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Publié le 23 févr. 2014 Modifié le : 19 juin 2016

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Le  dimanche 23 février 2014

Stage EA globalisation

Cr de L. Auffant, Aix-Marseille

  • Stage d’économie approfondie du 20 février 2014

    Alain Beitone

    Compte-rendu rédigé par Lucile Auffant

     

     

    Remarques liminaires :

    Les documents présentés pendant le stage sont mis en ligne sur le site « Eloge des SES ».

    Ce stage peut être complété par le dossier documentaire du stage sur le financement de l’économie de l’académie d’Aix Marseille (dossier mis en ligne sur « Eloge des SES »).

     

    La globalisation financière.

     

     1.     De la première à la seconde mondialisation financière

     

    Mise en perspective historique de la globalisation financière

     

    a)      1880-1914 : 1ère mondialisation financière[1].

     

    Caractéristiques :

     

    -          théoriquement un système de monnaie unique : l’or (étalon or) chaque monnaie nationale est équivalente à un poids d’or. Donc pas de possibilité d’ajustement par le change, pas de crise de change puisqu’ils sont fixes. Les agents ont des anticipations de changes fixes : pas d’opérations spéculatives quant à des dévaluations et des réévaluations. Les prix sont stables sur le long terme. Le développement important de la circulation internationale des capitaux permet de financer les économies émergentes de l’époque. On assiste à des crises financières qui sont le plus souvent des crises de balance des paiements et des crises bancaires.

    -          Les ajustements se font par l’activité économique : les crises ont provoqué toutes les réflexions du XIXème siècle sur l’instabilité économique (de la production, des prix). C’est un mode de régulation du capitalisme reposant sur plusieurs éléments : des salaires nominaux flexibles à la baisse, des contrats de travail peu institutionnalisés, une intervention conjoncturelle de l’État peu développée (petites crises de régulation). Les crises bancaires sont assez ponctuelles et sont destinées à éliminer les mauvaises gestions (frères Pereire, affaire Stavisky). Les « crises périodiques de surproduction » jouent un rôle d’assainissement périodique en éliminant les entreprises les moins performantes et en reconstituant le taux de profit (J Rueff évoque la « régulation par la faillite »). Aux États-Unis il n’existe pas de banque centrale (La Fed est créée en 1913 : débat politique car cela enlève du pouvoir aux États fédérés) mais la contrainte métallique est forte. En 1873 on assiste à la démonétisation de l’argent (suite à la découverte de nombreuses mines de ce métal) pour renforcer la contrainte métallique et seule la convertibilité en or s’impose.

     

    À l’échelle internationale, cette première globalisation est caractérisée par le rôle de la livre sterling et de la place financière de Londres. La Banque d’Angleterre a une fonction régulatrice à travers la fixation de ses taux d’intérêt. Les mécanismes de marché jouent très fortement mais le système n’est pas totalement décentralisé.

    Cette « stabilité hégémonique » (Ch. Kindleberger) entre en crise progressivement quand les États-Unis, l’Allemagne et le Japon concurrencent la Grande Bretagne.

     

    1914 : événements politiques, la plupart des monnaies deviennent inconvertibles (sauf aux États-Unis), révélateur d’un changement d’hégémonie. Churchill pense que cette convertibilité sera rétablie (puisqu’au XIX siècle l’étalon or avait été suspendu puis rétabli), il le fera en 1925, mais cela ne fonctionne plus car les rapports de force ont changé. À l’occasion de la guerre, les États-Unis deviennent créanciers nets du reste du monde pour la première fois, et la place de New York est en pleine ascension.

     

    b)      Période de l’entre-deux-guerres

     

    C’est une crise de régulation (théorie de la régulation). Pas de système stabilisé : l’ancien mode de régulation est en crise, le nouveau mode de régulation est en gestation, on a donc une crise au sens d’A Gramsci.

