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Esprit et finalités des arts appliqués

Publié le 12 août 2011 Modifié le : 15 juil. 2012

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Le  vendredi 12 août 2011

Les Arts Appliqués, c'est quoi?

présentation de la place des arts appliqués en France

  • EN INTRODUCTION


    Les Arts appliqués sont rattachés à deux domaines distincts de l’Education nationale : le domaine des Enseignements artistiques, d’une part, et celui des Sciences et techniques industrielles, d’autre part. Cette appartenance à deux inspections générales dûment référencées est le fruit d’une histoire sur laquelle il n’est pas utile de s’attarder. Par contre, lorsqu’on s’attache à comprendre sur quoi s’appuient les Arts appliqués pour diffuser, transmettre, maîtriser des savoirs et des savoir-faire, on retrouve très vite l’ambiguïté disciplinaire, cette difficulté à légitimer une appartenance à cheval sur deux domaines.
    Avant de plonger dans une rapide histoire des mots, des écoles, des sigles, il faut rappeler tout de suite que les Arts appliqués proposent des formations qui couvrent deux champs, deux grands secteurs d’activité : les métiers d’art et le design. Cette particularité a du sens, évidemment. Elle explique beaucoup de choses. Notamment, elle permet de dire tout de suite que cette filière est professionnalisante dans un domaine de conception et de création de produits et de services relevant de l’artisanat ou de l’industrie, que ses objectifs sont étroitement liés à la nécessité de former des diplômés qui s’inscrivent dans des répertoires de fonctions, de capacités, de compétences définis par les représentants des professionnels du secteur. Autrement dit, un artisan en métier d’art et un designer ne s’improvisent pas dans des métiers qu’ils inventent : ils s’insèrent dans des activités définies bien qu’évolutives, bien que mouvantes, bien que créatives… Les approches historique, étymologique montrent qu’il en a toujours été ainsi, dans l’ombre comme dans la lumière.


    DEFINIR

    Ce préalable important étant fait, les définitions schématiques qui sont proposées ici, sont nécessaires pour mieux saisir la situation des Arts appliqués et pour mieux en comprendre les enjeux. Les définitions ne valent que pour certains vocables indispensables à la compréhension de cette petite histoire ; les entrées et les acceptions sont ainsi volontairement très restreintes et, donc, arbitraires, contestables parce qu’incomplètes. Les choix sont assumés afin d’arriver au plus vite aux questions essentielles.


    L’art

    Dans la définition du terme « art », on trouve des indicateurs qui permettent d’éclairer très vite la position ambiguë des créateurs d’objet. Au XIIe siècle, on oppose les sept disciplines des études libérales (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, musique, géométrie, astronomie) à l’apprentissage d’un métier, d’une activité, d’une discipline manuelle. L’art, étymologiquement, est situé du côté de l’action, de l’activité créatrice sans plus de distinction. Selon l’acception la plus courante, l’art est l’application des facultés et de la science acquises par l’homme, à la réalisation d’une conception quelconque. En particulier, il s’agit de l’ensemble des moyens mis en œuvre par un artiste pour réaliser un idéal et donner le sentiment de beauté.
    L’artisan d’art, le designer ne peuvent pas renier un tel idéal. De la même façon, ils ne rejettent pas non plus le besoin de donner le sentiment de beauté. Mais ils ne peuvent, dans le cas d’une création artisanale comme industrielle, être détachés de contraintes et de finalités qui leur sont imposées de l’extérieur et qui « nuisent » considérablement à l’idéal de beauté. Nous y reviendrons en évoquant l’évolution des métiers concernés.


