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Le projet documentaire académique

Publié le 23 avr. 2017 Modifié le : 15 sept. 2018

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Le  dimanche 23 avril 2017

La politique documentaire : une définition, des outils

Dominique Terrien, IA-IPR EVS académie d'Aix Marseille, 2016-2017, intervention en réunion de bassin des professeurs documentalistes

  • Politique documentaire

     

    La mise en œuvre de la politique documentaire constitue l’ambition 1 du Projet Documentaire Académique. Ce n’est pas uniquement l’outil ou l’objet du professeur documentaliste, même s’il y contribue de façon centrale par son expertise spécifique. Elle relève de la responsabilité du chef d'établissement et concerne l’équipe éducative au sens large. Il est essentiel que l’équipe de direction, les enseignants, la communauté éducative en soient conscients, informés, acteurs et bien évidemment, il est possible d’y associer les élèves et les familles.

     

    Etre clair sur les définitions :

     

    • POLITIQUE, un terme qui regroupe 3 dimensions

    Polity: chose publique, renvoie au politique au sens large. Forme de pouvoir au sein d’une collectivité, dans le but d’empêcher les conflits et d’imposer des règles de vie commune. Ce terme de polity regroupe l’ensemble des institutions et des acteurs étatiques.

    Politics: Renvoie à la lutte qu’il peut y avoir entre les acteurs individuels ou collectifs pour la détention du pouvoir politique.

    Policy: Ensemble d’actions (ou d’inactions) motivées sur la base d’un jugement rationnel. Programme d’actions poursuivit de façon cohérente, soit par un acteur collectif soit par un acteur individuel, dans le cadre politique ou non.

     

    • POLITIQUE PUBLIQUE

    Renvoie aux dimensions de polity et policy.

    Programme d’action propre à plusieurs autorités publiques ou gouvernementales. cf. HASSENTEUFEL, P. (2011). Sociologie politique : l’action publique. Paris : A. Colin. (2ème édition)

    Action collective qui participe à la création d’un ordre social et politique, à la direction de la société, à la régulation de ses tensions, à l’intégration des groupes et à la résolution des conflits. Action qui intègre toutes les interactions qui vont être nécessaires dans l’élaboration et la mise en œuvre de cette politique publique. cf.

    LASCOUMES, P. & LE GALES, P. (2012). Sociologie de l’action publique. Paris : A. Colin. (2ème édition)

     

    Les trois questions à se poser :

    1. 1.    Pourquoi la politique publique est mise en place? Quel est son intérêt?

    Ex. : pourquoi la mise en place et l’intégration de la réforme du collège dans la loi de refondation?

    On se rend compte qu’une partie de nos élèves ne réussit pas. Il s’agit donc de trouver le moyen de faire réussir chacun des élèves.

    1. 2.    Comment les acteurs vont-ils agir ensemble pour la mettre en œuvre?
    2. 3.    Quels seront les effets de cette action publique dans son environnement?

    Dans le cadre d’une politique documentaire, il est essentiel de se poser en amont, la question des indicateurs d’évaluation. Comment évaluer les effets d’une action que l’on veut mettre en place.

     

    Trois composantes de la politique publique :

    1. Les fondements : renvoient aux finalités de cette politique publique et donc à son existence. (sur quoi repose-t-elle?)
    2. Les instruments d’action : quels outils, méthodes, stratégies, moyens va-t-on utiliser, pour permettre aux acteurs qui sont concernés d’agir?
    3. Le public visé : sur qui cette politique publique va avoir un effet: les élèves? les enseignants ? La vie scolaire? les familles?

     

    Trois séquences clés dans la mise en œuvre d’une politique publique (et donc d’une politique documentaire)

     

    1. 1.    Définition et mise sur agenda des problèmes sur lesquels on va agir.

    La mise sur agenda est le moment où le problème devient un objet d’attention pour l’autorité. On fait ici le lien avec l’équipe de direction, dans le sens où la politique documentaire doit être intégrée comme une partie essentielle du projet d’établissement. Il est nécessaire que l’équipe de direction prenne conscience du problème qu’on a perçu et qui nous invite à mettre en place une politique documentaire pour améliorer les choses.

    Pour une politique publique, la mise sur agenda relève de 3 principes:

    • · Forte médiatisation avec une intensité dramatique et mise en avant du problème de manière importante. Un problème grave pousse à une politique publique : attentats de novembre 2015 et janvier 2016, canicule de 2003.
    • · Une nouveauté prenant appui sur des recherches scientifiques qui vont mettre au jour des difficultés et des problèmes. Par ex. avec le problème de l’utilisation des pesticides, et leur impact sur notre santé : prise de conscience qui prend appui sur des études et mise en place d’une politique publique pour y remédier.
    • · Adéquation à des valeurs dominantes. Par e. pour la prévention de l’illettrisme, combat contre la grande pauvreté. Problème qui touche à nos valeurs, et donc mise en place d’une stratégie pour y remédier.

    Lire le rapport de Jean Paul Delahaye IGEN

    http://www.education.gouv.fr/cid88768/grande-pauvrete-et-reussite-scolaire-le-choix-de-la-solidarite-pour-la-reussite-de-tous.html

     

    1. 2.    Le temps de l'adoption de la décision

     

    1. 3.    Mise en œuvre concrète : peut se faire de deux manières.

    Elle peut se faire de deux manières : soit dans une logique « top-down » (du haut vers le bas, de façon unilatérale), soit dans une logique « bottom-up », du bas vers le haut.

     

    LA POLITIQUE DOCUMENTAIRE est une politique publique dans un espace restreint par rapport à toutes les politiques publiques qui nous concernent.

