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EEE, août 2014

Publié le 15 sept. 2014

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Le  lundi 15 septembre 2014

Quelles leçons tirer des crises ?

EEE août 2014, LA

  • Entretiens Enseignants Entreprises 2014 : La croissance en question(s)

     

    Mercredi 27 Août 2014 - 10h15 – 11h15

    Atelier n°12 : Quelles leçons tirer des crises ?

    Présentation de l’étalier fournie dans le dossier du participant :

     

                Dans le bilan sur les principaux indicateurs économiques et financiers publiés par la Banque de France en juillet 2014, il apparaît qu’après une baisse de 0,4 % du PIB de la zone euro en 2013, les perspectives de croissance sont toujours très fragiles. En effet, après une hausse de 0,9 % du PIB de la zone euro au premier trimestre 2014, les estimations tablent sur des hausses de 0,3% et 0,4% du PIB de la zone euro respectivement au troisième trimestre et au quatrième trimestre 2014. Le choc de la crise des subprimes venue des États-Unis en 2007 a profondément affecté la zone euro en prenant une double dimension, à la fois crise bancaire et crise des dettes souveraines.

    Si la zone euro s’est montrée particulièrement vulnérable, la phase de profonde instabilité consécutive à la crise des subprimes a profondément  secoué l’économie mondiale dans son ensemble et a donné lieu à un déferlement d’analyses pour en tirer les leçons.

     

    Participants :

    •  Patrick Artus, chef économiste Natixis, Universitaire Panthéon Sorbonne présentera l’évolution de la nature des crises et des cycles depuis les années 1980. À cette occasion, il insistera sur la similarité croissante entre les crises qui affectent les pays de l’OCDE et celles qui touchent les pays émergents. À ce titre, la zone euro sera prise en exemple. En effet, la crise de la zone euro consécutive à la crise des subprimes, est à la fois une crise bancaire et une crise des balances des paiements.
    • Hervé Gastinel, Président de TERREAL, apportera un éclairage sur la gestion de l’entreprise TERREAL, en période de crise, dans un marché très cyclique.
    • Modérateur : Krystel Respaut, professeur de SES au lycée Jules Verne, Limours en Hurepoix (91).

     

    Intervention de Patrick Artus, chef économiste Natixis, Universitaire Panthéon Sorbonne

    Un changement profond dans la nature des crises est intervenu de 1945 à aujourd’hui.

    Les cycles traditionnels dans les pays de l’OCDE se sont produits entre les années 1950 et 1990. On avait une croissance forte qui amenait de l’inflation donc les banques centrales intervenaient en augmentant les taux d’intérêt ce qui faisait chuter la croissance donc l’inflation disparaissait, les taux d’intérêt diminuaient ce qui faisait repartir la croissance et les crédits. La composante centrale dans ce cycle est l’investissement (des entreprises, des ménages) car c’est la composante de la demande globale la plus sensible au taux d’intérêt. En parallèle on a le cycle du crédit.

    À la fin des années 1990, ce type de cycle disparaît dans un contexte où l’inflation reste faible. C’est la « grande modération » : la croissance économique est stable, les prix sont stables sans forte variabilité des taux d’intérêt, sans politique monétaire restrictive. Les cycles traditionnels liés à l’inflation ont été remplacés par des cycles financiers (endettement).

     

    Deux grands épisodes :

    -          Fin des années 1990 : le cycle financier lié au marché des actions : on voit une hausse de la dette des entreprises associée à une forte hausse des indices boursiers.
    -          2002/2008 : le cycle financier lié à l’immobilier (cf. hausse de la dette des ménages -sauf en Allemagne- associée à une très forte hausse des prix de l’immobilier).

    Le retournement a lieu en 2007 : le prix de l’immobilier chute tout comme la valeur des actifs liés à l’immobilier. On a de plus en plus de défauts et des crises bancaires (ex : Lehman).

    Jusqu’à présent, ce type de crise financière n’avait pas fait réagir les banques centrales. Elles n’ont pas augmenté les taux d’intérêt car elles ne voyaient pas d’inflation.

     

    Nous avons aussi les crises des émergents qui sont de nature très différente : ce sont des crises de financement externe (K Rogoff parle de crise de « sudden stop »). Les pays émergents voient s’arrêter brusquement les flux entrants de capitaux internationaux. On a une crise de la balance des paiements. Exemples :

    1994 crise dite Téquila au Mexique


    2ème épisode : crise thaïlandaise, Corée et Brésil


    Puis les pays émergents ont connu un 3ème épisode après le choc Lehman (2007-2008) et un 4ème épisode en 2013.

    Dans les pays de l’OCDE, on a de temps en temps des crises de type pays émergents.

    Par exemple : 1992-93 : Espagne, Italie, Royaume-Uni d’où l’explosion du SME.

    Autre exemple : depuis 2008 crise européenne : on a une crise de « sudden stop » dans les pays périphériques : les pays d’Europe du Nord arrêtent de financer les pays d’Europe du Sud. Aucune dévaluation n’est possible. Pour diminuer les déficits, il faut une contraction de la demande intérieure puis des ajustements des coûts pour augmenter la compétitivité. Ceci crée du chômage, une crise. L’endettement extérieur reflétait un endettement privé avant 2008. L’endettement public n’est qu’une conséquence de la crise. La crise est due au fait que les marchés des capitaux se segmentent à l’intérieur de l’UE. On a une opposition Europe du Nord / Europe du Sud. Sans le rôle du système de banques centrales (Target 2) on aurait une crise plus grave. Les banques centrales ont rétabli la circulation des capitaux entre les systèmes bancaires européens.

     

    Où apparaîtra la prochaine crise ?

    Le régulateur s’attaque toujours à la crise d’avant (cf. mesures macroprudentielles prises contre les banques et les assurances pour les inciter à prendre moins de risques).  La dernière crise ne se reproduira pas car une régulation a été mise en place. Cependant ces régulations peuvent être la cause de la prochaine crise.

    La prochaine crise ne sera pas une crise d’inflation au vu des taux. On n’aura pas de bulle sur les prix des actifs : la valorisation des actions est moyenne. Le prix de l’immobilier ne monte pas (sauf GB). Une crise d’endettement est possible car l’endettement public et l’endettement privé augmentent. On peut avoir une crise de la dette surtout si les taux d’intérêt remontent (ce que l’on n’a pas vu au Japon). Une crise de sudden stop est peu probable car dans les pays émergents peu de pays ont un déficit extérieur très élevé.

    Les signes négatifs : la stagnation de la production industrielle des pays émergents, des problèmes structurels : main d’œuvre, énergie... qui peuvent  se répercuter sur d’autres pays. Autres signes négatifs : le niveau d’endettement est problématique. À quel rythme réduire l’endettement ?


    Comment réduire l’endettement ?

    -          Par l’effort d’épargne. Mais plus d’épargne c’est moins de demande. Aujourd’hui on fait le pari que pendant environ 25 ans on va épargner 6 points de plus pour faire diminuer le taux d’endettement (OCDE, FMI, UE). Cette stratégie est-elle la bonne ? Quelles sont les autres stratégies ?
    -          Davantage d’inflation mais cela ne se commande pas et on a le risque que cela fasse augmenter les taux d’intérêt.
    -          Restructuration de la dette ou défaut partiel comme en Amérique latine.