    Les arts « qualifiés » et enseignés

    Les beaux-arts et les arts décoratifs
    Au XIIIe siècle, on distingue l’artiste de l’artisan et on spécialise le mot « art » dans le registre esthétique, avec sa production de forme et de sens. De ce point de vue, le designer sera toujours plus proche de l’artisan parce que l’artisan produit aussi ou d’abord une réponse à une fonction établie.
    Progressivement, la langue française propose de distinguer les diverses activités des artistes et des artisans, puis des industriels en enrichissant et en multipliant les qualificatifs du mot « art » : beau, industriel, mécanique, utile, décoratif, appliqué…
    Parallèlement, l’art est affublé d’une vocation didactique, pédagogique. Dès le XVIIe, mais surtout à partir des XVIIIe et XIXe siècles, la création d’écoles multiples va contribuer à préciser les termes, notamment en les rattachant à des activités mieux définies. En 1648, Charles le Brun et d’autres artistes créent l’académie royale de peinture et de sculpture. Elle était composée de deux sections : l'Académie de peinture et de sculpture, et l'Académie d'architecture. Il faut attendre le début du XIXe siècle pour que l’établissement s’intitule « école des beaux-arts » en s’installant dans les murs actuels, ceux de l’Ensb-a. Et pour que l’architecture trouve une relative autonomie.
    Quant aux formations propres aux arts décoratifs, elles sont mises en place à partir du XVIIIe siècle pour répondre à une industrialisation des procédés de fabrication d’objets réservés jusque là aux artisans, puis aux manufactures. Les fabriques prennent le relais en instaurant de nouvelles modalités de travail collectif. La forme des objets n’évolue pas pour autant ou très lentement. Il faut trouver et former les personnes qui vont représenter et projeter les produits sur le papier ; il faut dénicher celles qui vont créer les modèles, dans le respect des « styles » (des « dessinateurs industriels », des artistes, des architectes et des ingénieurs qui deviendront plus tard, ou accompagneront, les artisans en métiers d’art et les designers) ; le souci étant d’augmenter le fond des premiers catalogues d’objets tels que nous les connaissons aujourd’hui…


    Les arts industriels et le dess(e)in
    Les arts industriels ont été dénommés aussi arts et métiers (par opposition aux beaux-arts). Ce sont ceux où l’intelligence s’applique à modifier la matière, à utiliser les forces naturelles, à transformer les substances qu’offre la nature en produits propres à la satisfaction des besoins de l’homme. Si la dimension artistique a presque disparu dans cette acception (malgré le maintien du terme « art »), la question du design pointe sous la définition.
    L’École nationale et spéciale de dessin, de mathématiques, d’architecture et de sculpture d’ornement appliqué aux arts industriels est créée en 1848. Du moins s’agit-il du renouvellement d’un intitulé donné à une institution ouverte en 1766 par Louis XV, appelée tout d’abord Ecole gratuite de dessin, puis dès 1767, Ecole royale gratuite de dessein(
    1) . Il n’échappe à personne, évidemment, que la double étymologie du terme « design » apparaît avec évidence dans l’évolution du nom donné à l’école. Les anglais l’ont adapté à leur langue en s’emparant du double sens dessiner – desseigner (dessin – dessei[g]n, représenter / réaliser – projeter / penser dès le XVIIe siècle). Par un juste retour des choses, le mot nous est revenu dans la deuxième moitié du XXe avec un sens enrichi, une sonorité étrange, un doute sur son appartenance aux règles de la francophonie (mieux que stylique, esthétique industrielle ?), un emploi garanti par les professionnels à un niveau international (ICSID : International Council of Societies of Industrial Design).

     (1) Pour tous les détails concernant cette histoire, voir l’article éclairant de Thierry Chabanne, professeur de l’ENSAD, Des mots pour décrire l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, publié dans Terminologie et pataquès, ouvrage de la collection « Les Villages » éditée par l’IFA, le VIA, et Hazan, sous la direction de Christine Colin (1998).