    Les systèmes financiers sont nationaux, les mouvements de capitaux sont restreints, on assiste à une montée du protectionnisme après la crise de 1929. C’est la fragmentation de l’espace économique mondial. Débat déflation/dévaluation (retour à l’étalon or en Grande Bretagne en 1925). C’est le même débat que pour l’euro actuellement (Grèce notamment : on n’ajuste pas par le change, c’est une politique de déflation).

    1928 en France : choix de la dévaluation (de 80 % par la « stabilisation Poincaré »).

    Développement de stratégies non coopératives : forte dévaluation compétitive en France, guerre commerciale (montée des « égoïsmes sacrés »), paiement des réparations de la guerre (occupation de la Ruhr voulue par Poincaré). Logique du tous contre tous.

     

    c)      Les Trente Glorieuses

     

    Après seconde guerre mondiale : accord pour la situation de l’entre-deux-guerres ne se reproduise pas. Les conférences de la Havane, de Philadelphie (sur le travail), de Bretton Woods et la création de l’ONU témoignent de cette volonté de mise en place de stratégies coopératives[2].

     

    Le système qui se met en place pendant les Trente Glorieuses a pour caractéristique principale la place faible des mouvements internationaux de capitaux.

    Exemples : poids des transferts internationaux de capitaux par rapport au PIB très faible moins de 4%. Idem poids des mouvements de capitaux dans la balance paiements : 25-30 %.

    La grande question est celle des réserves de change des banques centrales pour payer les soldes débiteurs (question que se posent les émergents aujourd’hui qui après la crise de 1997 ont constitué d’importantes réserves de change). Il faut constituer des réserves de change pour payer les transactions commerciales si elles sont déficitaires.

    Les banques centrales font des accords de swaps, qui complètent le dispositif des droits de tirages organisés dans le cadre du FMI[3].

     

    Triangle de Mundell : possibilité de mener des politiques monétaires nationales car les mouvements de capitaux sont très faibles, et les changes sont fixes.

     

    Les logiques monétaires nationales reposent principalement –sauf aux États-Unis – sur une logique d’intermédiation bancaire, sur des taux d’intérêt nominaux administrés (y compris aux États-Unis : plafonnement dit réglementation Q dans le Glass Steagall Act : l’administration fédérale plafonnait le taux d’intérêt sur les comptes courants créditeurs, car la concurrence entre les banques pour offrir des taux plus élevés et attirer des clients était déstabilisatrice pour le système financier). On n’a pas de logique de régulation par les prix du système financier (la plupart des pays, à l’exception des Etats-Unis, pratiquent l’encadrement du crédit). De même, la plupart des pays (France, Allemagne fédérale, Japon, GB, etc.) pratiquent le refinancement à taux fixe, très forte présence de l’État dans la régulation des taux d’intérêt et la circulation des flux financiers.

    Pas de régulation par le marché de la finance : système très administré (notamment en France avec le « circuit du Trésor »). Ce système a fonctionné, il a été stable et a servi de cadre à une croissance économique exceptionnellement forte.

     

    Caractéristiques de ce système :

    -          Primat de l’intermédiation bancaire : les banques doivent résoudre le problème d’asymétrie d’informations. Elles vont nouer des relations durables avec les clients, et bénéficier de suffisamment d’informations pour connaître la situation des clients et accorder des crédits rationnellement aux plus solvables et leur prêter suffisamment pour financer des activités économiques, des investissements. C’est une période de croissance soutenue et taux de chômage faible.

    -          Les banques répondent à un second problème : la liquidité. Les agents en capacité de financement veulent un niveau élevé de liquidité, et les agents en besoin de financement veulent des crédits longs. Les banquiers doivent gérer la transformation bancaire (ou transformation des échéances) : opérer des financements longs avec des ressources courtes. Les prêteurs doivent disposer d’une stabilité de leur ressources (obtenue par la loi des grands nombres, cf. le réseau des caisses d’épargne : elles ont des liquidités stables alors qu’il y a sans cesse des entrées et des sorties sur les livrets ; et ces caisses financent des crédits aux collectivités locales, des constructions de logements sociaux). C’est la stabilité des ressources courtes qui permet de financer des prêts longs. Pour les autres banques, on a des réglementations pour fixer la liquidité (plancher de bons du Trésor par exemple, réserves obligatoires, encadrement du crédit).

