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2014

Publié le 17.12.2014

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Le  Mittwoch, 17. Dezember 2014

Indicateurs bien-être

Cr Jéco 2014. N. Fabre

  • Jeco 2014

     

    Les indicateurs de bien être : quelle utilité pour l’action publique ?

    Compte rendu de Nancy Fabre

     

    Intervenants

    • Claudia Senik (PSE – Université Paris 4 Sorbonne)
    • Yann Algan (Sciences PO)
    • Carlotta Balestra (Analyste politique à l’OCDE)
    • Lucas Chancel (Sciences PO et chercheur à l’Iddri)
    • Alexandra Roulet (PhD Harvard)

    Animateur : Philippe Lefébure, France Inter

     

     Partie 1 : Exposés des intervenants

     

    Claudia Senik : Mesure le bien-être, c’est quantifier, mesurer observer l’inobservable c’est-à-dire le ressenti des gens et le résultat des politiques publiques mises en œuvre. Depuis 40 ans on a des données avec la question « satisfait » ou « heureux ». Puisque le bien-être est l’objectif ultime des interventions publiques le résultat de cette mesure peut s’intégrer dans l’évaluation des politiques publiques. Ces données sont délicates (effets de contexte) à ne pas remplacer les données objectives mais permettent de compléter. Elles peuvent aussi constituer des indicateurs avancés de la conjoncture, des sentiments des consommateurs, des acteurs des entreprises : degré de satisfaction, de confiance, ce qui est central dans l’économie car permet de mesurer les états d’esprits qui conditionnent les anticipations. On peut se servir de la blogosphère pour avoir des mesures vastes et quotidiennes.

     

     

    Alexandra Roulet : On a avancé au plan théorique de plusieurs années car on ne se pose plus la question de la mesure du bien-être mais de comment intégrer cette mesure dans les actions publiques. Le bien-être est subjectif : important de le mesurer et de le mesurer de mieux en mieux. Par exemple, il faut évaluer le problème d’agrégation des choix des individus : ce qui fait le bonheur des uns fait aussi le malheur des hommes, donc in fine, l’action publique sera toujours un choix politique. Par contre, ces indicateurs permettent  de faire émerger des questions : les femmes sont-elles victimes de stress supplémentaires qui explique qu’elles soient aujourd’hui moins heureuses qu’il y a 30 ans ? A-t-on pris en compte la situation du marché du travail ? On peut aussi y penser pour les transformations du marché du travail et comprendre le coût psychologique du chômage (le fait d’aller à Pôle emploi est déjà en soi difficile) à mettre des psychologues à Pôle emploi car on a mesuré les difficultés de bien-être.

     

    C. Senik abonde dans ce sens. Aspect positif des mesures du bien-être : comprendre ce qui est et que l’on ne voit pas nécessairement mais cela ne peut pas donner lieu à des prescriptions normatives comme un objectif en soi. L’indicateur parfait n’existe pas car il serait manipulé par les acteurs qui sauraient qu’il faut manipuler les indicateurs pour influencer les actions de politique publique.

     

     

    Carlotta Balestra : Il n’y a pas qu’un seul indicateur pour mesurer le bien-être.

    A. Roulet ajoute que cette diversité constitue une faiblesse car les différents indicateurs peuvent poser un problème de lisibilité pour la politique économique.

    Puis elle présente les travaux de l’OCDE sur la mesure du bien-être (un diaporama très complet sera disponible sur le site des JECO)

     

    Résumé du diaporama

     

    • Rappel des limites du PIB
    • L’OCDE a participé aux travaux Sen, Stiglitz, Fitoussi et un outil spécifique existe sur son site web
    • La mesure doit être multidimensionnelle ; celle de l’OCDE  prend en compte le bien-être subjectif mais pas seulement = 3 axes (a) qualité de vie, (b) conditions matérielle et (c) durabilité (= soutenabilité du bien-être)
    • Enseignements : cohérence et efficacité des politiques en gérant les arbitrages ; peut accroître la confiance dans les politiques et les gouvernements.
    • Deux projets croissance inclusive et projet NAEC (nouvelles approches face aux défis écologiques)
    • Croissance inclusive : dimensions monétaires et non monétaires (emploi et santé) avec un graphique sur la relation entre PIB et niveau de vie multidimensionnel. En France la croissance a été plus inclusive qu’en Allemagne sur 1995-2007. Depuis la crise, le niveau de vie multidimensionnel a baissé plus que le PIB dans les pays les plus affectés par la crise (Grèce, Espagne, etc)

     

     

    Lucas Chancel : Propose un aperçu d’exemples d’application d’indicateurs de bien-être dans différents pays.