    Les arts utiles
    Enfin, le qualificatif « utile » s’impose, toujours au XIXe siècle, parce que la beauté de l’objet ne peut pas être le seul argument d’un processus industriel à finalité mercantile. Les producteurs d’objets ont bien compris que le lien forme – fonction ainsi que la juste détermination d’un besoin, sont des atouts commerciaux forts, surtout à destination d’une clientèle bourgeoise exigeante et cultivée. Un des contributeurs à la création de l’UCAD (l’Union centrale des artistes décorateurs, intitulé qui affuble les artistes d’un qualificatif signifiant), dit ceci, en 1848 : « Vous êtes les artistes de l’industrie quand vous ne faites pas des œuvres qui soient exclusivement du domaine de l’art […]. Ces germes de science, ces premiers instincts de l’art, vous les appliquerez à la fabrication des produits les plus usuels ; vous saurez réunir l’utile et le beau, la convenance de l’appropriation avec la recherche de la forme, vous serez artistes mais en restant ouvriers. »

    Les beaux-arts appliqués à l’industrie ou la naissance des arts appliqués
    Il ne manquait pas grand-chose pour faire le lien entre d’une part, les beaux-arts naissants issus d’une tradition académique et traditionnelle d’enseignement de la peinture, de la sculpture et d’autre part, les arts décoratifs. Le principe d’application d’une compétence ancienne sur une compétence nouvellement identifiée suggère l’intitulé « beaux-arts appliqués à l’industrie » qui va alterner avec le terme « arts décoratifs » pendant plus d’un siècle. Qualifier les arts d’ « appliqués » permet de comprendre l’attache d’une discipline artistique (à l’origine, donc) supposant un réel savoir-faire et savoir-disposer à un secteur qui l’assujettit, c’est-à-dire l’industrie. Sa proximité avec la notion d’esthétique industrielle en fait une discipline technologique (dans son acception actuelle) qui peut se reconnaître dans le processus de design.
    Les écoles d’arts appliqués apparaissent en 1885, d’abord dans diverses villes de province (Roubaix, Limoges, par exemple) puis à Paris (Boulle, Estienne). Elles sont municipales et préparent à des métiers d’art, c’est-à-dire à des activités référencées dans des secteurs artisanaux à forte valeur artistique et patrimoniale (ébénisterie, reliure, etc.) et aux art appliqués, plus ancrés dans les métiers nouveaux de la création, plus proches, en ce sens, des arts décoratifs. Elles préparent à des diplômes d’école qui dépassent rarement le niveau du baccalauréat.

     

    LES ARTS APPLIQUES, AUJOURD’HUI

    Pour en terminer avec cette introduction nécessaire sous forme de définitions juxtaposées, il faut faire un grand saut dans le temps sans tenir compte de l’histoire des écoles ou mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle qui ont une incidence évidente sur l’environnement contemporain. En effet, la France est un des rares pays occidentaux à ne pas s’inscrire de façon affirmée dans un héritage des tendances manifestes mises à jour par les Arts and Crafts, le Bauhaus, ou l’école d’Ulm. Notre pays perpétue ainsi une organisation datant du XIXe siècle tandis que nos voisins européens poursuivent, sous différentes formes, la logique historique des mouvements d’avant-garde, malgré le retour à l’ordre, puis l’avènement des fascismes et l’interruption douloureuse de la 2e guerre mondiale.
    Dans les années 50, les écoles d’arts appliqués sont réparties sur le territoire français. Elles deviennent progressivement des établissements du 2e degré, absorbés par l’Education nationale (l’enseignement technique, à l’époque), tandis que les arts décoratifs, les beaux-arts, les écoles d’architecture (à Paris comme en Province) trouvent tutelle auprès du ministère de la Culture naissant. Un cas particulier est à souligner : la création en 1984 de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle qui a vocation à former des designers et qui s’inscrit sous une double tutelle : ministères de la Culture et de l’Industrie…
    Le premier BTS en Arts appliqués est créé en 1962, rue Dupetit-Thouars, pour succéder au cours supérieur d’esthétique industrielle ouvert par Jean Viénot en 1956. Puis d’autres BTS sont créés entre 1965 et 1980. Le baccalauréat F12 (bac technologique qui sera rénové en 1996) entre en vigueur à la rentrée 1982, introduisant une nouvelle dynamique dans le paysage des formations, ouvrant la filière à un plus large public. En 1984, les classes de mise à niveau en Arts appliqués sont conçues pour donner un accès aux sections post-bac à des bacheliers et à des étudiants en quête de réorientation. Les BTS se multiplient, les DSAA (diplômes supérieurs d’arts appliqués) offrent une poursuite d’étude aux Techniciens supérieurs. Entre 1980 et 2000, la discipline technologique Arts appliqués prend un véritable essor, tandis que les filières professionnelles maintiennent et développent leur présence, dans la tradition.


