Outils et pistes pédagogiques

Publié le 15 avr. 2012 Modifié le : 4 févr. 2013

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Le  dimanche 15 avril 2012

L'EIP et l'école

La mission de l’Ecole est d’amener chaque élève à son excellence : l’EIP en réussite comme l’EIP en difficultés scolaires ... .

  • L’EIP et l’école

    L’élève précoce n’est pas forcément le meilleur élève de votre classe.  Parfois oui, quand même !
    Certains se présentent notamment comme des éléments perturbateurs, avec parfois des résultats scolaires médiocres.

    La mission de l’Ecole est d’amener chaque élève à son excellence : l’EIP en réussite comme l’EIP en difficultés scolaires.

    Voici un tableau tiré de « L’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir » de la psychoclinicienne Jeanne Siaud-Facchin :

    CE QUE L’ON OBSERVECE QUE L’ON PEUT COMPRENDRE
    Résultats en dents de scie. Fort dans une matière une année et pas l’année suivante … et réciproquementInvestissement scolaire dépendant du rapport affectif et de l’estime envers l’enseignant.
    Test des limites de compétences des enseignants.
    Besoin de cadre et de confiance pour fonctionner
    Demande constante de justification aux enseignantsQuête et besoin de sens pour fonctionner
    Participation active intempestive ou repli totalAvant et après l’enthousiasme pour l’école et la curiosité intellectuelle
    Bavard, dissipé, rêveur, agité … mais attentifMécanismes attentionnels spécifiques, besoin de faire plusieurs choses à la fois pour être attentif
    Ne peut justifier ses résultats, a du mal à argumenter, à développerFonctionnement intuitif, analogique via l’hémisphère droit
    Expression orale brillante mais écrit catastrophiqueDécalage entre forme orale et écrite de la pensée. Blocage du passage à l’écrit
    Isolé dans la courRejet par les autres à cause de la différence perçue, solitude par difficulté à trouver des enfants qui ont un fonctionnement et des centres d’intérêt identiques
    Mauvaise réponse ou absence de réponse chez un élève par ailleurs brillant. Hors sujet, alors que les connaissances semblent intégrées.Différences d’implicites (présupposés tacites), importance donnée au sens littéral, pensée en arborescence, pensée divergente

     


    Des pistes de réponses pédagogiques

     

    A partir des besoins quelles pistes pour la classe ?

     

    1. QUÊTE ET BESOIN DE SENS POUR FONCTIONNER

    Pour l’enseignant, il s’agit alors d’inscrire la séance, la séquence dans une dynamique de projet : car ce qui fait sens, motive.
    L’élève doit savoir où il va, ce qu’on attend de lui, pourquoi il est en train de le faire ? à quoi cela va lui servir  ou comment il va pouvoir s’en servir ?

    Exemples :

    • En langue, en fin de cours, la consigne pour la séance suivante est précise et concrète «  à la fin de la séquence, de la séance, vous serez capable de parler de vous, en utilisant les verbes et le vocabulaire précis et en vous exprimant pendant 2 minutes en continu »
    • En maths, présenter le problème à résoudre dans son ensemble, puis aborder chacune des structures opératoires nécessaires pour le résoudre.
    • En histoire, présenter la période à étudier puis aborder ensuite la chronologie des événements qui ont produit le fait historique.

     

    2. DIFFÉRENCES D’IMPLICITES (PRÉSUPPOSÉS TACITES), IMPORTANCE DONNÉE AU SENS LITTÉRAL

    • L’enfant précoce ne perçoit pas l’implicite commun. «  Montrez que le triangle est rectangle » …il va montrer
    • Il faut donc des consignes claires, explicites.
    • Il faut lui apprendre à décoder l’implicite commun
    • Le besoin de précision

     

    3.MÉCANISMES ATTENTIONNELS SPÉCIFIQUES, BESOIN DE FAIRE PLUSIEURS CHOSES À LA FOIS POUR ÊTRE ATTENTIF

    L’enfant précoce a besoin de solliciter tous ses sens pour rester attentif. Il peut très bien vous écouter tout en dessinant…il est parfois obligé de lire un livre pour pouvoir rester attentif à ce que vous racontez.