     

    • POLITIQUE DOCUMENTAIRE

     

    1. 1.    Les enjeux

     

    Les enjeux de la politique documentaire sont multiples puisqu’une politique documentaire est au service d’une éducation à la culture de l’information qui vise des valeurs communes :

    - Egalité des chances et autonomie : une même culture de l’information pour tous les élèves.

    - Réussite scolaire et insertion sociale

    La politique documentaire n’est pas seulement techniciste mais aussi, et surtout, pédagogique.

    Elle reflète la vision de la fonction documentaire au sein de l’EPLE. Elle est donc très contextualisée selon l’établissement. C’est une composante du projet d’établissement. En articulation cohérente avec le volet éducatif du projet d’établissement (piloté par le CPE), elle se travaille en lien avec les enseignants, mais également avec la vie scolaire, ce qui demande de prendre en compte les différents espaces et les différents moments.

     

    La politique documentaire est un moyen pour les différents acteurs de l’EPLE (enseignants, élèves, CPE, équipe de direction) de changer de posture et de représentation par rapport à notre rôle, et une meilleure prise en compte des spécificités de notre métier.

     

    C’est une affirmation de notre expertise professionnelle, de nos compétences

    -       au service de la réussite des élèves

    -       en termes d’accompagnement des autres acteurs de l’EPLE pour développer la réussite de l’élève.

    -       Pour optimiser les moyens mis à disposition et le système d’information : quels équilibres pour  que chacun y compris les familles ait accès aux ressources ?

     

    La politique documentaire consiste à repenser l’ensemble du SI dans lequel s’inscrit le CDI au niveau organisationnel et fonctionnel (gestion des ressources), au niveau des apprentissages et de la culture de l’information (caractère pédagogique de la politique documentaire).

    Elle implique de penser à intégrer tous les publics et d’inclure tous les acteurs de l’EPLE qui sont concernés par ce SI de réfléchir aux modalités d’accès aux ressources, d’un point de vue technique et éducatif.

    Ainsi, elle permet de faciliter la justification des choix que l’on fait en tant que professeur documentaliste, de donner plus de lisibilité aux modalités d’organisation du SI, de faire évoluer nos pratiques dans une démarche collective. C’est un moyen de légitimer et de rendre visible l'action du professeur-documentaliste en lui confiant un groupe de travail pour mener la réflexion.

     

    1. 2.    Les composantes

     

    - Organisation et diffusion de l’information dans l’établissement: en fonction du statut des informations, des modes de diffusion choisis et des profils des différents acteurs (cf. formation sur la veille informationnelle et le portail documentaire)

    - Politique d’acquisition et accès aux ressources : en lien avec les besoins et les attentes. Travail de diagnostic, à réactualiser avec les autres acteurs de l'EPLE. Penser également à l’accès aux ressources hors CDI, portail documentaire et salle de permanence (formation de personnel?).

    - Politique d’accueil : articulation du CDI et des autres espaces de l’établissement en ce qui concerne le travail personnel de l’élève, la diffusion et la valorisation de l’information et des productions

    - Démarche éducative en information-documentation. Rôle qui n’est pas uniquement dévolu au professeur documentaliste. La majorité des autres acteurs ne se sent pas concernée par cette éducation à la culture de l’information. La politique documentaire est donc un moyen de faire prendre conscience que tout le monde a un rôle à jouer par rapport à l’acquisition des compétences spécifiques à la culture de l’info et d’assurer le relai. Cela nécessite de communiquer sur nos apprentissages info-documentaires avec les collègues de discipline et de créer une cohérence avec les apprentissages disciplinaires.

    - Evaluation des compétences du socle commun dans le cadre d’une réflexion globale sur l’évaluation.

    - Accompagnement technique de tous les acteurs : les former pour  pouvoir s’approprier et utiliser les nouveaux outils.

     

    La politique documentaire est définie par une équipe (possibilité de constitution d’un groupe de pilotage coordonné par le professeur documentaliste), elle est discutée en conseil pédagogique, votée en CA, sous la responsabilité du chef d’établissement car partie intégrante du projet d’établissement, et se fait sous l’expertise du professeur documentaliste en cohérence avec les politiques nationales et académiques.

    La politique documentaire va permettre de construire un espace d’actions publiques au sein de l’EPLE qui va mêler les acteurs aux logiques, aux intérêts, aux pratiques et aux représentations différentes.

     

    Conduite du changement et management qualité

    Dans les établissements, concrètement, il faut proposer au chef d'établissement un groupe de travail composé d'enseignants divers, à la fois convaincus du bien-fondé de la politique documentaire mais aussi non convaincus a priori, pour avoir un effet d'entraînement sur tous.

    Les méthodes proposées pour la mise en œuvre de la politique documentaire s'inspirent de la conduite du changement et du management qualité issus du monde de l'entreprise.

    La conduite du changement suppose d'abord la définition des objectifs et des besoins, la réalisation d'un état des lieux (dont fait partie la prise en compte des représentations des acteurs), l'étude de faisabilité avec la construction d'indicateurs d'évaluation, une planification (l'idéal c'est une programmation sur trois ans conformément à la durée d'un projet d'établissement, avec des actions annuelles), la mobilisation des acteurs, et in fine l'évaluation.

     

    Voir un exemple virtuel fondé sur le diagramme Ishikawa

     

    Voir un exemple virtuel fondé sur la méthode QQOQCP

     

    Le management qualité repose sur l'identification des attentes des usages et l'étude des décalages entre le service attendu, le service perçu, le service voulu et le service offert.

     

     Voir le document : Analyse de non qualité de la politique documentaire