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Publié le 12.01.2012 Modifié le : 03.12.2015

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Le  Donnerstag, 12. Januar 2012

Contrôle social

3.1 Comment le contrôle social s'exerce-t-il aujourd'hui ?

  • Contrôle social et déviance


    Situation du thème par rapport au programme officiel
    Le thème « Contrôle social et déviance » se situe dans la partie « Sociologie générale et sociologie politique » du programme de première ES. Il se situe en troisième position, à la suite du 1 « Les processus de socialisation et la construction des identités sociales » et le 2 « Groupes et réseaux sociaux ». Ce thème est composée de trois sous parties : « 3.1 Comment le contrôle social s'exerce-t-il aujourd'hui ? » ; « 3.2 Quels sont les processus qui conduisent à la déviance ? » et « 3.3 Comment mesurer le niveau de la délinquance ? »

    Connaissances déjà acquises utiles à ce thème :

    - En classe de seconde :
    • Savoirs : dans le thème « Individus et culture », les notions suivantes ont pu être abordées « Socialisation, normes, valeurs, culture ».
    • Savoir-faire : Proportion, pourcentage de répartition ; taux de variation, coefficient multiplicateur, indice simple ; lecture de tableaux à double entrée, de diagrammes de répartition, de séries chronologiques.

    - En classe de première, (en supposant que les thèmes 1 et 2 de Sociologie aient été traités) :
    • Savoirs : dans les thèmes « Les processus de socialisation et la construction des identités sociales » : « normes, valeurs, rôles, socialisation différentielle, socialisation primaire/secondaire, socialisation anticipatrice » et pour le thème : « Groupes et réseaux sociaux », les notions : « Groupes primaire /secondaire, groupes d'appartenance/de référence ».
    • Savoir-faire : Calculs de proportion et de pourcentages de répartition ; lecture de représentations graphiques : diagrammes de répartition, représentation des séries chronologiques ; mesures de variation : coefficient multiplicateur, taux de variation, indice simple ; lecture de tableaux à double entrée


    3.1 Comment le contrôle social s'exerce-t-il aujourd'hui ?

    cmg1

    Objectifs : Les élèves doivent connaître à la fin de la séquence :
    * Les modalités du contrôle social et leurs effets dans les sociétés modernes (A)
    * Que dans les sociétés aux relations sociales plus impersonnelles, le contrôle social exercé par des instances spécialisées tend à prédominer sur le contrôle informel exercé par les groupes primaires (B).
    * Les effets qui peuvent être engendrés par le recours à des formes de contrôle social prenant appui sur les ressources des nouvelles technologies. (C)

    Transition avec ce qui a été fait précédemment : Que sont les normes et valeurs ? Quels types de normes peut-on distinguer ? D’où viennent-elles ? Quel processus fait que les normes et valeurs sont respectées ? Que se passent-ils quand les normes et valeurs ne sont pas respectées ?

    Les normes ne sont pas naturelles, elles sont construites par les institutions et au cours des interactions entre individus. Toute société produit des normes qui encadrent les comportements des individus et leur permettent de vivre ensemble dans une certaine harmonie et le respect des valeurs communes.
    La production de normes est l’institution de normes dans une collectivité par le biais de la transmission et de l’interaction de ses membres.

    Complétez les deux phrases suivantes avec les termes : normes, valeurs.
    Les ……………………………………….… sont les idéaux auxquels les membres d’une société adhèrent.
    Les …………………………….………… orientent les actions des individus en leur imposant des manières d’être, de penser et en interdisant d’autres.

    Complétez le texte avec les mots suivants : juridiques, sociales, valeurs, règles, formelles, socialisation
    Les normes se présentent sous la forme de ………………………………..…..…..….. c'est-à-dire de prescriptions et interdits réglant la vie en société.
    On distingue des règles juridiques ou ……………………………………………………..………………….. d’une part et des informelles d’autre part.
    Les normes ………………….……………………..….. sont des règles explicites issues des lois dont la transgression fera l’objet de sanctions juridiques ou formelles.
    Les normes informelles sont des règles implicites issues des usages et des mœurs. Les normes, dont le respect s’impose à tous, font l’objet d’un apprentissage qui correspond à la …………………………………………. Toutefois, le respect des normes et des …………………………….……….……………. ne va pas toujours de soi.