    Ce mécanisme est inhérent au fonctionnement de l’EIP. Les parents d’EIP comme les enseignants découvrent avec ces enfants, des modes de fonctionnement inconnus et déroutants.

    Cependant cette particularité renvoie aux besoins spécifiques de tous les élèves : chacun a son profil d’apprentissage (visuels, auditifs, kinesthésiques) que l’enseignant doit prendre en compte pour optimiser son efficacité : certains élèves auront besoin d’écrire pour mémoriser, d’autres de bouger etc.…L’EIP, lui, a besoin de mobiliser tous ses sens pour chacune de ses activités cognitives.

     

    En résumé …

    • Des cours inscrits dans un projet, et dont les élèves comprennent le but
    • Des consignes précises et claires pour tous
    • La prise en compte du profil d’apprentissage de chaque élève

    Voici trois constantes qui aideront les EIP mais au-delà essentielles pour TOUS les ELEVES.

     


    Quels besoins spécifiques aux EIP ?

     

    1. LA COMPLEXITÉ

    Leur fonctionnement cérébral fait qu’ils perçoivent le monde à la fois dans sa globalité et dans sa complexité. Notre enseignement est généralement linéaire, séquentiel, ce qui convient à la majorité des élèves. Mais pour l’EIP ce choix est source d’échec. Pour se concentrer, pour activer son cerveau, l’EIP a besoin d’être motivé : une approche simple du problème ne déclenche pas la mise en route de son activité cérébrale.

    Il ne le fait pas « exprès », il ne « démarre » pas !

    C’est ainsi, que de nombreux enseignants sont désorientés par cet enfant qui paraît brillant et cependant incapable de mener à bien un exercice simple !

    « La frustration et la colère du surdoué sont les mêmes que celles que rencontre l’enfant déficient face à des apprentissages  complexes: la situation devient vite insupportable et l’immense frustration qui en découle génère des comportements inadaptés que l’on connaît bien »  J.Siaud-Facchin

    Des pistes :

    Jean-Pol Tassin, neurobiologiste au Collège de France dit à ce sujet : « Un enseignement inadapté, parce que trop facile, élimine toute motivation. La seule façon de les faire fonctionner est de leur donner de cinq à dix fois plus d’informations qu’aux autres enfants »

    Attention, complexité ce n’est pas « travail en plus » !

    C’est donner autre chose, c’est susciter l’envie par l’enjeu !

    • des projets (dont il sera responsable de toutes les étapes : créer un journal de la classe, préparer une exposition, créer un site web…)
    • donner plusieurs tâches simultanées (comparer deux ou trois documents plutôt que les décrire un à un puis les comparer.),
    • des défis, des challenges
    • un approfondissement des sujets traités
    • une approche interdisciplinaire

    Une illustration : Maxime a 5 ans, il est au CP, connaît les chiffres jusqu’au million et au-delà, les manipule aisément. Le maître décide alors que Maxime fera les mêmes exercices que ses camarades ..mais avec les chiffres romains. Ce fut une belle année pour Maxime !

     

    2. BESOIN D’APPRENDRE À STRUCTURER SA PENSÉE, BESOIN D’AIDE MÉTHODOLOGIQUE

    L’EIP a une pensée en arborescence, et une très grande vitesse de pensée :

    Il sait qu’il a la bonne réponse mais ne sait pas pourquoi. Et cette pensée fulgurante est indomptable sans un apport de méthode : l’enfant se perd, incapable de restituer oralement ou à l’écrit la foule d’idées interconnectées qui lui sont venues presqu’immédiatement et simultanément au cerveau.

    L’EIP a une pensée créative, originale : ses approches, sa manière de questionner les problèmes sont souvent inattendues, et en dehors des sentiers battus.

    L’EIP a une pensée intuitive, capable de créer des liens entre des idées qui appartiennent à des domaines très éloignés les uns des autres.