     

    Une autre caractéristique est que le financement est favorable aux emprunteurs. Les taux d’intérêts nominaux sont encadrés et maintenus à un niveau relativement faible. Les taux d’intérêts réels sont faibles voire négatifs notamment pour certains crédits (comme les ménages endettés dans le cadre de prêts bonifiés : loi Le Loucheur, Crédit foncier ; les prêts aux collectivités locales, aux pêcheurs, aux agriculteurs, …). Il en découle un fort effet de levier (taux d’intérêt réel inférieur à la rentabilité économique des capitaux) : la rentabilité financière devient une fonction croissante de l’endettement. Cela a joué en faveur de l’investissement (avant 1914 politique favorable aux prêteurs) et de la croissance économique.

     

    Pendant les Trente Glorieuses, le crédit est encadré : on a un primat de la coordination par la logique de la hiérarchie (la coordination par le marché joue bien sûr mais elle est très encadrée[4]).

     

    Le cas des États-Unis

     

    Très tôt, le financement est plus orienté vers le marché, articulé au fait que le refinancement est à taux variable avec un marché monétaire ouvert. (Hypothèse de la diversité des capitalismes). Ce fonctionnement était encadré par la législation héritée du New Deal. Le Glass Steagall Act n’est abrogé qu’en 1999 (alors qu’en France c’est en 1984). Le système américain s’appuyait sur la garantie des dépôts qui ne s’appliquait qu’aux banques de dépôt (et donc pas aux banques d’affaire). Les banques de dépôt étaient contrôlées, financées en dernier ressort car la stabilité monétaire est un bien collectif. Les banques non couvertes étaient les banques d’affaire et le réseau des caisses d’épargne rurales : pour elles la régulation par la faillite joue. Cette logique fonctionne tant que les banques sont séparées. La Fed a bien joué son rôle de prêteur en dernier ressort.

     

    2.     La globalisation et le passage au capitalisme financier.

     

    Les grands changements vont se dérouler selon des calendriers différents selon les pays.

    En 1984 en France, la loi bancaire est adoptée et met fin à la séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires. En 1986, livre blanc sur le financement de l’économie : volonté affichée de décloisonner les marchés et de déréglementer. La France joue plutôt un rôle précurseur

    En Angleterre, le Big Bang se produit en 1986 sur la place financière de Londres.

    Aux États-Unis, on aura l’abrogation du Glass Steagall Act en 1999, et la libéralisation des dérivés de crédit en 2002.

    On peut considérer qu’au niveau mondial la rupture se produit vers 1979-1980 mais la transition vers le capitalisme financier est plus ou moins longue avec des modalités variables. La manifestation centrale est la libéralisation des mouvements internationaux de capitaux.

     

    Comment expliquer la transition vers le capitalisme financier ?

    -          Passage aux changes flottants en 1973 : risques de change plus grands, il faut donc des moyens de trouver des protections contre le risque de change.

    -          Deux chocs pétroliers jouent un rôle dans l’inflexion du rythme de la croissance mondiale plus la question du recyclage des pétrodollars : brusque gonflement de la liquidité mondiale dans les années 1980. Les pays exportateurs ne peuvent absorber cette hausse de revenus : leur propension à consommer est faible d’où un gonflement de l’épargne mondiale et des euro dollars. Les Soviétiques ne voulaient pas placer leurs dollars aux États-Unis. De plus, ce marché de l’eurodollar a des taux plus favorables qu’aux États-Unis (taux fixés par la réglementation Q). Les pétrodollars vont alimenter ce marché-là et nourrir le crédit.

    -          À partir des années 1960, c’est la « grande inflation » (J Denizet). En 1979, taux d’inflation est de 14% aux États-Unis, en France on a 18% en 1982, en Italie 25% en 1982. Cela va conduire à un tournant des politiques monétaires. Les politiques de désinflation (la grande modération) vont réussir : on revient progressivement dans les pays industrialisés à environ 2% d’inflation (norme de Maastricht en zone euro, adoptée ultérieurement aux Etats-Unis comme « cible d’inflation »). Nomination de Paul Volcker par J. Carter aux États-Unis en 1979.

