

    Etape 4 : 2011, l’innovation par le design to cost

    Fabrication classique : 212 opérations pour produire une paire de lunettes, coût de la main d’œuvre = 70% du prix de revient

    Fabrication de la collection design to cost (= lunettes déformables, sans vis, sans soudure, découpées au laser dans une plaque d’inox chirurgical) : le coût de la main d’œuvre est divisé par 3 : on produit en France avec un coût de revient chinois.

     

    Etape 5 : 2012, la personnalisation associée au design to cost

    = clip sur la monture + lunettes déformables, zéro vis…

    Ce produit coûte 169 euros. Atol n’est pas revenu aux 130 euros mais ce produit s’est écoulé à 100 000 pièces en 18 mois (contre 6 ans pour le 1er  produit et 3 ans pour le 2ème produit).

    Progrès grâce aux liens avec les sous-traitants, et le passage des 2/8 aux 3/8 (à Beaune).