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Ressources pré-2017

Publié le Mar 15, 2015 Modifié le : Oct 11, 2019

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Le  Sunday, March 15, 2015

Le travail de groupe en classe de langue

Laurence Giovannoni, IA-IPR

  • Le travail de groupe en classe de langue

     

    Par Laurence GIOVANNONI, IA-IPR d’anglais

     

    Le travail de groupe en classe de langue

     

    Parce qu’elles visent l’acquisition de compétences communicatives, les langues vivantes comptent parmi les disciplines les plus favorables à l’interaction, l’écoute mutuelle et la collaboration entre les élèves. L’inter-correction, la circulation de la parole ou la pratique du débat les amènent, au-delà du professeur, à se tourner vers leurs pairs. La démarche actionnelle et la mise en œuvre de tâches souvent conduites à deux ou à plusieurs incitent les enseignants de langues à s’éloigner du face à face professeur-groupe classe pour chercher les moyens d’un travail plus individualisé et l’accès à une meilleure autonomie pour leurs élèves.

    Dans ce contexte, le travail en groupes apparaît comme un moyen adapté à l’atteinte de ces objectifs et, de plus, en phase avec les pratiques spontanées d’une génération habituée au partage et aux échanges quasi permanents à l’intérieur des réseaux sociaux. Si l’on prend l’exemple du travail à la maison, et sans que certains professeurs en soient toujours conscients, le réflexe de nombreux élèves - outre de chercher des ressources en ligne - est de se tourner vers leurs camarades pour échanger et créer spontanément des conditions de partage ou d’entraide à travers les outils numériques qui leur sont familiers.

     

    Collaborer pour mieux apprendre

     

    L’école qui doit aux élèves une préparation efficace à leur future vie sociale et professionnelle se donne parmi ses objectifs celui de les préparer au travail en équipes. Sans un apprentissage transversal et régulier, elle ne pourra remplir son rôle dans ce domaine. C’est donc dans ce contexte et avec le souci de proposer des tâches qui intègrent la dimension sociale de l’apprentissage des langues que le souci du travail collaboratif et de la coopération s’impose dans la réflexion des professeurs.

     

    Au-delà de l’acquisition des savoirs linguistiques et des compétences communicatives langagières, il y a derrière ces modalités de mise en œuvre un enjeu éducatif considérable :  acquérir des attitudes qui se définissent par le respect de la parole de l’autre, la capacité à écouter et à prendre en compte ses pairs. Gagner en estime de soi, se convaincre de l’intérêt et de la légitimité de sa parole ne peut se faire que dans un cadre de confiance : confiance de l’élève en son professeur et en ses camarades, confiance du professeur en ses élèves.  Cet enjeu nous amène à nous interroger sur l’individu que l’école veut promouvoir en réfléchissant aux moyens de substituer la confiance à la méfiance, l’écoute à l’indifférence, le dialogue et la maîtrise du langage à la violence. 

    L’adhésion des élèves au projet du professeur, la motivation pour découvrir et apprendre nécessitent un environnement bienveillant et un état d’esprit adapté. C’est dans ce contexte que le travail de groupe va trouver sa place pour faire naître la coopération recherchée.

     

    Développer des attitudes

     

    Respecter la répartition des responsabilités et des rôles de chacun ; s’intégrer et coopérer dans un projet collectif; représenter le groupe sont des exemples de descripteurs qui peuvent accompagner les tâches finales proposées au terme d’une séquence pédagogique, afin d’aider les professeurs à valider les compétences du Socle commun. Il s’agit donc, au-delà des savoirs et des compétences, de développer des attitudes en les intégrant concrètement au parcours.  L’hétérogénéité, à la fois cause et solution des problèmes rencontrés dans le travail de la classe, pourra être prise en charge dans le travail collaboratif par le biais des échanges, des explications données entre élèves, de l’explicitation des consignes ou des arguments.

     

    On est ainsi « plus intelligent à plusieurs que tout seul » quand il s’agit de trouver des idées en rebondissant sur celles des autres,  en allant plus vite dans la prise d’initiative et la créativité grâce à la mise en commun des apports des différents membres du groupe. Ainsi c’est en groupes que les élèves sont amenés à faire des choix et à trouver des idées pour réaliser ensemble la tâche finale.

     

    C’est à plusieurs que la créativité et la recherche d’idées seront facilitées, de même que la prise de décision. La nécessité d’écouter les autres membres du groupe et de prendre en compte leur avis et leur travail se trouve de fait au centre de l’activité.

    Les tâches intermédiaires qui ponctuent le parcours dirigé vers la réalisation de la tâche finale sont aussi l’occasion de construire des compétences propres au travail collaboratif.

     

    Rappelons bien entendu que le travail en groupe ne constitue pas une fin en soi, mais un moyen d’atteindre les objectifs fixés. Il ne s’agit pas de se limiter à des effets d’annonce en disposant les élèves en groupes alors que les consignes ne justifient nullement cette organisation matérielle. Disposer les élèves en îlots n’exonère pas de la réflexion didactique solide qui doit présider à toute mise en œuvre. Un travail en groupe réussi s’explique par la qualité de sa préparation en amont, par la précision des consignes qui permettront à chacun de trouver sa place et d’être indispensable au travail collectif. De façon générale, l’anxiété et la déstabilisation qui pourraient être ressenties par certains élèves ou enseignants, ne seront écartées que grâce à une réflexion et une préparation suffisamment abouties.

     

    Degré de guidage et autonomie des élèves

     

    Le travail de groupe interroge tout particulièrement la réflexion des professeurs sur la question du degré de guidage et sur l’autonomie des élèves. L’accès à l’autonomie est nécessaire pour se construire une culture scolaire adaptée, en particulier pour ceux qui n’en possèdent pas intuitivement les codes. Travailler en groupes apprend aux élèves comme aux enseignants à accéder à une confiance en soi et à une liberté suffisamment maîtrisée pour se déplacer dans la classe, s’exprimer devant le groupe et avec les autres avec assurance et concentration. 

     

    Travailler en groupes apprend aussi aux enseignants à lâcher prise et à accepter d’être moins au centre « de l’action » pour s’effacer davantage. Les professeurs qui procurent un guidage trop contraignant l‘expliquent souvent par leur crainte que la gestion du groupe ne leur échappe. Il ne s’agit pourtant nullement de perdre la main -  la liberté que donne ce type d’organisation ne peut justement naître que de la contrainte créée par le caractère suffisamment formalisé du travail de groupe. L’organisation d’un débat par exemple doit s’appuyer sur une forme de protocole suffisamment structurée pour favoriser la réussite des élèves.

     

    C’est dans cet esprit que les professeurs de langue pourront chercher avec profit à créer de nouvelles modalités de travail en classe, plus propices à la mise en activité réelle des élèves et plus adaptées aux élèves d’aujourd’hui, à leurs pratiques spontanées et à leurs besoins.