    A. Quelles sont les modalités du contrôle social et leurs effets dans les sociétés modernes ?

    1/ Quelles sont les modalités du contrôle social ?

    Document 1 :
    Quand un acte qui, en vertu de sa nature, est astreint à se conformer à une règle morale s'en écarte, la société, si elle est informée, intervient pour mettre obstacle à cette déviation. Elle réagit d'une manière active contre son auteur. Celui qui a commis un meurtre ou un vol, par exemple, est puni d'une peine matérielle ; celui qui déroge aux lois de l'honneur encourt le mépris public ; celui qui a manqué aux engagements librement contractés, est obligé de réparer le dommage qu'il a causé, etc. […]
    Cette réaction sociale suit l'infraction avec une véritable nécessité ; elle est prédéterminée parfois même jusque dans ses modalités. Tout le monde sait par avance ce qui se passera si l'acte est reconnu comme contraire à la règle soit par les tribunaux compétents, soit par l'opinion publique. Une contrainte matérielle ou morale, selon les cas, sera exercée sur l'agent soit pour le punir, soit pour l'obliger à remettre les choses en l'état, soit pour produire tous ces résultats à la fois. […]
    Cette réaction prédéterminée, exercée par la société sur l'agent qui a enfreint la règle, constitue ce qu'on appelle une sanction […].

    Source : Emile Durkheim, « Définition du fait moral » Définition du fait moral. » Extrait de l' « Introduction » de l'ouvrage De la division du travail social, Alcan, 1893.

    Questions :
    a) Trouvez dans le texte trois exemples de comportement non conformes.
    b) Qu’est - ce qu’une sanction selon Durkheim ?
    c) Quels exemples de sanctions se trouvent dans le texte ?

    Document 2:
    Durkheim donne l'impression de s'intéresser exclusivement aux peines que l'on peut infliger à autrui : sarcasmes, blâmes, mépris, réprobations, exécutions, châtiments corporels, humiliations, bannissement, emprisonnement, etc. Pourtant, il existe une variété de réactions morales qui mériteraient aussi d’être considérées comme des « sanctions » et qui sont moins amères, moins désagréables. Il arrive en effet qu'un geste soit admiré, apprécié, loué, glorifié même. Aucun corps institué ne décerne ce genre de médaille intangible. Nous pourrions donc les appeler sanctions diffuses. Et, puisque seules les formes enivrantes de la gloire ou de l’admiration ou, plus paisibles, de la gratitude, de la reconnaissance muette récompensent ces actions, nous pourrions dire qu'il s'agit de sanctions « positives ».

    Source : Ruwen Ogien, « Sanctions diffuses. Sarcasmes, rires, mépris », Revue française de sociologie, n' 31-4, 1990.

    Questions :
    a) Distinguez les « sanctions » du document 2 de celles évoquées dans le document 1.
    b) Donnez deux exemples de sanctions positives.

    A partir de la typologie ci-dessus et du texte ci-dessus, cocher les cases exactes dans le tableau ci-dessous :
    cmg2
    * Définir et distinguer deux types de contrôle social

    Document 3 :

    « Le contrôle social formel est le proces¬sus par lequel des groupes sociaux et des institutions spécifiques (justice, police, église, etc.) régulent les activités sociales afin d'assurer le maintien des règles et de prévenir les comportements déviants. Les sanctions correspondantes sont de natures diverses: sanctions morales (réprobation, blâme, etc.); sanctions religieuses (excommunication, pénitence, etc.); sanctions juridiques (dommages et intérêts, peines de prison, etc.). Le contrôle social informel s'exerce de manière continue au cours des interactions sociales de la vie quotidienne et a un caractère non institutionnel. Chaque individu contribue consciemment ou inconsciemment à réguler les comportements d'autrui. Les sanctions, positives ou négatives, peuvent prendre la forme d'approbations (sourire) ou de désapprobations (remarques "désobligeantes") proportionnelles à l'importance de la transgression. Les règles ainsi établies se maintiennent parce qu'elles constituent un compromis entre les diverses attentes individuelles. La potentialité de la sanction est généralement suffisante pour inciter à la conformité de chaque individu. »