    Des pistes :

    • Travailler la métacognition : apprendre à apprendre
    • Donner un cadre de pensée pour apprendre à ne pas être submergé par les idées
    • Prendre le temps de donner un « mode d’emploi » des consignes de base
    • Apporter les éléments nécessaires pour structurer le travail : plan, cheminement mental, étapes logiques
    • Apporter une aide méthodologique
    • Revenir sur le processus de réflexion quand c’est possible

    Un exemple de cours de français en 6° :

    Salle organisée pour des échanges (en U) - Prise en main et gestion de la classe : fermeté et humour, bienveillance, calme.
    Les élèves ont lu un livre avec une intention «  Ce livre est-il un conte ? »

    Le cours est bâti sur la capacité à argumenter ensemble :

    • l’écoute, la relance, le respect du tour de parole sont systématiquement exigés,
    • et la réflexion de la classe porte sur la nature du livre et non sur son contenu.

    La professeure a lancé le débat en prenant soin de donner toutes les règles de fonctionnement  puis elle canalise les débordements, part de ce que les élèves disent, expriment, fait des pauses synthèses qui structurent la pensée. En fin de séance, les élèves ont pour consigne de rédiger un paragraphe argumenté. Ils ont une fiche avec des mots-outils.

     

    3. BESOIN DE RESTAURER LA CONFIANCE EN SOI

    L’élève précoce ressent un décalage entre ce dont il se sait capable et ce qu’il arrive à faire.

    Il ressent parfois un sentiment d’imposture : il sait trop facilement et ne se donne pas le droit à l’échec ni même parfois le droit à la réflexion : réfléchir, c’est tricher.

    Il n’a pas le droit de ne pas répondre aux attentes qu’il suscite : celles de ses parents, celles de ses enseignants.

    Des pistes :

    • Eviter de dire « Je sais que tu sais »
    • Interroger cet élève, même si on sait qu’il sait.
    • Eviter de dire « Tiens, tu ne sais pas! »
    • Pratiquer le renforcement positif.
    • Minimiser les échecs et les erreurs.
    • Accepter son questionnement même s’il est incessant et déstabilisant : il ne joue pas les provocateurs. Lui donner des pistes pour qu’il cherche lui-même, s’il est trop « envahissant ».

     

    En résumé ...

    • Donner du grain à moudre à son intelligence en complexifiant.
    • Lui apporter une aide méthodologique pour structurer sa pensée.
    • Le valoriser, pratiquer le renforcement positif.

    Encore des pistes pour l’enseignant

    • Accepter constamment d’être entraîné par ces élèves sur des chemins non prévus
    • Savoir laisser libre cours à leur grande curiosité, à leur spontanéité
    • Inventer quotidiennement


    … Mais aussi :

    • Les structurer, leur apprendre à raisonner et à ne pas se contenter de leur intuition
    • Savoir leur imposer des règles, des limites
    • Apprendre à ces « zèbres » que dans une collectivité scolaire, ils sont aussi des élèves comme les autres, que les consignes et les règles de vie s’appliquent à eux comme aux autres

     


    CONCLUSION

     

    La précocité intellectuelle appartient à ces thèmes que l’on qualifie de « délicats », voire de tabous. Elle fascine, elle provoque rejet ou défiance, parfois même à la simple évocation de ces mots. Comme si cela nous menait dans une zone à risque, secrète, fantasmée mais à coup sûr encore trop peu connue.

    Nous espérons avoir contribué à vous ouvrir un peu plus grand les portes de cet espace qu’est la précocité intellectuelle.Une brève bibliographie vous permettra d’entrer plus avant dans le sujet.

    Répondre aux besoins des EIP, c’est s’interroger sur sa pratique pédagogique, c’est adapter son enseignement à cette spécificité. Et aider les enfants précoces, c’est aussi aider les autres élèves : travailler sur les consignes, réfléchir à la complexité d’un problème, valoriser… : les pistes pédagogiques que nous avons ébauchées sont aussi porteuses pour tous les élèves.

    Prendre en compte la spécificité des élèves précoces, c’est répondre à un principe fondateur de l’Ecole : assurer l’épanouissement de chaque élève.

    Sans privilégier ce groupe d’enfants, il s’agit donc bien, selon les termes de la recommandation du Conseil de l’Europe, de leur proposer des pratiques éducatives leur permettant de se développer harmonieusement.

    Car comme le dit le Dr Olivier REVOL, pédopsychiatre : «  L’enfant précoce n’est pas un enfant comme les autres, mais comme tous les autres, c’est un enfant ». in  "Même pas grave ! L'échec scolaire ça se soigne"

    Et à ce titre, il a droit à la prise en compte de sa différence.