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Réseau Garlaban

Publié le Jun 10, 2019 Modifié le : Jul 5, 2019

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Le  Monday, June 10, 2019

Réflexions sur la laïcité et l'esprit critique

Eric Venuti, 2e réunion des professeurs documentalistes du réseau Garlaban 2018-2019, 25 mars 2019

  • Laïcité

     

    Intervention de M. Coutouly et Mme Gueydan de l'équipe académique laïcité et faits religieux autour de la problématique de : Laïcité et esprit critique.

     

    Notre société met surtout l’accent sur la laïcité lorsqu’elle est attaquée violemment lors d’attentats  meurtriers ou d’événement spectaculaires et donc médiatiques.

    Or, nous savons que la laïcité peut être remise en question au quotidien dans nos établissements.

    Par conséquent, comment défendre la laïcité dans l’Ecole ?

    Quelles stratégies pédagogiques doit- on privilégier dans nos rapports avec les élèves ?

    Travailler sur l’affermissement de l’esprit critique semble constituer une piste sérieuse pour défendre ce principe, un des piliers de la citoyenneté.

    Afin de nous aider dans notre réflexion, M. Coutouly, référent académique Laïcité ainsi que sa chargée de mission, Mme Gueydan ont aimablement répondu aux questions des professeurs documentalistes du réseau Garlaban.

    Un  tour de table préalable a fait émerger des préoccupations  autour desquelles s’est structurée l’intervention de M. Coutouly et de Mme Gueydan.

     

     

    I - Le rappel du cadre légal

     

    L’histoire française marquée par les guerres de religion explique  la loi de 1905  de séparation des églises et de l’Etat. En effet, le législateur décide qu’il faut « sortir » la religion de l’Etat pour éviter les guerres. Cette loi permet la liberté de conscience et de culte sans pour autant éradiquer la religion de la société.

    Elle contente les partisans d’une république laïque mais aussi les français de confession juive et protestante qui se sentent plus libres pour pratiquer leur religion.

     

    Comment s’applique cette loi à l’école ?

     

    Trois cas de figure se présentent :

    • Les personnels, les agents de l’Etat doivent respecter la neutralité religieuse. Par exemple, ils ne doivent pas  donner leur conviction religieuse.
    • Les parents d’élèves, dans une société démocratique qui défend la liberté de conscience et le droit de pratiquer sa religion peuvent porter des signes religieux au sein d’un établissement scolaire. Par exemple, ils peuvent se rendre au Conseil d’Administration avec des signes religieux ostensibles. Autre exemple, les mères voilées peuvent accompagner les élèves lors de sorties.
    • Les élèves ne peuvent pas porter de signes religieux ostensibles dans un établissement scolaire.

    La loi sur les signes religieux dans les écoles publiques créant l'article L.141-5-1 du code de l'éducation est une loi française créée en 2004, restreignant le port de signes religieux. La loi autorise néanmoins le port de signes religieux discrets.

     

    Le législateur vise  à donner un cadre plus protecteur aux élèves qui à cet âge, peuvent être influencés par d’autres membres de la communauté des élèves.

     

    Toutefois, un élève  qui se présente dans un autre établissement que le sien pour passer un examen peut porter un signe ostensible. Le législateur considère en effet que son pouvoir d’influence est moindre dans un établissement inconnu.

    De la même manière à l’université où les étudiants sont réputés  plus adultes, moins influençables.

    Ce n’est donc pas la religion qui est interdite à l’école mais le prosélytisme.

     

    Qu’en est- il de l’aumônerie au sein de l’Ecole publique ?

     

    L’aumônerie de l’Enseignement public agit et s’organise dans le cadre de la séparation des églises et de l’État qui garantit la liberté de pensée et de culte. Par son fonctionnement, elle respecte les règles de la laïcité et adhère aux valeurs de la République.

    Toutefois, son rôle n’est pas de dispenser un cours de catéchisme.

     

    II - La question de la radicalisation et la question du port du voile à l’école.

