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Publié le 27.10.2012 Modifié le : 20.02.2013

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Le  Samstag, 27. Oktober 2012

SSP. 2.3 Comportement (7 docs)

Aix-Marseille. B. Herbelot

  • Chapitre 2.3 : Comment expliquer le comportement électoral ?
    Documents proposés par B. Herbelot lors du stage SSP, oct. 2012

    Document 1 : « Abstentionnisme "dans le jeu" et abstentionnisme "hors jeu" »

    On peut tenter de différencier des profils d’abstentionnistes selon leurs caractéristiques sociologiques et leur rapport à la politique. Ainsi peut-on distinguer ceux qui, en se mettant hors de la décision électorale, sont aussi « hors jeu» politiquement de ceux qui, bien que ne participant pas à l’élection, inscrivent leur décision « dans le jeu » politique. Les premiers se comptent en plus grand nombre dans les couches populaires, disposant d’un faible niveau d’instruction, parmi des catégories en difficulté d’insertion sociale, ainsi que dans les populations urbaines. Les seconds sont plutôt jeunes, diplômés et mieux insérés socialement. Les « hors jeu » ne s’intéressent pas à la politique, ne se sentent proches d’aucun parti, et restent loin de toute forme de participation et d’implication politiques, tandis que les seconds sont politisés, en ce sens qu’ils se déclarent intéressés par la politique et se situent sur l’échiquier partisan. Le non-vote des premiers signe un détachement et un désinvestissement de la scène politique, celui des seconds cherche à peser et à exprimer une sanction à l’adresse des candidats et des partis en lice. [...]

    Lors de l’élection présidentielle de 2002, les abstentionnistes « dans le jeu » ont représenté les deux tiers de l’ensemble des abstentionnistes, ce qui est un changement dans le paysage de l’abstention. En 1995, la répartition entre les « hors jeu » et les « dans le jeu » apparaît plus équilibrée. On dénombrait à l’époque 8% d’abstentionnistes relevant de la première catégorie et 12,5 % de la seconde. En 2002, alors que la part des abstentionnistes «hors jeu » reste relativement stable (8,5 %, soit une augmentation de 0,5 point par rapport à 1995), les abstentionnistes « dans le jeu » progressent de façon significative (18,7 %, soit une augmentation de 6,2 points). Cette poussée différentielle des usages de l’abstention signe bien une volonté de sanction politique, la généralisation d’un malaise par rapport aux programmes et aux candidats. Et c’est la part de l’abstention « dans le jeu » qui participe au mouvement général d’affaiblissement de la participation électorale.

    Source : MUXEL Anne, « L'abstention : déficit démocratique ou vitalité politique ? », Pouvoirs, n° 120, 2007.

    Document 2 : « L'effet patrimoine »

    Mathieu CASTAGNET : Dire que les riches votent à droite et les pauvres à gauche, est-ce une caricature ou une réalité ?
    Pierre BRÉCHON : Ce n'est évidemment pas aussi simple que cela. En fait, toutes les études montrent que le critère déterminant n'est pas vraiment le revenu mais plutôt le patrimoine. [...] Un couple d'instituteurs et un couple de petits commerçants peuvent avoir globalement des niveaux de revenus comparables. Mais, du fait de leur statut de salariés, de leur appartenance à la fonction publique, le couple d'instituteurs a toute chance de voter à gauche. À l'inverse [...] les commerçants ont de bonnes chances de voter à droite. [...]
    - Donc, plus un électeur a un gros patrimoine, plus il aura tendance à voter à droite ?
    - Le fait d'avoir accumulé du capital [...] est en effet un bon indicateur : plus on a de patrimoine, plus on vote à droite. Cela s'explique par de nombreux facteurs. Il y a d'abord l'explication familiale car ceux qui ont un patrimoine viennent souvent de familles qui en avaient un et ont donc été socialisés avec des idées politiques liées à cela. Ensuite, il y a des comportements plus matériels : la droite est perçue comme défendant plus le patrimoine et la propriété. [...]
    - N'y a-t-il pas aussi un effet du cycle de vie, car le patrimoine s'accumule avec le temps ?
    - Bien sûr, un jeune cadre n'a pas forcément beaucoup d'argent au départ mais se constitue un patrimoine au fil des années. La constitution de ce patrimoine va alors s'accompagner, sur le vote, d'attentes différentes, plus conformistes, plus sécuritaires. [...] C'est cela qui va conduire à des comportements différents en termes de vote.
    - Cette différentiation en fonction du patrimoine a-t-elle toujours existé ?
    - L'effet patrimoine a été mis en évidence en France pour la première fois lors des législatives de 1978. Mais, évidemment, cela ne veut pas dire que cela n'existait pas avant. Depuis vingt-cinq ans, en tout cas, on retrouve ce phénomène à chaque élection, et on l'a de nouveau observé lors des élections présidentielle et législatives de 2002.
    - Cet effet du patrimoine est-il le critère déterminant du vote, plus que l'âge ou la pratique religieuse ?
    - La pratique religieuse reste sans doute le critère le plus déterminant. Pour autant, l'un n'exclut pas l'autre car les catholiques pratiquants réguliers sont plus âgés que la moyenne, et se retrouvent donc dans les catégories à haut niveau de patrimoine. [...]