    -          On assiste aussi à une inflexion des comportements des ménages : l’augmentation du niveau de vie entraîne une augmentation des taux d’épargne notamment quand la protection sociale collective est faible (maladie, retraites, scolarité des enfants). Les investisseurs institutionnels se développent (ex fonds de pension des enseignants de Californie). La collecte d’épargne conduit à rechercher des hauts rendements avec des risques faibles, les zinzins se comportent en actionnaires actifs : arbitrage rendements/risques, gestion des problèmes de liquidité. Cette évolution est articulée avec les différences démographiques des États (accélération du vieillissement en Allemagne et au Japon qui vont être exportateurs d’épargne[5]).

    -          Les besoins de financement des États : crise financière des États Providence avec le ralentissement de la croissance à partir de 1974-1979, on a aussi des révoltes anti-fiscales (qui conduisent Reagan au pouvoir aux Etats-Unis). On assiste à la crise des ciseaux : on voit le creusement des déficits publics, des dettes publiques. Il est nécessaire d’avoir des marchés financiers profonds et liquides pour obtenir des taux d’intérêt faibles. Il est alors nécessaire d’ouvrir les marchés financiers, de déréglementer les marchés financiers. En France le choc de finance publique a été très fort.

    -          Pour atteindre cet objectif, il faut déréglementer. Les pays enlèvent les restrictions aux mouvements des capitaux : 80% des pays industrialisés en 1970 ont de fortes restrictions, quasiment 0% en 1998. Pour les pays en développement, c’est plus tardif. (cf. graphique « à bas les restrictions » dans le dossier documentaire en ligne)

    La globalisation financière est le résultat des initiatives des États, souvent assumées et revendiquées.

     

    Les évolutions ont été très rapides. Exemple du poids des transactions internationales sur les titres (achats et ventes d’actions par des résidents et des non-résidents), en % du PIB :

    -          États-Unis : 4 % en 1975 et 89 % en 1990
    -          Japon : 1,5 % en 1975 et 120% en 1990
    -          France : 3,3 % en 1975 et 54 % en 1990

    (Si on avait les statistiques pour la Grande Bretagne on aurait 1 000 % dans les années 1990).

     

    On a bien une déréglementation intérieure et une ouverture internationale. On voit aussi la tendance à la constitution d’un marché mondial intégré des capitaux.[6] Cette globalisation résulte de mesures prises par les États.

     

    Remarque sur les liens entre le programme de 1ère et le programme de terminale à travers la dialectique réglementation / déréglementation. Par exemple, on fait disparaître le monopole des agents de change, il a fallu créer des réglementations pour créer les sociétés des bourses et organiser la cotation en continue. La déréglementation c’est changer la réglementation moins orientée vers la hiérarchie et plus vers le marché. On a créé des autorités de marché, des règles. Croire que le marché peut fonctionner seul est une illusion : aucun économiste n’a jamais affirmé que le marché était un fait naturel, c’est une institution.

    La globalisation ne résulte donc pas vraiment d’une dérèglementation, mais d’une transformation de la réglementation[7] : On passe d’une dominante hiérarchie-contrainte (régulation verticale) à une dominante marché (régulation horizontale et décentralisée) mais qui ne fonctionne pas dans un vide institutionnel.

     

    Le consensus aujourd’hui est de dire que l’on a un décalage dans les évolutions institutionnelles : on a enlevé les règles hiérarchiques trop vite sans re-réglementer assez vite, et on tarde à introduire les règles du marché[8].