    Source : Alain Beitone et alii, Sciences Sociales, coll. « Aide-Mémoire », Sirey, 2009.

    Questions :
    a) Qu’est-ce que le contrôle social?
    b) Donnez des exemples précis de contrôle social formel exercé par les trois institutions mentionnées dans le texte.
    c) Donnez des exemples précis de contrôle social informel.

    Exercice :
    a) Remplir les cases du tableau ci-dessous avec des exemples non exclusivement issus du document 3

    cmg3

    b) Distinguez parmi les exemples d’institutions proposées, celles qui sont spécialisés dans le contrôle social des autres.
    c) Complétez le texte ci-dessous avec les termes suivants : valeurs, toute, école, entreprises, police, famille, justice.

    Si certaines institutions – les institutions de ……………..., ……….……., sont spécialisées dans le contrôle social, il est cependant possible de considérer que ………. institution a une fonction, manifeste ou latente, de contrôle social. C'est évidemment le cas pour la ……..…….….…., instance d'apprentissage des normes. C'est également le cas pour les églises et pour ……………, qui œuvrent explicitement à la transmission de …………..……. et à la promotion de normes. Mais c'est aussi le cas pour des institutions qui n'ont pas pour fonction explicite de conformer les individus aux normes établies. Les …….………… sont ainsi des lieux de conformation à des normes locales (la « culture d'entreprise ») ou générales (la ponctualité, l'assiduité, le respect de la hiérarchie, etc.).

    Synthèse : Complétez les phases suivantes avec : contrôle social formel, contrôle social informel, contrôle social
    Le ………………………………………………………………………………………..……. est l’ensemble des moyens formels et informels dont dispose une collectivité pour amener ses membres à adopter des conduites conformes aux règles prescrites, faire partager les valeurs et respecter les normes communes, par l’ensemble de ses membres, pour assurer le maintien de la cohésion sociale.
    Le ………………………………….………………… ……………….est réalisé par l’appareil institutionnel de la société globale (police, justice...) pour les normes les plus générales et par des instances spécialisées (ordre professionnel, fédérations sportives...) pour des règles plus spécifiques.
    Le …………………………………………………………….…. correspond à toutes les contraintes qu’un individu peut connaître lorsqu’il transgresse les comportements admis. Il s’exerce de façon continue mais diffuse à travers les interactions quotidiennes de la vie sociale des individus.


    2/ Les effets du contrôle social

    Document 4 : Pratiquement toute notre vie sociale est organisée par des normes. Nous apercevons aisément celles qui sont le plus contraignantes, celles dont l’infraction entraîne une sanction juridique. Mais la définition du Bien et du Mal n’est pas le monopole du droit. Il existe une foultitude de normes sociales non moins impératives quoique non juridiques. Les normes familiales peuvent s’imposer par exemple aux enfants sans même avoir jamais été énoncées. Et leur non-respect peut entraîner des sanctions physiques mais aussi psychiques : la plus banale est sans doute le sentiment de culpabilité. De même, dans la vie sociale de tous les jours et dans la vie professionnelle, il existe des choses qui « se font » et d’autres qui « ne se font pas » dont la sanction peut être autant voire plus dissuasive encore. La crainte de perdre sa réputation (donc la confiance de ses clients, de ses collègues ou de ses électeurs) peut par exemple être une menace beaucoup plus efficace que la sanction juridique. Enfin, il existe une infinité de normes sociales moins contraignantes mais qui nous conditionnent autant sinon davantage. En effet, selon la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous adaptons consciemment ou inconsciemment notre façon de parler et de nous vêtir, nous contrôlons différemment nos gestes, nous exprimons ou nous n’exprimons pas tel ou tel sentiment (la joie, la colère, la surprise, le désir). […] Le simple détournement du regard ou du corps constitue une stigmatisation. Dès lors, le contrôle de son image est un enjeu crucial et Goffman1 attire notre attention sur les innombrables adaptations que nous réalisons pour nous conformer à ce que les personnes avec lesquelles nous interagissons attendent de nous.

