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EEE, août 2014

Publié le 15 sept. 2014

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Le  lundi 15 septembre 2014

Plus de richesses et moins de pauvreté

EEE août 2014, IR

  • Conférence du 28 août 2014 (cadre des EEE)

    PLUS DE RICHESSES MOINS DE PAUVRETÉ

     Intervenants :

    • Conférence animée par Claire Guélaud (Le Monde)
    • MARTIN HIRSCH Directeur général AP-HP
    • KUNIO MIKURIYA Secrétaire général de l’Organisation mondiale des douanes
    • JEAN PISANI-FERRY Commissaire général à la stratégie et  à la prospective

     

    Introduction :

    En France, 8 millions de personnes en 2011 vivaient avec moins de 977 euros par mois.

    Dans le même temps, selon la banque mondiale, entre les années 1990 et 2010, la part de la population de pauvres dans les pays en développement a diminué de ½.

     

    JEAN PISANNI FERRY :

     

    Cf. Rapport Pisani-Ferry (25 juin 2014) « Quelle France dans dix ans ? Les Français ne croient plus à la croissance »[1]

    La réalité actuelle est celle d’une stagnation économique, donc les économistes et les politiques qui promettent le retour de la croissance ont un problème de crédibilité.
     La question de répartition des revenus pose problème : les bénéfices de la croissance sont si mal répartis qu’une partie de la population n’a tout simplement pas intérêt à la croissance. Par exemple la croissance peut entraîner plus de concentration dans les métropoles, ainsi qu’une exclusion des plus pauvres des bénéfices de la croissance.
    On ne peut construire un consensus sur la croissance autour seulement du quantitatif (aller chercher croissance avec les dents…) il faut se préoccuper du qualitatif et de la répartition de cette croissance. Cf Piketty : si r>g c’est mauvais pour l’économie, au contraire si r<g c’est mieux pour la réduction des inégalités (où r désigne le rendement du capital et g le taux de croissance)[2]

     

    Comment expliquer cette inégalité de répartition des revenus ?

    1ère raison= Polarisation du marché du travail: une partie des actifs, les plus qualifiés, va plus bénéficier de la croissance. Les gens au milieu de la répartition des revenus, qui auparavant s’enrichissaient avec croissance, vont voir leur revenu stagner.

    2e raison=notre économie moderne valorise énormément les innovations.

    Ex : WHATSApp revendue en 2014 à Facebook pour 19 milliards de dollars n’emploie qu’une cinquantaine de personnes qui verront leurs revenus démultipliés par cette vente.[3]

    3e raison=Cette forte inégalité a une dimension financière.

    (cf. House of debt, ouvrage décrit dans la conférence « la productivité au secours de la croissance »).

    Au moment où la crise a éclaté en 2007 aux États-Unis, les riches n’étaient pas endettés pour l’acquisition de leur résidence. Au contraire, les pauvres se sont très endettés pour devenir propriétaires de leur maison. Conséquence : ils ont perdu tout leur patrimoine quand les prix de l’immobilier se sont effondrés (alors que les 10% les+ riches n’ont perdu que 10% de leur patrimoine dans la crise). La croissance a été appauvrissante pour 20% de la population qui a perdu tout son capital.

    Conclusion de la présentation de Pisani-Ferry : Aux États-Unis, 60% des bénéfices de la croissance sont allés aux 10% les plus riches ces dernières années. L’ordre de grandeur est similaire au Royaume Uni. C’est beaucoup plus que dans la décennie précédente.

    Qu’en est-il en France ? 35%  dans les années 1990, et seulement 29% dans les années 2000, alors que la croissance est moins dynamique. « L’inégalité est une course de vitesse entre un peu d’éducation et les innovations, la technologie ». (Tinbergen)

     

    SECRETAIRE GENERAL ORGANISATION MONDIALE DES DOUANES

     

    Rappel du contexte de création de l’OMD et de ses missions.

    Lien entre croissance et augmentation du commerce international. Les droits de douane doivent être réduits.

    Commerce intrarégional et intégra° régionale permet la format° de chaînes de valeur au niveau régional, source de croissance et de réduction de la pauvreté.

     

    MARTIN HIRSCH

     

    La montée de la pauvreté est-elle inéluctable en période de faible croissance et quand on ne peut pas compter sur la hausse des dépenses publiques ?

    1. Question de la formation du revenu des pauvres :

    Remarque préalable : F Hollande a annoncé que le RSA et la PPE vont être fusionnés.

    a)      En France, avant le RSA, il existait 3 mécanismes de soutien aux revenus faibles, avec chacun des défauts rédhibitoires :

    -          RMI : 500 euros/mois dc pb trappe inactivité (pas assez d’écart avec le SMIC surtout dans le cas d’emplois à temps partiel), reprise du L coûteuse.

    Puis : intéressement proposé comme solution mais peu efficace.

    -          PPE : créée au début des années 2000, elle vise à augmenter le revenu des salariés modestes qui ne peuvent bénéficier de réductions de revenus (réductions d’impôt). Versée un an après le début des revenue (versée un peu plus d’un an après avoir perçu son salaire), sans lien avec reprise de l’emploi, donc finalement pas d’effet sur la reprise emploi ; de plus 7 millions de bénéficiaires donc au final ce n’est pas assez ciblé.

    -          Aides au logt : ne vont pas dans les bonnes poches. Subventionne trop souvent les propriétaires. Cf. évolution des loyers des personnes qui touchent les aides au logement et les autres. La progression est plus rapide chez les premiers.

     Total de ces trois types d’aide : 50 milliards d’euros

    b)      Par ailleurs, les augmentations de SMIC n’ont pas d’effet direct sur la pauvreté aujourd’hui (le rendement d’un pourcent d’augmentation du SMIC est faible faible, de l’ordre de 0,3).

     

     Conclusion : Il faut donc un mécanisme de soutien aux revenus faibles efficace.

    Il y a 10 ans, ont été évoquées des propositions de tout fusionner pour un mécanisme de type impôt négatif afin que chaque heure travaillée rapporte de l’argent, mais le RSA n’est pas allé au bout de ces bonnes idées. Cette réforme avait été expérimentée sur quelques territoires, F Bourguignon avait analysé les effets sur le retour au travail : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/114000721/index.shtml)

    Question des dépenses des pauvres

    «  Cela revient cher d’être pauvre » (titre d’un livre de M Hirsch aux éditions Stock, 2013): inflation plus forte pour les pauvres ; un certain nombre de biens et services coûte + cher (ex : crédit, santé, biens achetés dans un contenant plus petit et donc plus coûteux : le shampooing). Il existe donc une véritable taxe sur la pauvreté, un surcoût.

    Exemple : Jeux de hasard : les Français dépensent 37 milliards euros. La grande majorité des joueurs sont des pauvres.


    [1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/06/25/les-francais-ne-croient-plus-au-retour-de-la-croissance_4444787_3234.html

    Interview de Pisanni-Ferry dans Le Monde qui résume les principaux points du rapport

    [2] « Dès lors que le taux de rendement du capital dépasse durablement le taux de croissance de la production et du revenu, ce qui était le cas jusqu’au XIXe siècle et risque fort de redevenir la norme au XXIe, le capitalisme produit mécaniquement des inégalités insoutenables, arbitraires, remettant radicalement en cause les valeurs méritocratiques sur lesquelles se fondent nos sociétés démocratiques. » (p. 16, Le capitalisme au XXIe siècle).