     

    La désintermédiation n’a pas eu lieu (cf. texte de J. Couppey-Soubeyran et G. Cappelle-Blancard dans le dossier documentaire sur le financement de l’économie[9]) : une part importante des crédits reste des crédits intermédiés (PME et ménages, une partie des crédits aux grandes entreprises). En fait seuls les crédits d’État sont désintermédiés, sont réalisés sur les marchés (par exemple agence France crédit pour l’État). Les banques ont développé l’intermédiation de marché : ce sont de nouvelles activités : conseil, intermédiation de marché, usage dynamique de l’épargne collectée (SICAV monétaires dynamiques).

    Les banques françaises très exposées lors de la crise des subprimes car elles ont placé sur des produits risqués orientés marché aux États-Unis pour proposer des produits financiers mieux rémunérés à leurs clients.

    Ce nouveau régime financier va exacerber l’instabilité inhérente aux économies de marché avec une forte hausse des inégalités et une hausse de l’endettement (par exemple : ménages américains endettés en moyenne à hauteur de 103% de leur revenus annuels en 2000 et à 142% en 2007, pour les ménages britanniques on passe de 117% à 186%). C’est l’exemple de la crise de 2007.

     

    3.     La crise du capitalisme financier.

     

    Exemple du Japon[10].

    Ce pays était l’archétype du modèle du compromis fordiste durant les Trente Glorieuses avec notamment un système bancaire très encadré et fortement intégré aux groupes industriels, dans les années 1980, suite à un développement de la logique de marché une bulle immobilière s’est formée (il fallait 4 fois ses revenus acquis pendant la vie active pour acheter un logement à Tokyo), la bulle a fini par éclater, on a ensuite 15 ans de crise.

     

    On arrive à une crise lorsqu’on est à un point où la poursuite du gonflement de la bulle est devenue impossible (notamment parce que les taux d’endettement sont devenus très élevés et qu’une part de plus en plus importante des crédits accordés sont assortis de risques très élevés).


    Crise de 2007 des subprimes : la dette, le boom, la crise.

     

    La dette et le boom :

    Les prix de l’immobilier avaient grimpé. Or, la valeur du bien est essentielle pour l’octroi des crédits hypothécaires. Mais cette valeur ne peut pas monter indéfiniment.

    L’impact des prêts immobiliers est d’autant plus fort que l’immobilier est un secteur où l’accélérateur joue fortement (mise en chantier…). Les promoteurs lancés dans de nouveaux chantiers passent des commandes à des fournisseurs…

    On a un mécanisme procyclique :

    Quand la valeur des actifs monte, les banques accordent davantage de crédits (accélérateur financier). A contrario, quand la valeur des actifs diminue, les banques accordent moins de crédits. Le problème se pose quand le marché se retourne (aux États-Unis le retournement a lieu quand le taux de défaut sur le marché immobilier augmente).

     

    La crise

    Les crédits subprimes prévoyaient une hausse des mensualités de 20 à 40 % après les quatre premières années de remboursement du prêt. Quand le taux de défaut a augmenté, les maisons ont été saisies ou ont été vendues par leurs propriétaires qui espèrent se désendetter : c’est un processus qui relève de la déflation par la dette (Irving Fisher).

    Le prix des actifs baisse. L’effet de contagion a été nourri et est amplifié (cf. accélérateur financier). Les subprimes sont des crédits de mauvaise qualité : le risque de défaut est plus élevé. Les agences fédérales créées pendant le New Deal (de type Freddy Mac et Fanny Mae) qui collectent l’épargne et refinancent les crédits hypothécaires n’acceptent que des crédits « primes » (de bonne qualité) et bénéficient de la garantie de l’État. Donc les subprimes n’étaient pas financées par ces agences. C’est une crise de l’endettement privé (crédits immobiliers, crédits à la consommation, crédit automobile).

    La crise de la dette privée s’est propagée via la titrisation.

