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A vocation disciplinaire

Publié le 28 sept. 2013

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Le  samedi 28 septembre 2013

EEE Commerce mondial

C/r de L. Auffant

  • Mardi 27 août 2013

    Entretiens enseignants entreprises

    Institut de l’entreprise

    Conférence introductive :

    La nouvelle nature du commerce international

     

    Exposé de Patrick ARTUS, Chef économiste, Natixis

     

    Chaîne de valeur et segmentation de la production au sein de la valeur

     

    Remarque préalable : depuis deux ans le commerce mondial n’augmente plus du tout.

    1 / La segmentation de la chaîne de valeur (ou DIPP)

    La fabrication de biens a été saucissonnée. Chaque bien a des composants fabriqués à des endroits différents. C’est une nouvelle caractéristique du commerce mondial (bien différente de l’arrivée du Japon puis des Dragons dans le commerce mondial dans les années 1970 puis 1980). La logique a changé : aujourd’hui on découpe des biens.

    Quelle en est la conséquence ?

    Le poids accru des importations de biens intermédiaires (en % de la VA manufacturée). Le contenu en importations des exportations est devenu très élevé.

    Il y a une énorme différence en termes de production et de VA dans le commerce mondial. Par exemple dans l’électronique : I Pad « made in China » cependant la VA chinoise représente 6% de l’I Pad, la majeure partie de la VA est européenne.

    Les importations et les exportations sont par conséquent fortement corrélées. Les liens commerciaux sont renforcés entre les pays dans la même chaîne de production (exemple : Chine, Japon, Corée du sud : intégration commerciale régionale). Cela impacte aussi la politique économique, les politiques de compétitivité.

     

    2 / Les conséquences pour les politiques économiques

    Le poids croissant des échanges entre pays mais aussi à l’intérieur des pays (hausse du commerce intra firme) pose des problèmes statistiques et aussi des problèmes de définition même de la compétitivité. Ex : pas de protectionnisme possible si les filiales dans différents pays d’un même groupe sont en compétition. Le protectionnisme est impossible quand les productions sont segmentées.

    Autre changement : une dépréciation du change n’est pas forcément défavorable : si on achète en Chine des composants, on est contents qu’ils reviennent moins chers puisque c’est une consommation intermédiaire.

    Les pays riches doivent alors monter en gamme.

     

    Ex : élasticité prix des exportations en volume :

    • Chine : 1,25 : exportations très sensibles aux prix
    • France, Espagne : 1,1
    • Italie : 0,7
    • Allemagne, Suède, USA : 0,3 et Japon, RU : 0,1 : pays gagnants : les exportations sont suffisamment différenciées pour que le prix compte peu.

     

    3 / Le poids important des exportations de services

    Les exportations de services sont moins importantes que les exportations de biens surtout aux Usa et en Allemagne. On peut isoler le tourisme (cela change beaucoup pour l’Espagne).

    Où l’excédent de services compense-t-il le déficit des biens ? Seulement au RU et en Espagne.

    La désindustrialisation peut-elle être compensée par les exportations e services ? pb : certains services sont aussi délocalisables.

    La sensibilité au prix des exportations de services est nettement plus forte que celle des exportations de biens.

     

    Exposé de Mathieu CROZET, Professeur d’économie, Paris I Panthéon Sorbonne


    Constats :

    Segmentation des chaînes de valeur

    Echangeabilité croissante des services notamment aux entreprises (services financiers, logistiques, télécom, gestion…) notamment grâce à la diminution du prix des transports

    Rôle des FMN : hausse du commerce intra firme


    Quelle politique de compétitivité ?

    Réponse de D Ricardo : ajustements intersectoriels aux chocs d’ouverture commerciale : conséquences sociales faciles à comprendre : emplois menacés en France dans le textile… Cependant les conséquences deviennent de plus en plus difficiles à percevoir avec la segmentation de la chaîne de valeur. Quelles activités va-t-on garder chez soi ? Quelles activités va-t-on confier à l’étranger ?

    Pb de l’hétérogénéité entre les entreprises, les travailleurs (plus ou moins qualifiés, plus ou moins mobiles, polyvalents), les tâches qui composent la chaîne des valeurs (plus ou moins qualifiées, plus ou moins délocalisables). Il est plus complexe d’identifier les gagnants et les perdants dans ce contexte.

    Les coûts sociaux de la mondialisation sont plus importants quand on étudie les ajustements intra sectoriels : dans un même secteur, les entreprises les plus performantes gagnent mais les moins performantes perdent donc il devient plus difficile de cibler une aide sociale.


    Que faire ? Les ajustements intra sectoriels et intra entreprises sont plus rapides, les travailleurs doivent être plus mobiles, le marché du travail doit être plus flexible. Le système de formation initial et sur le long terme doit faciliter ces déplacements et ces changements. Il faut développer une politique de mobilité sur le territoire.

    Les entreprises exportatrices ont plus tendance à gagner si elles ont une grande taille, des capacités d’autofinancement (investissements, innovations).


    Quels sont les avantages comparatifs en France ?

    Les services aux entreprises : gisements de compétitivité, levier.

    Le positionnement dans l’UE, l’ancrage local, territorial reste fort. 80% des entreprises n’importent pas, n’exportent pas.

     

    Discussion animée par Thierry Fabre (Challenges)


    Question (T Fabre) : Qu’est-ce que la France a raté ?

    M Crozet : la spécialisation sur les fleurons industriels n’a pas été partagée. Les PME ont une attitude de défiance vis-à-vis de l’international, il est difficile de trouver des partenariats à l’étranger. L’élargissement de l’UE vers les PECO a permis à l’Allemagne de trouver des partenaires alors que la France aurait davantage gagné à échanger avec le Maghreb.

    P Artus : les « grands groupes » ne sont Français que par leurs sièges sociaux. Ex du CAC 40 : 20 leaders mondiaux mais 90% des profits du CAC 40 sont faits en dehors de la France alors qu’en Allemagne les grands groupes sont restés en Allemagne.

    En Allemagne la croissance des PME est plus forte. En France les PME/-PMI exportent peu, font peu de R-D malgré leurs fonds propres. Ces entreprises sont très conservatrices.

    Rôle aussi de l’élasticité des exportations aux prix : en Allemagne cette élasticité décroît grâce à la montée en gamme. En France cette élasticité augmente car vente de produits de moins en moins différenciés.

    Pb en France : ces mécanismes s’auto entretiennent : pas assez d’investissements dans les nouvelles technologies, on continue à baisser en gamme donc on vend pas cher d’où pas assez d’investissement, pas de montée en gamme… On a raté la montée en gamme au début des années 1990.

    Question (T Fabre) : A-t-on intérêt à dévaluer ?

    Cela dépend des pays (élasticité prix des exportations).