    Source : Mucchielli, La déviance, entre normes, transgression et stigmatisation, Sciences Humaines, http://www.scienceshumaines.com/la-deviance-entre-normes-transgression-et-stigmatisation_fr_11197.html
    1 : E. Goffman, sociologue américain


    Questions :
    1. Expliquez la citation suivante : « La potentialité de la sanction est généralement suffisante pour inci¬ter à la conformité de chaque individu. » Alain Beitone et alii, sciences sociales, coll. « Aide-Mémoire », Sirey, 2009.
    2. Que signifie de dire que la sanction a une fonction « dissuasive » ?
    3. Pourquoi les sanctions informelles peuvent-elles être « plus dissuasive(s) encore » ?
    4. Que signifie stigmatisation ?
    5. Quel rôle joue la « stigmatisation » dans le contrôle social ?


    Document 5 :

    On peut, d'ailleurs, confirmer par une expérience caractéristique cette définition du fait social, il suffit d'observer la manière dont sont élevés les enfants. Quand on regarde les faits tels qu'ils sont et tels qu'ils ont toujours été, il saute aux yeux que toute éducation consiste dans un effort continu pour imposer à l'enfant des manières de voir, de sentir et d'agir auxquelles il ne serait pas spontanément arrivé. Dès les premiers temps de sa vie, nous le contraignons à manger, à boire, à dormir à des heures régulières, nous le contraignons à la propreté, au calme, à l'obéissance ; plus tard, nous le contraignons pour qu'il apprenne à tenir compte d'autrui, à respecter les usages, les convenances, nous le contraignons au travail, etc., etc. Si, avec le temps, cette contrainte cesse d'être sentie, c'est qu'elle donne peu à peu naissance à des habitudes, à des tendances internes qui la rendent inutile, mais qui ne la remplacent que parce qu'elles en dérivent.

    Source : Émile Durkheim (1894), Les règles de la méthode sociologique

    Questions :
    a) Expliquez la phrase soulignée.
    b) Quel processus permet d’intérioriser la contrainte ?

    Complétez le texte avec les mots : Externe, sanctions, informelles, intériorise, interne, sanctions, normes, dissuasive, socialisation, formelles, stigmatisation.

    Le contrôle social est l’ensemble des pressions exercées par la société pour conduire ses membres à respecter les ……………….………………..
    Le contrôle social combine un contrôle interne quand l’individu ………………………. des modèles de conduite durant la socialisation et s’y tient et un contrôle ………………………………….………….... exercé par des institutions telles que la police ou la justice. La conformité résulte ainsi moins de la contrainte externe que d’une contrainte ………………………………….……………… qui prend la forme d’une obligation morale. Très souvent les individus respectent la norme parce qu’il la trouve légitime et non parce qu’ils y sont contraints par les ………………………... Ce cas s’explique par le fait qu’ils ont intériorisé les normes lors de la …………………………………………...…………….. au point de devenir partie intégrante de leur morale personnelle. En outre, respecter les normes et les valeurs permet d’éviter la …………………………………………………………….………..
    Le contrôle social nécessite des …………………………………. Les …..…………………. sont des récompenses accordées lorsque le comportement est conforme à ce qui est attendu (sanctions positives) et des peines infligées lorsque le comportement est non conforme (sanctions négatives). Une sanction est dite ……………………… si l'anticipation de la sanction suffit à ce que l'individu renonce à commettre un acte déviant.