     

    Quelques rappels sur la titrisation :

    Les banques ont à l’actif de leur bilan, les créances détenues auprès des clients qui ont obtenu un crédit (création monétaire). La créance disparaît quand le crédit est remboursé. Cela diminue l’aléa moral car la banque supporte le risque en cas de défaut du client. En effet, dans ce cas la banque doit se recapitaliser en puisant dans ses profits. La banque sélectionne les risques. La titrisation (produits dérivés des crédits) permet aux banques de retirer de leur bilan une partie des crédits. Les banques revendent ces crédits à un organisme spécialisé : le « véhicule à objet spécial » (SPV : Special Purpose Vehicle ou SIV : structured investment vehicle). Ce dernier inscrit à son bilan ce crédit et émet des titres négociables en contrepartie. Le panier de créances est alors découpé en tranches et vendu par morceaux. Chaque acheteur de ces titres est propriétaire d’une fraction de l’actif du véhicule de titrisation. Ce titre de créance donne droit à un taux d’intérêt supérieur au taux d’intérêt du marché, ce titre est donc attractif. Le taux d’intérêt est plus élevé parce que le produit est plus risqué. La contrepartie est importante : ces titres, plus risqués, sont mieux rémunérés et sont plus liquides[11].

     

    Or, les comportements rationnels et individuels (ici dissémination du risque entre un nombre d’agents plus important) peuvent aboutir à une situation collective sous optimale. En cas de réalisation du risque, chacun n’en supporte qu’une petite partie. Mais quand le marché se retourne, on a un effet de contagion et une crise systémique. De plus, P. Artus[12] montre que les mécanismes de rappel habituels n’ont pas joué. En particulier on n’a pas une accélération de l’inflation car on est encore dans le paradoxe de la tranquillité (haut du schéma de P. Artus). Les anticipations inflationnistes ont été cassées. Il n’y a pas non plus de tension sur le marché du travail. En outre, on a un paradoxe de la crédibilité : les agents économiques font confiance aux banques centrales : elles savent empêcher l’inflation. Et enfin, les marchandises en provenance des pays émergents coûtent moins cher et font pression à la baisse sur les prix à la consommation. Donc l’économie est en surchauffe mais la hausse des prix à la consommation ne se produit pas, on n’a pas de signal par les prix.

    La hausse du prix des actifs (immobilier, valeurs mobilières) n’a pas été interprétée comme de l’inflation. Les banques centrales auraient dû surveiller non seulement le prix des biens et services mais aussi ceux des actifs.

     

    Quel a été le rôle des normes comptables ?

    Rappel : chronologie en 2002, l’UE adopte les normes comptables IFRS : évaluation des actifs en juste valeur ou fair value. L’IFRS est un institut privé américain mais ce sont les Européens qui choisissent d’adopter ces normes.

    Le capitalisme actionnarial a besoin d’informations sur la valeur de l’entreprise pour les actionnaires, il faut donc évaluer la valeur des actifs mais cela pose des problèmes.

    Le principe de ces nouvelles normes comptables : il ne s’agit pas d’évaluer à la valeur historique mais à la juste valeur (fair value) c’est-à-dire la valeur du marché. Le premier problème c’est que c’est le caractère procyclique de ce type d’évaluation. Ensuite, l’écrasante majorité (60%) des actifs n’a pas de marché sur lequel évaluer, donc on fait un prix de modèle. Et il reste 10 à 20% d’actifs sans modèle pour lesquels il faudrait alors « évaluer au doigt mouillé ».[13] Ces normes de comptabilité sont donc très mauvaises car procycliques et sont pour la grande majorité (brevets, actifs financiers, actions de SA qui ne sont pas cotées en bourse) non évaluables (private equity = actions non cotées sur un marché, cela s’oppose au public equity = actions cotées en Bourse). À chaque innovation financière il y a une crise qui suit (rapport du CAE de 2004[14]) et ce depuis la crise de la tulipe !

     

    4.     La gestion de la crise.

     

    Nous avons deux paradigmes en présence :

    -          les marchés sont efficients, stables, ils conduisent spontanément à la stabilité financière. La crise de 2007 n’est alors qu’un événement malencontreux. Il faut alors se contenter de renforcer la réglementation prudentielle et prendre quelques mesures comme par exemple l’union bancaire prévue pour 2019. C’est la position d’A. Greenspan par exemple.