    Source : "L'argent mène-t-il le monde ?", Entretien publié le 6 novembre 2003, La-Croix.com

    Document 3 : « L'indice d'Alford »

    Le sociologue américain  Robert Alford mesure ce « vote de classe » à l'aide d'un indicateur simple portant son nom, promis à un grand avenir. L'indicateur retient deux classes, celles des ouvriers et celle des non-ouvriers, et deux votes, de gauche (travailliste) ou de droite (conservateur). Il se calcule par soustraction entre la proportion des ouvriers (manuels) et celle des non-ouvriers (non manuels) qui votent pour la gauche. Si à une élection donnée tous les ouvriers votent pour la gauche (100%) et aucun des électeurs non-ouvriers (0%), l'indicateur prend la valeur de 100, c'est un vote de classe parfait. Si la proportion d'ouvriers et de non-ouvriers qui votent pour la gauche est identique, l'indice tombe à 0, il n'y a pas de vote de classe. On peut même imaginer un indice négatif ou un vote de classe inversé, si la proportion de non-ouvriers votant pour la gauche dépasse celle des ouvriers.

    Source : MAYER Nonna, Sociologie des comportements politiques, Armand colin, 2010.

    Document 4 : « Évolution de l'indice d'Alford »

    2.3 alford
    Source : CAUTRÈS Bruno et MAYER Nonna, « Analyse multidimensionnelle de la classe sociale et de ses effets politiques » , dans Daniel Boy, Les Français, des Européens comme les autres ?, Presses de Sciences Po, 2010

    Document 5 : « Que reste-t-il du vote de classe ? »

    En Europe plus encore qu’aux États Unis, les clivages partisans se sont constitués sur une base de classe, les ouvriers portant plus volontiers leurs suffrages aux partis de gauche et les classes moyennes et supérieures aux partis de droite (Lipset et Rokkan). L’enquête comparative dirigée alors par Richard Rose dans douze pays confirme que la classe sociale est la première variable explicative du vote dans cinq des pays étudiés (Finlande, Norvège, Suède, Australie, Grande Bretagne) et qu’elle vient juste après la religion dans quatre autres (Allemagne, Irlande, Italie, Pays-Bas). En France l’enquête pionnière de Guy Michelat et Michel Simon (1977) souligne le rôle structurant de la classe sociale et de la religion. Le clivage électoral majeur oppose le monde ouvrier, majoritairement déchristianisé, qui voit dans le Parti communiste le  défenseur naturel de la classe ouvrière, et vote en majorité pour la gauche, à celui des catholiques déclarés, principalement issu des classes  moyennes rurales ou urbaines, acquis aux valeurs et aux partis de droite.

    Ce modèle explicatif « sociologique » est remis en cause dès la fin des années 1970. Sur la base de l’indice d’Alford, qui offre une mesure simple de la relation puisqu’il est calculé par une simple soustraction entre la proportion d’ouvriers ou de « manuels » qui votent pour la gauche et celle des non-ouvriers qui votent à gauche, nombre d’auteurs concluent à un affaiblissement graduel de la relation entre classe sociale et vote, généré par le passage à la société postindustrielle. La tertiarisation de l’économie, la montée des cols blancs et la « moyennisation » de la société viendraient brouiller les frontières de classe. La hausse du niveau d’études et la montée des valeurs hédonistes et permissives du « post-matérialisme » théorisé par Ronald Inglehart rendraient les citoyens plus autonomes et critiques. Elles favoriseraient l’émergence d’une nouvelle gauche (écologistes, alternatifs), défendant des enjeux non pris en charge par les partis traditionnels. Ces transformations éroderaient les clivages anciens, et rendraient les électeurs plus sensibles à la conjoncture et aux paramètres de l’offre électorale. […] Au «†vote de clivage†», façonné par les variables lourdes, se substituerait progressivement le «†vote sur enjeux†», au coup par coup. […]

