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Publié le 8 juin 2017 Modifié le : 4 mai 2018

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Le  jeudi 8 juin 2017

La laïcité : 1ère réunion des professeurs-documntalistes du bassin Marseille Centre

Emmanuel Moreau, échange sur la question de la laïcité avec Rodrigue Coutouly, proviseur Vie Scolaire, jeudi 17 mars 2016

  • Charte de la laïcité

    Monsieur Coutouly, Proviseur Vie Scolaire et référent Laïcité pour l’académie, est venu à la rencontre des documentalistes du bassin.

     

    1. Un tour de table a permis de faire émerger des pratiques et des expériences très variées :

     

    • Comment mettre en œuvre une laïcité ouverte qui représente toutes les religions ? (omniprésence du christianisme dans la classe 200 de la classification de Dewey).

    • Comment gérer l'évolution des réactions des élèves par rapport à l’image de la femme ?
      Certains garçons prennent position pour les filles sur la question de la sexualité, d'autres refusent de serrer la main des femmes.

    • La question du voile : face au repli vestimentaire, les professeurs sont mal à l’aise.

    • Comment faire face au refus de suivre un cours sur la contraception ?

    • Nous rencontrons des difficultés à construire une discussion sur la rumeur et la radicalisation. L’enseignant, soupçonné de parti pris, est fragilisé.

    • Qu'en est-il de l'autocensure des enseignants, qui doivent rester neutres, jusque dans les exemples donnés.

    • L’absence de problème en apparence ne doit pas tromper : ils apparaissent quand on va sur le terrain de l’intime

    • Les enseignants sont souvent dans la réaction, dans la gestion immédiate, ce qui entraîne une crispation. La “laïcité”,  fortement mise en avant après les attentats, a fait parfois plus de mal que de bien. Il aurait fallu une heure de discussion interne dans les établissements.

    • Problème du terme “communauté musulmane”, mal employé, et qui fait du tort à la laïcité.

    • Problème de définition de la laïcité, concept dont les frontières sont mal perçues.

    • Les élèves ont le sens du "politiquement correct", mais ont du mal à vivre le grand écart entre les postures à la maison et au collège.

    • Les élèves adoptent parfois une posture plus revendicatrice, et des cas de remise en question des enseignements dispensés par des non-musulmans sur l’Islam ont été perçus.

    • Proposition d’accentuer sur le vivre ensemble (médiation par les pairs).

     

     

    2. Monsieur Coutouly a répondu aux points évoqués ci-dessus :


       Le contexte de la France, et en particulier de Marseille, évolue.
    A une époque, il a été pensé que la religion allait disparaître, mais c’est l’effet inverse qui s’est produit.

       L’école se revendique laïque. Mais nous remarquons une tendance de la population à se recentrer sur les religions pour compenser une perte de sens. La problématique complexe de populations immigrées dans les années 1960 et qui n’ont pas connu l’ascenseur social vient peut-être alimenter ce phénomène. Les immigrés de troisième génération, les adolescents, cherchent leur place et vont chercher une réponse ailleurs que dans l'école.

       Par ailleurs, il est très difficile de définir le concept de laïcité, basé sur les lois de 1905. On considère souvent cette loi comme  une séparation entre les religions et la nation. Elle a été, au contraire,  votée afin de défendre les protestants et les juifs de France et d’assurer une liberté de conscience en créant une rupture avec le catholicisme prédominant.

       Aucune loi ne sépare l’école de la religion. La valeur républicaine de référence est la liberté de conscience. L’école représente la société.


     

    2.1. Au niveau juridique, il y a trois statuts :

    • Les personnels de l’éducation nationale doivent conserver une neutralité (dans un conflit “sain” avec la liberté d’expression).

    • Les parents d’élèves sont des citoyens disposant de leur liberté de conscience. Ils ont donc un droit à l’ostentation, dans la limite de la sécurité (dissimulation du visage) et du non-prosélytisme religieux.

    • Les élèves sont des apprentis citoyens, donc ils bénéficient d’une liberté de conscience, mais n’ont pas droit au port de signes ostensibles.

    L’Islam de France se heurte à quelques difficultés : il est très parcellisé, il n’y a pas de diplôme, certains imams sont fondamentalistes.

    La jeunesse, en l’absence de perspectives, investit parfois dans la religion : elle propose un système clos, sans incertitude, qui apporte des réponses.

     

    2.2. Quelle ligne de conduite à tenir ?

       Face à la problématique religieuse, il faut faire preuve de prudence et de fermeté : se montrer à l’écoute, et ne pas se focaliser uniquement sur la laïcité.

     

    Prenons par exemple le cas des jeunes filles voilées :  il peut y avoir plusieurs profils :

    • une envie religieuse
    • une nécessité de se protéger dans le quartier
    • sans justification : juste un refus de l’adulte et de l’institution

    Quelle est la limite de l’”ostensible” interdit par la loi de 2004 : Une croix de 3mm est-elle ostensible ? Une tenue intégrale, sans le voile ?

     

    En ce qui concerne la radicalisation :

    Elle n’est pas uniquement sur Internet : à un moment ou à un autre, la radicalisation s’effectue dans un environnement physique (l’environnement de l’établissement, le lieu de résidence des élèves, etc.). Un établissement sera donc moins touché par ce phénomène selon sa localisation.

    Il est nécessaire d’en parler à un moment ou à un autre en classe.

    La notion de “provocation” est difficile à quantifier

     

    En ce qui concerne le problème de la contestation de l’enseignant :

    C’est un problème en hausse, gérée en local par les enseignants.

    Il est indispensable que l’enseignant ne reste pas isolé afin de donner une réponse collective, de rappeler les règles de la République, et de travailler ces thèmes par la discussion, en utilisant le livret laïcité plus que la charte

    Les établissements publics ont tout à fait le droit d’avoir une aumônerie (suite à un vote en CA). Dans ce cadre, les représentants du culte peuvent avoir accès à l’établissement. Il faut noter que si certains imams détruisent les valeurs de la république, d’autres les défendent.

     

    Qu'en est-il de l’enseignement de la langue arabe ?

       La langue est le véhicule d’une culture, et est, à ce titre, très peu représentée dans le système éducatif français.
    L’arabe enseigné est l’arabe littéraire : il ne correspond pas toujours à l’arabe enseigné à l’école coranique.

    Dans la carte des langues à Marseille, l’arabe a été une variable d’ajustement, destinée à assurer plus de mixité sociale.

     

    Qu'en est-il de la visibilité de l’islam ?

    Peu de mosquées sont visibles, à l’inverses des églises.

     

     Qu'en est-il de la théorie du complot ?

    Il faut avoir une stratégie pédagogique, et outiller les enseignants : la confrontation frontale croyance/ savoir ne marche pas.

    Il faut ramener l’élève au fait qu’il est d’abord un être humain.


     

    3.3. Les ressources


    • L'Observatoire de la Laicité de Provence : OLPA

    L'observatoire veille au strict respect des principes de la Laïcité et si nécessaire mène toute action pour les défendre, les restaurer, les promouvoir.


    Ce collectif d'enseignants de philosophie propose notamment un compte rendu autour du concept de laïcité.


    Un livre sous forme de  questions-réponses qui permettent de susciter la discussion et d’alimenter la réflexion avec les élèves et entre tous les citoyens.


     

     Contacts : Emmanuel Moreau, coordonnateur du bassin