    -          On est face à une instabilité endogène des marchés financiers (cf. Keynes et le concours de beauté, cf. livre de HP Minsky[15]). Dans ce cas on ne peut pas se contenter de renforcer la réglementation prudentielle, il faut également faire diminuer le poids de la finance dans l’économie.

     

    Quel est le lien entre la finance et la croissance ?

    Une étude de Gunther Capelle-Blancard montre qu’on a une courbe de Kuznets mais le point de retournement est difficile à évaluer. Jusqu’à un certain point, la finance sert la croissance économique. On a un seuil au-delà duquel le caractère pathogène de la finance l’emporte : la finance absorbe trop de capital, conduit à une mauvaise allocation du capital humain, à des distorsions dans l’allocation du capital financier et du capital humain, ce qui conduit à des effets négatifs sur la croissance économique et sur le bien-être.

     

    La finance doit aussi être articulée avec la politique monétaire.

    L’économie mondiale ne redémarre pas, la croissance va être limitée (y compris en Chine). La croissance potentielle de l’Europe est très faible (avec des impacts forts sur le financement de la protection sociale : assurance maladie, retraites). La base monétaire est en baisse dans la zone euro.

    Quand une économie est déprimée, on peut relancer par la monnaie ou par le budget (impossible eu égard des dettes publiques)[16].

    NB : la BCE ne peut pas acheter de titres sur le marché primaire mais elle a le droit d’en acheter sur le marché secondaire. Dans la zone euro, on a un principe de stérilisation des achats de la BCE : si elle achète davantage de titres publics, elle doit revendre des titres du privé (effet nul sur la masse monétaire).

     

    La politique monétaire expansionniste alimente une bulle boursière, avec le risque qu’elle éclate. Aux États-Unis, suite à la diminution du taux de chômage, la Fed a ralenti ses injections de liquidités mais cela aussi pose problème car le chômage diminue à cause d’un effet de flexion.

     

    La solution consiste à augmenter la croissance potentielle en Europe : investir dans le capital humain (cf. en France les mauvais résultats PISA) et dans le capital technologique (on est loin des objectifs de la stratégie de Lisbonne) et financer la transition écologique. Ces investissements ont des effets à court terme (augmentation de la demande globale) et à long terme (on relève la croissance potentielle). Il s’agit d’une politique de l’offre notamment de la formation, de la R-D. Cela pose aussi le problème du financement des politiques de l’offre. La croissance potentielle dépend de la croissance effective, de l’accumulation des capitaux.

     

    On peut mobiliser les exemples de H Sterdyniak et C Mathieu, Revue de l’OFCE n°110 « La globalisation financière en crise » 2009 (pages 13 à 73) pour expliquer les options et les titres à terme, en particulier l’exemple d’options achetées par Air France (page 27).[17]

     


    Les sujets du bac.

     

    Vous présenterez les caractéristiques du processus de globalisation financière.(Pondichéry)

    -          la désintermédiation est implicite dans le doc. 2 : difficile à percevoir par les élèves.

     

    Comment peut-on expliquer les crises financières ? (Amérique du Nord)

    -          Définition de subprimes dans la note : préférable de préciser aussi qu’il s’agit de prêts risqués.
    -          Le document ne donne pas d’explication des crises financières. Nombreuses connaissances à mobiliser.

     

    Vous expliquerez en quoi le comportement mimétique est un facteur essentiel des crises financières. (Antilles-Guyane)

    -          texte de Keynes « classique » mais la dernière phrase peut être déroutante pour un élève.
    -          Doc 2 difficile à rattacher au sujet pour les élèves.

     

    Comment réguler le système financier ? (Amérique du Sud)

    -          Pas de note pour « marché de gré à gré ».
    -          La définition de l’organisme compensateur est incomplète : il sélectionne ceux qui sont habilités à opérer, il est supposé ne pas faire défaut.
    -          Doc 2 sur les agences de notation à contre-courant de ce que nous enseignons aux élèves

     

    Quels sont les effets des transformations démographiques sur le financement du régime de retraite par répartition ? (Antilles-Guyane)

    -          Pourquoi uniquement par répartition ? Le risque peut être que les élèves croient que seuls les systèmes par répartition sont exposés au vieillissement de la population, or c’est aussi le cas des systèmes par capitalisation.
    -          Dernière phrase doc 2 ambiguë : les systèmes de retraite privés facultatifs peuvent être par répartition ou par capitalisation.