    Pour la rentrée 2005, on dénombre dans l’enseignement public :

    Diplôme Sections
    (toutes spécialités)
    Élèves et étudiants(*)
    CAP Métiers d’art 259 (**)
    Baccalauréat professionnel Artisanat et Métiers d’art 133 (**)
    Brevet des métiers d’art 46 (**)
    BT dessinateur maquettiste & arts appliqués 16 ¼ 730
    Baccalauréat STI, spécialité Arts appliqués 46 ¼ 3 500
    Classe de Mise à niveau en Arts appliqués 29 ¼ 800
    CPGE 3 ¼ 100
    BTS en Arts appliqués 83 ¼ 2 800
    Diplôme des métiers d’art 33 ¼ 700
    Diplôme supérieur d’arts appliqués 9 ¼ 400
    Totaux 657 ¼ 9 030

    (*) Les chiffres sont approximatifs ; ils correspondent à des effectifs moyens théoriques.
    (**) Les variations sont telles d’une section et d’une académie à l’autre et d’une année sur l’autre, qu’il est impossible de donner des statistiques fiables.
    Ce tableau montre la vivacité d’une discipline qui a su trouver sa place dans le paysage éducatif français, en sortant des lieux réservés, confinés qui risquaient de la pénaliser. Elle démontre aussi une importance dont on mesure encore mal les conséquences tant sur l’institution éducative, que sur les bassins d’emploi et sur les secteurs professionnels concernés.

     

    LES FORMATIONS ACTUELLES

    La filière Arts appliqués

    Les Arts appliqués s’appuient sur trois termes génériques et fédérateurs :
    - Le PRODUIT est la finalité de toute formation, quelque soit le niveau de qualification, qu’il entre dans un processus artisanal ou dans le « process » industriel. Toute la filière Arts appliqués tend vers la conception, la création, la réalisation d’un produit contraint par un environnement, comme preuve tangible de compétences acquises et démontrées.
    - Le PROFIL PROFESSIONNEL est l’objectif d’un cursus en Arts appliqués, dans le cadre d’une recon-naissance par les pairs de l’adéquation entre les qualifications obtenues et les fonctions à exercer en entreprise. Les périodes de stage et formations en milieu professionnel, sont complétées par des échanges entre les équipes pédagogiques et les entreprises.
    - L’INSERTION est la condition de création, de maintien, voire de fermeture ou de transformation d’une filière dans le contexte socio-économique local ou plus large (national, voire européen). Il n’existerait pas de filière Arts appliqués qui ne soit pas en veille permanente face à l’évolution des pratiques professionnelles. L’absence de réactivité face aux transformations des métiers d’art ou du design aurait des conséquences en terme de crédibilité et de reconnaissance dans un contexte émergent ou mal repéré (d’autres institutions publiques et surtout privées n’attendent que nos faiblesses pour s’emparer de certaines formations). Interroger le devenir des métiers, c’est aussi garantir l’existence de certaines activités très rares.
    La filière Arts appliqués repose donc sur un ensemble de formations professionnalisantes dont les diplômés doivent posséder des compétences qui sont fondées sur des savoirs, savoir-faire, bien sûr, mais aussi sur des savoir-être. L’autonomie de l’individu qualifié, diplômé, suppose d’apporter au métier qu’il exerce un regard social, une responsabilité citoyenne, un renouvellement des pratiques (à ne pas confondre avec une remise en cause), une déontologie et un « prosélytisme » de l’activité menée. Dans le descriptif de la filière, ci-après, on voit à quel point la diversité et la richesse des qualifications, des diplômes, des secteurs d’activité (héritage historique, donc) en font une discipline singulière tant en France qu’en Europe.