    La radicalisation ne résulte-t-elle pas de la laïcité qui est perçue comme une interdiction de religion par certains ?

    De nombreux chercheurs pensent par exemple que la loi de 2004 a eu un effet pervers dans le sens où une partie de la population s’est sentie rejetée. Ce qui a rendu la vie scolaire difficile.

    Lutter contre cette perception de la laïcité ne peut  pas se réduire à un simple rappel de la loi.  Il faut réfléchir avec les élèves sur les enjeux : liberté d’expression et liberté d’opinion.

     

    L’exemple du port du voile et de son traitement.

    La loi interdisant la dissimulation du visage dans les lieux publics en 2011 a provoqué des tensions dans les EPLE.

    Le voile est- il un signe ostensible religieux ? De nombreuses jeunes filles de confession musulmane se rendaient  voilées dans les établissements scolaires.

    Les discussions avec ces élèves firent apparaître 3 types d’élèves auxquelles il convenait d’apporter des réponses particulières en fonction de leurs motivations.

    -          Les jeunes filles qui portaient le voile pour se protéger dans leur cité ;

    -          Celles qui le portaient par conviction religieuse ;

    -          Et celles qui le portaient pour provoquer le monde des adultes. 

    Globalement, la prise en compte des différentes motivations dans le cadre de discussion avec les élèves a permis d’apaiser les tensions.

     

    III - Quelle stratégie pédagogique privilégier face aux atteintes à la Laïcité ?

    En raison des nouveaux moyens de communication, notamment le téléphone portable, type smartphone, notre rapport au monde et à la connaissance a changé. Le professeur n’est plus le seul détenteur du savoir.  L’élève peut désormais avoir l’illusion d’accéder  à la connaissance sans passer par la médiation du professeur. Ce dernier perd donc de sa légitimité. La posture d’autorité classique verticale s’ébranle.

    Face à ce nouveau paradigme, l’Académie d’Aix- Marseille promeut une démarche de développement de l’esprit critique.

    Quelques principes directeurs :

    -          Eviter le discours frontal ;

    -          Ramener l’élève à sa conviction propre ;

    -          Réfléchir avec lui sur les faits établis, lui faire prendre conscience qu’il y a d’autres convictions partagées par d’autres personnes.

    -          Favoriser les confrontations des autres points de vue entre pairs.

    Le but étant d’instiller le DOUTE sans pour autant verser dans un scepticisme abusif. (L’esprit critique n’étant pas l’esprit de critique qui porte, lui,  un regard négatif sur tout par principe.)

     

    IV - Les ressources :

    • Esprit critique : outils et méthodes pour le second degré, éditions Réseau Canopé
    • Le numéro des Cahiers pédagogiques dont le dossier est consacré à "former l'esprit critique" (n° 550).L’équipe académique laïcité et fait religieux propose aux écoles et établissements des groupes de travail différents sous forme d’ateliers.

    (cf document « Académie d’Aix-Marseille Fonctionnement de l’équipe académique Laïcité et fait religieux »)

    • Débat à visée philo :

    http://cache.media.eduscol.education.fr/file/EMC/01/7/ress_emc_discussion_DVP_464017.pdf

    • Débat réglé :

    http://cache.media.eduscol.education.fr/file/EMC/01/1/ress_emc_debat_464011.pdf

    • Dilemmes moraux :

    http://cache.media.eduscol.education.fr/file/EMC/01/5/ress_emc_dilemmes_moraux_464015.pdf

    • Culture générale et enseignements des faits religieux :

     http://eduscol.education.fr/cid46675/l-enseignement-des-faits-religieux.html

    • Parcours citoyen :

    http://eduscol.education.fr/cid107463/le-parcours-citoyen-eleve.html

    • 1 Journée de la laïcité :

    http://eduscol.education.fr/cid96047/journee-de-la-laicite-a-l-ecole-de-la-republique.html#lien1

    • Contact du CCR du MUCEM : pierre.kouyoumdjian@mucem.org