    Synthèse
    Le contrôle social tend à prévenir la déviance.
    Le contrôle social vise à assurer la conformité du comportement des individus aux règles prescrites par la société. Il peut prendre de multiples formes: des plus institutionnalisées (un contrôle d'identité) aux plus diffuses (normes esthétiques et diététiques). Et il peut s'inscrire dans des cadres différents: la famille est un lieu de contrôle social informel (les parents surveillent l'assiduité scolaire de leur enfant) alors que l'État produit un contrôle social formel (les policiers veillent au respect du code de la route). Le contrôle social est dit formel lorsque les jugements et les sanctions sont exercés par des groupes sociaux et institutions spécialisés (ordre des médecins, police, des tribunaux, une administration pénitentiaire, etc.), informel lorsqu'il est appliqué par chacun des membres du groupe, de manière diffuse : une peine de prison infligée à un criminel après arrestation et condamnation pénale relève du contrôle social formel. Le contrôle social informel s’exerce au cours des interactions sociales de la vie quotidienne et a un caractère non institutionnel. Il est souvent prédominant dans les groupes primaires comme la famille ou les groupes de pairs. Le contrôle social procède en premier lieu par jugements et par sanctions : un écart à la norme suscite des réactions qui signalent au contrevenant, et aux autres membres du groupe, qu'il doit s'y conformer. Ces sanctions peuvent être négatives (railleries, réprobations, mépris public, mise au ban, amende, etc.), mais aussi positives (médailles officielles, félicitations scolaires, compliments moraux, etc.). Il n'est pas de règle sans sanction.
    Un vaste ensemble de sanctions sociales, positives ou négatives, pousse les individus à se conformer aux normes de leur groupe. La sanction négative doit d'abord jouer comme une dissuasion. Face à la « peur du gendarme », l'individu s'abstient de s'écarter des normes et ce d’autant plus que le risque est grand d’être sanctionné et que la sanction intervient rapidement après le crime.
    Celui qui malgré tout enfreint la règle est l'objet d'une stigmatisation de la part des autres membres de la société: il est montré du doigt et mis à l'écart, que ce soit de manière symbolique, par un simple regard réprobateur, ou de manière physique, par la prison. Mais les sanctions peuvent peut avoir des effets contreproductifs, et aboutir paradoxalement à amplifier les comportements déviants en exerçant un effet de stigmatisation qui conduit l’individu ainsi désigné à se définir lui-même comme déviant.


    B/ Quelles sont les principales transformations du contrôle social au cours du temps ?

    1/ Un contrôle qui s’étend et s’intériorise

    Document 6 :

    La civilisation à laquelle s’intéresse Elias1 n’est pas un fait, ou une entité (comme lorsqu’on parle de « civilisation occidentale »), mais un processus. Le point de départ de sa démarche est un constat historique : à partir de la Renaissance, les « mœurs », c’est-à-dire les manières de se tenir à table, de se moucher, de déféquer, la sexualité..., évoluent très rapidement vers un refoulement de leur aspect « animal » ou « pulsionnel ». L’étude d’« ouvrages de civilité » - qui constituaient, à la Renaissance, des sortes de manuels de savoir-vivre à l’usage de la classe dominante – montre, par exemple, que le crachat, auparavant considéré comme une pratique saine, est désormais perçu comme inconvenant et dangereux car il favorise les contagions. Le rapport à la nourriture, lui, se fait plus distant avec l’invention de la fourchette, qui remplace les doigts. La nudité recule, et la sexualité acquiert une dimension taboue : on ne doit pas en parler devant des enfants. Cette évolution des pratiques s’accompagne d’une évolution de la sensibilité, comme le montrent les sentiments de honte ou de dégoût que nous éprouvons désormais face à des pratiques « non-civilisés » qui, au Moyen Age, étaient banales. Ces réactions, vécues comme spontanées ou naturelles, sont en fait le produit de l’intériorisation de cette civilité moderne, elles sont une forme d’autocontrôle.
    A ce constat historique, Elias propose une explication sociologique. Il lie ce « contrôle des affects » à l’apparition d’un Etat central fort, qui acquiert peu à peu le monopole de la violence physique.
    Source : http : //www.scienceshumaines.com/la-civilisation-des-mœurs_fr_13011.html
    1 : Norbert Elias, sociologue qui a écrit notamment « La civilisation des mœurs », 1939, trad. Fr. 1973