    Les métiers d’art

    Actuellement, les métiers d’art sont répartis sur les lycées professionnels parce que les diplômes qui correspondent aux objectifs de formation dépassent rarement le niveau IV. L’activité des métiers d’art consiste à transformer la matière, le bois, le métal, le fil, le verre, la terre, la pierre… pour créer des objets uniques ou en petites séries. Le produit conçu est à fonction utilitaire, réalisé dans les règles de l’art. Ce produit répond à une commande, en fonction d’un cahier des charges (même si l’artisan d’art est souvent son propre donneur d’ordre…). Les métiers d’art sont inscrits dans une réalité économique : satisfaire ou susciter la demande d’une clientèle raffinée, exigeante et esthète, française ou étrangère, mais aussi être présent sur un marché de plus en plus ouvert à un large public qui revendique qualité technique, sensibilité artistique et identité culturelle.

    Les formations (en lycée professionnel)

    Niveau Intitulé du diplôme Particularité Définition
    V BEP

    arts appliqués comme enseignements généraux.

    V CAP Métiers d’art (39 spécialités) avec des liens très forts en métiers d’art vers le niveau IV, mais la grande diversité des secteurs d’activité suppose une réflexion sur la lisibilité. Première formation professionnelle qui fixe les acquis de base d’un ouvrier qualifié. La forma-tion en lycée professionnel se répartit sur deux années et dispense des enseignements généraux et des enseignements technologiques et professionnels. Des périodes de formation en milieu professionnel de 8 à 16 semaines sont organisées.
    IV Bac Pro Artisanat et Métier d’art (6 spécialités) ont une vocation plus généraliste en abordant l’étude des machines et des outils, la gestion de la production, les problèmes de qualité… BMA & BP AMA offrent une poursuite d’étude aux titulaires d’un CAP relevant du même sec-teur professionnel. Ils attestent l’aptitude à exercer une activité professionnelle hautement qualifiée. Au moins 12 semaines de formation en milieu professionnel sont organisées 
    IV Brevets des métiers d’art (15 spécialités préparent à des métiers à forte identité technique et artistique.
    III. Diplôme des métiers d’art Voir enseignement technique.  

    Pour les métiers d’art, il s’agit d’assumer leur fonction de conservatoire ou de vitrine du patrimoine et de la mémoire, mais aussi d’être à la pointe de l’innovation pour ancrer les pratiques patrimoniales dans la modernité. De plus, la concurrence déloyale des produits réalisés à bas prix a toujours fait peser sa menace sur les métiers d’art, c’est plus que jamais le cas aujourd’hui. La créativité et la maîtrise technique constituent la valeur ajoutée qui assure la pérennité et l’évolution du secteur. Le profil idéal du diplômé sera donc le suivant :
    - créativité et maîtrise technique mais aussi intuition du marché et ancrage dans la réalité économique ;
    - sensibilité aux œuvres patrimoniales mais aussi à l’actualité des différents champs de la création artistique ;
    - curiosité, goût de l’innovation, volonté de faire évoluer la tradition et le travail des matériaux.


    Le design

    Les métiers du design sont émergents, nouveaux, redéfinis sans cesse. Ils n’existe pas de qualification au-dessous du niveau IV et les formations sont réparties sur le niveau III et le niveau II. Du point de vue de la production industrielle, le design est l’activité créatrice qui se rapporte aux qualités formelles des objets produits industriellement en vue d'un résultat esthétique et qui s'accorde à des impératifs fonctionnels et commerciaux. En ce sens, le design est avant tout une réponse technique et formelle à un problème posé.
    Du point de vue du management, de la gestion commerciale, le design est l’activité créatrice qui consiste à élaborer un projet, ou une partie des éléments le constituant, en partant des besoins exprimés, des moyens existants et des possibilités technologiques dans le but de créer un produit ou un service. Le design est une prospection, tant en production d’objets, que de services.
    Il faut en déduire que le « design » est un processus et non pas ce qui qualifie la forme de l’objet.


