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Articles sur l'enseignement de la philosophie

Publié le 1 juil. 2017

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Le  samedi 1 juillet 2017

Implication philosophique : Dossier "Philosopher en enseignant au lycée"

Dossier thématique, juin 2017

  • Implications philosophiques (ISSN : 2105-0864) est une revue électronique de philosophie à comité de lecture. Elle est en accès libre et publie en flux continu au rythme moyen de deux articles par semaine. Depuis son lancement, la revue a progressivement rassemblé autour de son projet éditorial un réseau inter-universitaire et interdisciplinaire de  plus  de 100 auteurs (Paris I, Paris IV, Paris VIII, ENS, EHESS…), et un comité scientifique de chercheurs reconnus. Répondant à un véritable désir de mieux comprendre le monde contemporain et ses implications, la revue est parvenue rapidement à rencontrer son public, et c’est ainsi plus de 90 000 lecteurs qui, chaque mois, suivent les publications bi-hebdomadaires.

     

    Retrouvez les articles du dossier

     

    "Philosopher en enseignant au lycée"

     

    de la revue en ligne Implications philosophiques

     

    Responsable du dossier :

     

    Raphaël Künstler

     

    Direction du projet :

     

    Marc Goetzmann, Raphaël Künstler, Bertrand Vaillant et Thibaud Zuppinger

     

     

    Contributions

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Présentation du dossier (extrait) - Raphaël Kunstler

     

    La réflexion pédagogique a pour objectif de déterminer comment un enseignant peut aider ses élèves à progresser. Mais on peut inverser cette question : les élèves sont-ils utiles à la progression intellectuelle de l’enseignant ? et comment faire en sorte qu’ils le soient ? On pourrait désigner cette question comme question pédagogique inverse — à distinguer de la pédagogie inversée —, le but de l’enseignant étant de s’éduquer lui-même au moyen de ses élèves, et de progresser dans sa recherche philosophique. Évidemment, loin d’être opposée à la question pédagogique, la question pédagogique inverse lui est étroitement liée : comme le recommande le programme officiel, développer une démarche d’enquête permet aux enseignants d’être des modèles pour les élèves ; un(e) enseignant(e) qui a le sentiment d’apprendre de ses élèves apprend à ne pas les mépriser, et enseigne mieux ; et on apprend mieux de ses élèves si on parvient à les former à être des partenaires de discussion solides.

     

    Tout comme la pédagogie, la pédagogie inverse doit prendre en compte les situations d’enseignement. On peut s’attendre à ce que l’enseignement en lycée conduise à favoriser un certain style de réflexion, à privilégier des questions, méthodes et référence déterminées, à acquérir des vertus intellectuelles spécifiques. Est-ce vraiment le cas ?

     

    Il y a de bonnes raisons de penser que l’enseignement au lycée est une situation propice à la recherche philosophique. La philosophie étant une activité discursive, et découvrir de nouveaux interlocuteurs nous contraignant à élargir notre perception du réel, la rencontre avec les élèves de lycée est l’occasion d’une confrontation avec des perspectives psychologiques, sociales, religieuses différentes que celles qui seraient rencontrées, par exemple, en université. Et cela d’autant plus que la nature de l’enseignement en lycée encourage à nouer un véritable dialogue avec les élèves. Le programme officiel recouvrant l’ensemble des domaines de la réflexion philosophique, cette amplitude de vue peut conduire à trouver des solutions à des problèmes qui, sans cette approche globale, resteraient des énigmes. Le travail philosophique au lycée étant généraliste, il pousse à voir l’essentiel. De plus, à la différence des autres disciplines où, sauf situation historique exceptionnelle, les fondamentaux ne font plus l’objet de remise en question par les chercheurs, le fait que les philosophes s’interrogent sur les principes a comme conséquence que la réflexion pédagogique et la recherche partagent les mêmes questions. Enfin, le discours s’adressant à des non spécialistes, l’enseignant n’a pas d’autre choix que de s’appuyer sur le bon sens plutôt que sur l’érudition ou la dextérité verbale, ce qui le protège contre les dérives scolastiques.

     

    Mais il existe également des arguments très convaincants pour estimer que le lycée n’est pas un lieu propice à la recherche. On pourrait, à la suite de Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques, soutenir que l’enseignant de philosophie, une fois passée la première année où il/elle prépare son cours, est condamné(e) à ânonner les mêmes contenus, et à enseigner une dissertation conçue comme une forme creuse permettant d’avoir l’air de parler de manière sensée de n’importe quoi. On pourrait même soutenir que non seulement les enseignant(e)s ne peuvent faire que de mauvais philosophes, mais qu’à vouloir être philosophes, ils deviennent de mauvais enseignants. Pour être un bon enseignant de lycée, il ne faudrait pas vouloir être un philosophe, mais plutôt savoir comment conduire les élèves vers la compréhension des thèses et textes classiques. On a pu également faire remarquer que la liberté pédagogique laissée aux enseignants de philosophie encouragerait une forme de multiculturalisme professionnel : il n’existerait ni normes méthodologiques consensuelles ni commune à ces enseignants, ce qui constituerait un obstacle à cette pratique de la discussion argumentée que requiert la recherche philosophique authentique. Enfin, le caractère isolé du travail de chaque enseignant, le fait que chaque professeur de philosophie incarne, du point de vue de ses élèves, la philosophie (ceux-ci n’ont pas eu en général d’autre cours de philosophie auquel comparer celui de Terminale) place ces enseignant(e)s dans une situation dangereuse, où ils/elles risquent de perdre la capacité à se remettre en question et à évoluer, ronronnant dans le confort d’une parole dépourvue de garde-fous.

     

    Tel était le problème séminal de ce dossier que formulait l’appel à communication diffusé au début de cette année scolaire. Un grand nombre d’enseignants ont répondu à cet appel, par des textes à la fois intéressants et de grande qualité, mais entre lesquels il a bien fallu faire un choix. Les articles retenus, pour leur pertinence, leur teneur conceptuelle et leur enracinement dans des études de cas, développent des conceptions très diverses de la pédagogie inverse. Ces conceptions varient en fonction de la manière dont la situation pédagogique est conçue par les auteur(e)s.

     

    Lisez la suite…

    http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/presentation-du-dossier/