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Publié le 25 mai 2020

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Le  lundi 25 mai 2020

Les adolescents et la lecture - une seconde journée de formation

Conférence et ateliers partagés ont rythmé cette journée de formation autour de la notion de patrimoine littéraire à travers l’histoire de l’enseignement de la littérature et des injonctions à lire

  • Anne-Marie Chartier

     

     

     

    Le jeudi 5 mars 2020 a eu lieu au Service Livre et Lecture du Vaucluse une journée de formation destinée conjointement aux professeurs du secondaire et aux bibliothécaires du département. Il s’agissait d’un deuxième rendez-vous autour d’un « chantier » entamé par le Service Livre et Lecture de Vaucluse depuis 2019 sur la problématique du rapport des adolescents à la lecture.

     

     

    Cette journée de formation était animée par Anne-Marie Chartier, professeur agrégée de philosophie et docteure en sciences de l’éducation, qui a introduit la journée par une conférence sur l’histoire des injonctions à lire et abordé ensuite la question de la transmission des textes issus du patrimoine littéraire auprès des élèves d’aujourd’hui. 

     

     

    Sans la fiction la réalité demeurerait encore plus impénétrable : les textes littéraires permettent entre les lecteurs une connivence sans confidence grâce à l’évocation d’une réalité évoquée, explicitée, décryptée. C’est là sans doute la toute première utilité d’une culture littéraire commune,ce qu’elle a pu vérifier par un tour de table de l’assistance en demandant à chacun de citer un texte qui lui a été transmis et qui l’a marqué durablement et un autre texte qu’il a eu à cœur de transmettre. La diversité des propositions renseignait d’emblée sur la nature de ce que pouvait être la définition d’un patrimoine à partager…

     

     

    Qu’en est-il de la transmission du patrimoine littéraire dans le cadre scolaire ? Qu’est-ce que signifie la connaissance des textes ? Cette connaissance a-t-elle toujours été comprise et enseignée de la même manière au fil du temps ? 

     

     

    Anne-Marie Chartier a ainsi mis en évidence une rupture dans la transmission des « classiques » et dans la manière de les enseigner. Car qu’entend-on  par classique ? Force est de constater que ce fut longtemps la littérature des XVII et XVIII° siècles considérée comme fondatrice par la République. Elle est enseignée jusqu’à la loi Haby, grâce à l’étude et l’apprentissage par cœur de morceaux choisis, bien plus que par la lecture in extenso des œuvres. Les exercices scolaires et examens étaient bien sûr adaptés à cet enseignement. 

     

     

    La loi Haby qui institue « le collège pour tous » marque une rupture. Le patrimoine littéraire n’est plus envisagé aussi étroitement, on reconsidère l’héritage à transmettre en l’ouvrant sur l’époque contemporaine et même immédiate. Parallèlement à cela deux autres facteurs importants :  le temps d’enseignement du français et de la littérature ne cesse de diminuer et les modes d’apprentissage sont renouvelés. 

     

     

    À l’école primaire, on passe de la lecture à haute voix à la lecture silencieuse. Dans le secondaire, on étudie des œuvres intégrales et on travaille sur la recherche de la signification abandonnant le « par cœur » donc la mémoire littérale de la langue littéraire. En fait, tout ce qui était autrefois déconseillé voire prohibé concernant la liberté du lecteur, et ce pour des raisons d’édification morale est désormais encouragé : il vaut mieux lire n’importe quoi plutôt que rien, ou que regarder la télévision ! 

     

     

    On se retrouve du coup dans les années 1980 confronté à un paradoxe : bien que l’accès à la lecture soit facilité par une vraie politique de lecture publique, bien que l’offre de lecture soit de plus en plus variée et accessible, les enseignants et pas seulement en France parlent d’une « crise de la lecture » : expression qui ne recouvre pas la même réalité suivant que l’on se trouve dans le primaire ou dans le secondaire.

     

     

    Ces changements ont de fait bouleversé la notion d’héritage littéraire et bousculé la définition du périmètre de ce qu’il convenait d’appeler « les classiques ».

     

     

    L’après-midi fut consacrée à un travail en sous-groupes mélangeant enseignants et bibliothécaires. Parmi une sélection riche et variée composée d’œuvres « classiques » et contemporaines (albums, romans, recueils de poésies, bandes dessinées), les stagiaires ont procédé à une sélectionpermettant d’aboutir à une typologie des textes suivant trois critères:

     

     

    • les textes faciles à lire et faciles à comprendre (ils sont légions), 
    • es textes faciles à lire et difficiles à comprendre (Ex. Le petit prince ), 
    • les textes difficiles à lire et difficiles à comprendre, nécessitant un accompagnement et un décryptage spécifiques.

     

     

    Ainsi chacun était-il  en mesure de réfléchir aux médiations possibles autour de ce corpus. 

     

     

    Une journée de formation riche en contenus et en échanges fructueux.