    Questions sur le texte ci-dessus :
    a) Pourquoi peut-on dire que la civilisation est un processus ?
    b) Illustrez l’idée d’un contrôle social qui s’étend au cours du temps.
    c) Expliquez la phrase soulignée.

    2/ Un contrôle social qui s’institutionnalise

    Document 7 :

    « Dans la France de l'Ancien Régime, il était fréquent de se marier, de travailler et de mourir dans le village de ses parents ou dans sa proximité immédiate. Que ce soit lors de ses activités familiales, religieuses ou économiques, un individu était constamment en relation avec un même petit groupe de personnes. Dans ces conditions, chacun vivait durablement sous le regard de ses proches. Ceux-ci exerçaient continuellement une pression afin d'obtenir le respect des traditions. La déviance pouvait difficilement échapper à l'observation, et tout comportement hors norme suscitait la désapprobation du groupe avec, éventuellement, la mise à l'écart du fautif. Le contrôle social local de proxi-mité exercé par les groupes primaires (groupes de petite taille) était puissant. Ces communautés se sont effacées progressivement au cours des XIXe et XXe siècles en raison du développement de la division du travail et de l'extension de l'État (en particulier de l'État providence) dont la solidarité a souvent rendue superflue celle exercée dans le cadre des communautés. Cet affaiblissement a permis l'émergence d'un individu autonome, choisissant ses relations sociales. En conséquence, celles-ci sont devenues plus cloisonnées (les relations familiales sont distinctes des relations professionnelles qui, elles-mêmes, ne se confondent pas avec celles entretenues dans les groupes de pairs) et plus fragiles (les individus ont plus de liberté pour engager une relation nouvelle, mais aussi pour y mettre fin). Ce déclin a entraîné celui du contrôle social de proximité. »

    Source : Marc Montoussé et Gilles Renouard, 100 fiches pour comprendre la sociologie, Bréal, 2009.


    Questions sur le texte ci-dessus :
    a) Quelle forme de contrôle social s'exerce dans un groupe primaire ?
    b) Pourquoi ce contrôle social était-il puissant dans les sociétés traditionnelles ?
    c) Citez des exemples de groupes primaires.
    d) Quel a été le rôle de l'État dans l'affaiblissement du contrôle social exercé par les groupes primaires ?
    e) Comment peut-on définir l’individualisme à l’aide d’éléments du texte ?
    f) En quoi la montée de l'individualisme peut-elle également expliquer cette transformation ?