    La controverse n’est pas close. À partir de méthodes statistiques plus sophistiquées et de découpages socioprofessionnels et politiques plus fins, tenant compte plus que le classique indice d’Alford de la complexité des sociétés postindustrielles et des recompositions partisanes, d’autres travaux relativisent le déclin du vote de classe et discernent de nouveaux clivages. En prenant l’exemple de la France, on tentera de montrer que les clivages de classe n’ont pas disparu, ils se sont transformés. […]

    Les principaux clivages de classe mis en lumière par les enquêtes de 1978 et de 1988 n’ont donc pas disparu, ils se sont déplacés, sous l’effet du changement socioprofessionnel et politique. L’opposition principale ne passe plus entre ouvriers et non-ouvriers mais entre travailleurs indépendants et salariés, la résistance de la gauche chez les salariés moyens et supérieurs venant compenser son recul chez les ouvriers. Ces résultats vont dans le sens d’autres travaux menés en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Sur le long terme, réalignements et déalignements de classe se compensent. Il n’y a pas un modèle unique et invariant du «†vote de classe†», qui serait celui des ouvriers votant pour la gauche, et l’orientation à gauche de plus en plus marquée des salariés non ouvriers et notamment ceux du secteur public rentre aussi dans la catégorie des «†réalignements†» de classe.

    Source : MAYER Nonna, « Que reste-t-il du vote de classe ? Le cas français. », Lien social et Politiques, n°49, 2003

    Document 6 : « Typologie des enjeux électoraux »

     Chaque élection se joue dans une conjoncture économique et politique particulière, susceptible de peser sur les choix électoraux. Mais tous les problèmes de l'heure ne sont pas nécessairement déterminants au moment de voter. La campagne, on l'a vu, a pour effet de construire l'agenda politique, de sélectionner et hiérarchiser les enjeux. Et ils mobilisent inégalement les électeurs. Pour que ces préoccupations deviennent un enjeu électoral, trois conditions doivent être remplies :

    - que les électeurs aient une opinion sur la question et lui accordent de l'importance (saliency) ;
    - que leurs opinions soient nettement tranchées (skewness), s'écartant le plus possible de ce que les statisticiens appellent une distribution « normale » ;
    - et qu'ils perçoivent de claires différences dans les positions des partis sur ces mêmes questions.

    Les enjeux "de position" sur lesquels existent des politiques alternatives clairement identifiables susciteront donc plus facilement un vote sur enjeu que les "enjeux de valence" sur lesquels partis et électeurs convergent.

    Source : Nonna MAYER, Sociologie des comportements politiques, Armand Colin, 2010.

    Document 7 : « Les effets indirects des médias pendant les campagnes électorales »

    Le rôle accru des campagnes électorales n'implique cependant pas que celles-ci influencent de manière directe, ou seules, les comportements électoraux. L'idée selon laquelle les médias et la communication politique déterminerait complètement le vote correspond largement à un mythe. Ce mythe est né dans l'entre-deux-guerres [...], après l'usage extensif des moyens radiophoniques et de la propagande politique (affiches, statuaire, fêtes, défilés, etc.) par les régime fasciste et nazi : l'électeur y fait l'objet d'une manipulation par des leaders charismatiques et la propagande électorale à laquelle ils recourent. [...] Les effets directs des campagnes sont difficilement évaluables. Les analyses montrent, d'ailleurs, que ce sont leurs effets indirects qui sont les plus remarquables. Parmi ces derniers, trois ont été formalisés par les chercheurs :

    - L'effet d'agenda, qui désigne l'impact des médias sur la saillance des enjeux perçus par l'opinion. Une campagne électorale peut ainsi être centrée sur un enjeu qui avait initialement une importance restreinte (la "fracture sociale", la sécurité, etc.)
    - L'effet de cadrage (framing) : le mode de présentation d'un fait affecte sa signification. Par exemple, un traitement épisodique de la pauvreté faciliterait une imputation de la responsabilité aux pauvres, alors qu'un traitement thématique et approfondi favoriserait la reconnaissance d'une responsabilité collective et d'une défaillance des politiques publiques.
    - L'effet d'amorçage (priming), qui désigne l'influence des médias sur les critères retenus pour évaluer et produire les jugements politiques. Les problèmes consacrés par les médias (par exemple la visibilité accrue du problème des SDF) peuvent devenir des critères d'évaluation des programmes des candidats.

     Source : LAMBERT Frédéric et LEFRANC Sandrine, 50 fiches pour comprendre la science politique, Bréal, 2003