     

    Quel impact l’aléa moral peut-il avoir sur le financement de la protection sociale ? (Amérique du Sud)

    -          Des difficultés dans le texte : « transposition de la demande », « eu égard », « médecine ambulatoire » + dernière phrase.

     

    Quels peuvent être les effets de la dynamique démographique française sur la population active ? (Polynésie)

    -          Notions au programme mais problème majeur : contenu du sujet pas dans les IC.

     

    Globalement les sujets sur la partie 2 (stratégies d’entreprises et politique de la concurrence dans une économie globalisée) sont plus faciles, en particulier les documents sont plus accessibles. Nécessaire de valoriser les élèves pour tous les sujets et plus encore pour les sujets portant sur les parties 1 et 3.


    [1] Une lettre de Trésor Eco porte sur les leçons de la première mondialisation : https://www.tresor.economie.gouv.fr/File/330516 [2] Le système financier est évidemment lié à la configuration globale des rapports sociaux. Cela constitue une partie des analyses de Robert Boyer dans son livre « Les financiers détruiront-ils le capitalisme ? » Economica, 2011. A signaler l’ouvrage de deux économistes marxistes qui vient de paraître : Gérard Duménil et Dominique Lévy, « La grande bifurcation », éd La découverte, coll. L’horizon des possibles, février 2014. Ils mettent la crise financière mondiale en perspective.
    [3] En 1967, la décision est prise de compléter ce dispositif par la création des Droits de tirages spéciaux (DTS)
    [4] Par exemple en France, jusqu’en 1966, l’ouverture d’une agence bancaire est soumise à une autorisation préfectorale.
    [5] On trouve une analyse prémonitoire de ces phénomènes dans le livre de M. Aglietta, A. Brender et V. Coudert : « Globalisation financière : l’aventure obligée », Economica, 1990. Les auteurs montrent que la circulation des capitaux est la conséquence inéluctable du fait que les pays ne se trouvent pas dans la même situation du point de vue du cycle de vie (il existe donc un lien fort entre la partie « démographie » et la partie « finance » du programme d’économie approfondie).
    [6] Lettre Trésor-Eco, n° 103, Janvier 2012. https://www.tresor.economie.gouv.fr/File/371740 [7] Ch. de Boissieu et J. Couppey-Soubeyran parlent à juste titre de « mutation financière ».
    [8] Il faut aussi insister sur la stratégie de contournement de la règlementation des acteurs de la finance. Par exemple le développement su Shadow Banking : http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/386684 [9] http://www.eloge-des-ses.fr/aix-financement/documents-aix-financement.pdf [10] Voir cette Lettre de Trésor Eco : https://www.tresor.economie.gouv.fr/file/326905 [11] Voir ce texte de M. Aglietta sur la crise du crédit structuré : http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2008/let275.pdf [12] Le schéma commenté est tirés du rapport du CAE sur la crise des subprimes disponible en PDF sur le site du CAE (p. 60) : http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/078.pdf [13] Didier Marteau, Les marchés de capitaux, Armand Colin, coll. Cursus.
    [14] Rapport du CAE « Les crises financières », R Boyer, M Dehove, D Plihon, La Documentation française, 2004. Rapport téléchargeable gratuitement http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/044000560/0000.pdf [15] H.P. Minsky, L’hypothèse d’instabilité financière, Diaphanes.
    [16] Voir la note récente de P. Artus qui plaide pour que l’une des composantes du policy mix de la zone euro devienne expansionniste : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=75165 . Artus montre les difficultés de la mise en œuvre d’une telle politique.
    [17] Disponible sur http://www.cairn.info/revue-de-l-ofce-2009-3-page-13.htm