    Synthèse :
    Quand une société change, la manière dont le contrôle social s'y exerce se modifie aussi.
    * Le contrôle social s’est étendu et intériorisé: c'est le sens du long et lent « processus de civilisation » analysé par Norbert Elias, un processus enclenché à l'aube de la Renaissance. Il y a une intériorisation de plus en plus forte des règles et codes de comportement: c'est « l'autocontrainte » que Norbert Elias décrit dans La Civilisation des mœurs.
    * D'autre part, le contrôle social s'est institutionnalisé : le contrôle social formel a pris de l'importance.
    o Dans les sociétés traditionnelles, le contrôle social s'exerçait essentiellement au sein des groupes primaires (un petit groupe d'individus avec des représentations très similaires : famille, voisinage, corporation, église, etc.). Ce contrôle social informel était puissant dans la mesure où chacun était en permanence sous le regard des autres. Au fil du temps, les sociétés occidentales se sont différenciées, individualisées et étatisées (l'État a monopolisé beaucoup de pouvoirs, dont celui d'employer la force). Dans des sociétés composées de plusieurs groupes, ceux-ci sont porteurs de normes et de valeurs différentes. L'individu est donc amené à faire des choix car ce qui est conforme pour un groupe peut être déviant pour un autre.
    o Dans les sociétés contemporaines, au contrôle social informel des groupes primaires s'ajoute le contrôle social formel fondé sur le droit. On assiste ainsi à une judiciarisation de tous les domaines de la vie quotidienne. De multiples exemples peuvent en être donnés : droit de la famille (pénalisation des violences familiales...), lutte contre les risques du tabagisme passif, etc. La montée de l'individualisme a largement affaibli le contrôle social de proximité. Dans le même temps se sont développées des institutions spécialisées dans le contrôle, telle que la prison par exemple. Les institutions spécialisées ont pour fonc¬tion de faire respecter les normes juridiques : principalement la police et le système judiciaire. L'incarcération devenant la forme normale de la peine. Ces instances exercent un effet de dissuasion : celui qui hésite à transgresser la norme sait qu'il a une probabilité de subir une certaine sanction. L'effet de la dissuasion accentue celui de l'intériorisation des normes par la socialisation. Dans les sociétés plus différenciées, plus individualisées et plus bureaucratisées, le contrôle social formel exercé par l'État a pris une place prépondérante, sans effacer totalement le contrôle social informel.


    C/ Les effets qui peuvent être engendrés par le recours à des formes de contrôle social prenant appui sur les ressources des nouvelles technologies

    Document 8 :

    À travers la biométrie, la police accroît dans une large mesure ses prérogatives en se dotant de fichiers de population sans que ce processus ne s'accompagne généralement de débats démocratiques d'envergure. Par exemple, en Australie, un tel type de fichier a été mis en place en y enregistrant à l'origine prioritairement les pauvres, les marginaux et les aborigènes afin de les contrôler plus étroitement. D'autre part, on constate une montée en puissance de la circulation des données biométriques à partir de fichiers sans cesse plus étendus constitués à l'échelon national et supranational. [...] Un renforcement des pouvoirs de police se dessine donc via l'amplification de pratiques de surveillance [...] dont la logique ne répond plus uniquement à des objectifs d'authentification et d'identification. Ces pratiques de surveillance s'appuient à présent sur de vastes dispositifs fondés sur l'échange et l'exploitation d'innombrables données biométriques à des fins de traçabilité des individus qu'il devient possible de repérer, de localiser et de suivre à distance [...]. (Elles) permettent aussi d'effectuer un tri social des personnes. Il s'opère en fonction de critères qui [...] servent à l'établissement de « profils à risques», discriminant certains individus à partir de caractéristiques liées à leurs pratiques religieuses, à leurs appartenances nationales et/ou à leurs origines ethniques. C'est ainsi que tout étranger voyageant à destination des États-Unis se voit systématiquement classé par les autorités de sécurité de ce pays dans l'une des catégories suivantes : « digne de confiance », «douteux» ou « dangereux».

    Source : Pierre Piazza, « La biométrie : usage policier et fantasmes technologiques ? » in Laurent Mucchielli (dir.), La Frénésie sécuritaire : retour à l'ordre et nouveau contrôle social, La Découverte, coll. « Sur le vif», 2008.


    Questions :
    a) Qu’est-ce que la biométrie ?
    b) En quoi les nouvelles technologies constituent-elles une ressource pour la police ?
    c) Expliquez la phrase soulignée.