    • Australie : Mesure le bien-être à travers 4 dimensions depuis années 2000 : société, économie, environnement et gouvernance avec un code couleur. La couleur bleu correspond à une dimension pour laquelle on n’a pas encore les données pour les traiter à encourage la prise de conscience et stimule la recherche pour trouver comment évaluer cette dimension.
    • Belgique : loi courant 2014 avec des indicateurs sociaux, environnementaux et économiques. Mais avec un empilement de centaines de sous indicateurs qui n’est pas forcément facile à agréger.
    • Britanniques « roue du bien être » depuis notamment D. Cameron avec des éléments subjectifs et objectifs. « national well-being » pour pouvoir faire des analyses ex ante et des évaluations qui devraient être appliquées aux politiques publiques.
    • La France qui avait joué un rôle pilote lors de la commission Sen-Stiglitz-Fitoussi est très en retard depuis lors.

     

     

    Yann Algan :

    (1) Oui, ces indicateurs sont essentiels pour les politiques publiques. Il faut réfléchir à leur utilité, d’autant plus que les organismes publics s’en sont emparés.

    (2) on se trompe peut-être d’indicateur : faut-il maximiser le bien-être ou minimiser la peine ?

    (3) comment les développer…

    …(4) les ordonner

    Des politiques peuvent avoir un effet sur le bien-être sans influencer directement notre revenu. Cas à Chicago pour des familles pauvres délocalisées : pas d’impact sur leur revenu car pas de meilleur réseau d’insertion professionnel mais impact sur la baisse de leur anxiété. Donc il faut les outils pour mesurer ces phénomènes.

     

    Le bien-être est multidimensionnel et certains il faudrait aussi certains indicateurs de peine (stress, malheur) à mieux de chercher à minimiser la peine pour une politique publique (et ce d’autant plus qu’on s’habitue à ce qui nous rend heureux alors qu’on ne s’habitue jamais à la misère). Comment mesurer ces éléments négatifs ? Car on est habitué à mesure les préférences révélées (c’est-à-dire le comportement) et pour le subjectif c’est plus délicat. Proposition : mesurer les comportements révélés de comportement et de stress : on identifie les requêtes web du style quel antidépresseur et on mesure le volume de requête pour certains types de choses que l’on veut mesurer (sur une zone géographique) : évolution des attitudes sociales du stress, de la pauvreté en temps continu grâce à l’analyse de la blogosphère.

     

    Proposition de Y.Algan : réfléchir à des politiques publiques plus intégratrices ; notamment sur les politiques d’éducation sur les compétences non cognitives (car fort impact sur santé, estime de soi, compétences sociales) qui ont des conséquences très fortes et positives sur le bien-être.

     

     

    Partie 2 : Réponses aux questions de l’auditoire

     

     Quelles leçons dans les pays qui ont des indicateurs de mesure du bien-être (ils sont au nombre de 15)

    Ne pas remplacer le PIB, le compléter et préférence pour un tableau de bord pour compléter

     

    Qu’en est-il des indicateurs pour le France ?

    Il y a bien une prise de conscience, l’Insee travaille avec Eurostat, mais rien de bien plus concret. Pas d’enquête sur le ressenti subjectif contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays. Il faut passer par des enquêtes internationales. La commission SSF a eu un très bon impact dans l’OCDE sauf en France !

     

    Quelles limites à ces indicateurs ?

    La notion de bien-être est trop fourre-tout même si elle est politiquement correcte. Il faut réfléchir davantage à minimiser la peine, sous toutes ses dimensions, c’est la voie d’avenir : construire des indicateurs de « mal être ».

     

    Etre heureux sans croissance ?

    C.Senik : C’est difficile car la croissance est la promesse de choses nouvelles et différentes et elle permet de faciliter les négociations collectives (car la taille du gâteau accru permet de redistribuer vers les perdants). Dans les périodes de forte croissance, le bonheur se resserre vers 7-8 sur une échelle de 1 à 10 car il y a homogénéisation du bonheur dans la croissance moderne (voir les derniers travaux qui viennent de sortir : http://www.parisschoolofeconomics.eu/fr/expertise-dissemination/economistes-pse-et-societe-civile/5-articles-en-5-minutes/octobre-2014/excellente-nouvelle-la-croissance-egalise-le-bonheur-des-citoyens-d-un-pays/ - .VF-JDDh7CgI.mailto).

    La décroissance change les écarts et réduit le niveau de vie par rapport à celui auquel on est habité donc elle serait source de réduction du bien-être.

     

    Uniformiser ces initiatives pour permettre les comparaisons internationales ?

    Le fait est que chaque pays a ses institutions et son mode de fonctionnement. Les indicateurs montrent qu’aucun pays n’est un champion du bien-être : il y a forcément des choses à apprendre des uns et des autres.