    Document 9 :

    L'efficacité dissuasive de la vidéosurveillance est peu évidente et, en tous les cas, très difficilement démontrable. [ ... ] Toutes les études convergent pour pointer une certaine efficacité sur les atteintes aux biens dans les lieux fermés (parkings, hôpitaux, écoles) et, tout particulièrement, dans les parkings où elle diminuerait les vols et dégradations des véhicules. En revanche, la vidéosurveillance n'a qu'un faible impact dans les espace étendus ou complexes (ex. les métros ou dédales de rues) où les caméras de surveillance ne dissuadent pas les délinquants potentiels de passer à l'acte (pour des vols à l'arraché, vols à la tire, vols à l'étalage). Quels que soient les espaces, la vidéosurveillance n'a quasiment aucun impact sur les délits impulsifs et ceux commis par des personnes sous l'emprise de drogues ou d'alcool. Plus généralement, cet outil n'a qu'un faible impact dissuasif sur les atteintes aux personnes. [… ]
    En raison de la faible efficacité dissuasive de l'outil et de son instrumentalisation par les services de police, il tend progressivement à se transformer en un outil de police judiciaire plus qu'en un outil de dissuasion. Son impact statistique sur l’identification et l'arrestation des suspects est toutefois variable et quantitativement faible. Par comparaison au nombre total de délits élucidés, ceux qui l'ont été grâce à des preuves apportées par la vidéosurveillance demeurent en effet peu nombreux. [ ... ] En ce sens, il s'agit bien d'un outil visant moins à discipliner les comportements des individus qu'à discipliner des territoires, à rendre certains quartiers ou secteurs plus sûrs... parfois aux dépens d'autres.

    Source : Tanguy Le Goff et Mathilde Fontenau,« Vidéosurveillance et espaces publics. État des lieux des évaluations menées en France et à l'étranger »,
    Rapport pour l'Institut et d'urbanisme d'Ile-de-France, octobre 2008.

    Questions :
    a) La vidéosurveillance est-elle efficace ?
    b) Comment son utilisation a-t-elle évolué ?
    c) A l’aide des documents 7 et 8, analysez les effets des nouvelles technologies sur le contrôle social ?

    Synthèse :
    Les effets du développement rapide des nouvelles technologies sur le contrôle social sont ambigus. Vidéosurveillance, fichiers informatiques, biométrie : les technologies numériques sont aujourd'hui mises au service du contrôle social.
    Ainsi, les nouvelles technologies peuvent permettre d’empêcher les délits plutôt que de contenter de punir. L’objectif étant d’accroitre la sécurité des citoyens.
    Mais les effets sont incertains.
    * Assiste-t-on à un accroissement du contrôle par l’Etat susceptible d’influencer les comportements pour qu’ils soient conformes ?
    * Ou, à l'inverse, ces nouveaux outils technologiques vont-ils contribuer à accroître la possibilité de contester les normes dominantes (usage des NTIC par les mouvements sociaux, émergence d'un espace public décentralisé sur le Web, etc.),
    * La vie privée des individus, avec ou sans leur consentement, va-t-elle être réduite ? (traces laissées par la navigation sur Internet, non-respect de la vie privée avec les caméras de surveillance, fichages divers, etc.) ?

    Définitions des notions du programme qui ont permis de répondre aux questions :

    Contrôle social : Ensemble des sanctions négatives (sarcasmes, punitions, amendes, etc.) ou positives (compliments, récompenses, réduction de peine, etc.) que s'attire un individu selon qu'il transgresse les normes ou qu'il s'y conforme. Le contrôle social a pour fonction d'assurer la conformité aux normes par la contrainte ou l'incitation.
    Contrôle social formel / informel : Le contrôle social est dit formel lorsqu'il est exercé par des institutions spécialisées (pénales en premier lieu : police et justice), informel lorsqu'il est exercé par n'importe quel membre du groupe.
    Dissuasion : Fait d'amener un individu rationnel à renoncer à une action ou à une intention déviante, après en avoir estimé les coûts et les avantages. Une sanction est dite dissuasive si l'anticipation de la sanction suffit à ce que l'individu renonce à commettre un acte déviant.
    Stigmatisation : On parle de stigmatisation lorsqu'un groupe accole une étiquette péjorative (par exemple celle de déviant) à un autre. Réduction de l'identité sociale d'un individu à une caractéristique dévalorisée (un handicap physique, sa couleur de peau, sa sexualité, sa religion, etc.)