    Les formations Arts appliqués en lycée technique

    Niveau Intitulé du diplôme Particularité Définition
    IV Brevets de technicien (6 spécialités) .préparent quelques spécialités rares en trois ans après la troisième. Ces formations ouvrent aux meilleurs élèves une poursuite d’étude en diplôme des métiers d’art et en section de technicien supérieur.
    IV Bac STI, spécialité Arts appliqués est accessible après la seconde de détermination option création design et option culture design. Le bac STI AA se caractérise par l’interaction d’une culture générale et d’une culture d’ordre plastique, technique et technologique. Il permet prioritairement une poursuite d’études en DMA ou en BTS Arts appliqués.
    IV. (équivalent qualifiant mais non diplômant) s. Classe de mise à niveau en Arts appliqués est accessible après tout di-plôme de niveau IV ; elle dure un an. Elle possède les mêmes caractéristiques que le Bac STI AA. Elle apporte une solution de réorientation à des étudiants qui souhaitent intégrer la filière Arts appliqué
    III BTS en Arts appliqués & design (6 spécialités) affichent une nette orientation vers les métiers du design (les flux les plus importants se trou-vent dans le secteur de la com-munication visuelle). Les BTS préparent à une insertion dans l’industrie et forment des designers profes-sionnels participant à une équipe pluridisci-plinaire. La poursuite d’études devient majo-ritaire en DSAA, à l’université, en écoles d’art.
    III. Diplôme des métiers d’art (11 spécialités) équilibrent les maîtrises techni-ques et artistiques et favorisent l’immersion dans le milieu pro-fessionnel. Le DMA est une formation débouchant sur des emplois de réalisateur ­ concepteur ou d’assistant de créateur dans le secteur arti-sanal. L’insertion professionnelle est priori-taire, en qualité de travailleur indépendant ou en entreprise.
    III CPGE (3 sections) préparent les étudiants à l’entrée à l’ENS Cachan Formation généraliste, elle ouvre à tous les champs du design
    II Diplômes supérieurs d’arts appliqués (6 spécialités) se préparent en deux ans après un brevet de technicien supérieur et, plus rarement, après un diplôme des métiers d’art Ils qualifient des créateurs ­ concepteurs, chefs de projets aux compétences élargies, capables de s’insérer dans une équipe pluri-disciplinaire, en agence ou en service design intégré à une grande entreprise. Ces diplômes sont devenus la porte de sortie principale des étudiants qui désirent s’insérer au meilleur niveau de qualification professionnelle en design (par correspondance et équivalence avec les écoles d’art et leurs départements « design »).

    On peut retenir les qualités essentielles, exigées chez le designer débutant :
    - conduire une démarche de projet en s’intégrant à une équipe pluridisciplinaire pour concevoir des produits réalisés industriellement (du prototype à la très grande série) ;
    - répondre à un besoin en fonction d’un cahier des charges. Les contraintes sont de type fonctionnel, technique et technologique, esthétique, économique, ergonomique, écologique, sociologique, etc. ;
    - créer le « bon » produit, qui se vendra, tout en respectant l’ensemble des contraintes précitées.


    La carte nationale des formations en Arts appliqués

    L’histoire chaotique qui a présidé au schéma territorial explique en grande partie la diversité des pôles répartis sur le territoire (sauf pour les écoles, bien entendu), dans la forme prise par ces pôles, quand il existe des regroupements, ou dans l’éclatement des sections quand celles-ci ont été installées de façon anarchique. On retiendra surtout que la plupart des structures ont été ouvertes dans les grandes villes et agglomérations. On notera également que toutes les académies possèdent une formation en Arts appliqués en lycée technique mais les départements ruraux et semi ruraux n’en possèdent aucune comme certains DOM TOM ; enfin, la plupart des départements ou territoires disposent d’un lycée professionnel, au moins, qui dispense un CAP et un bac professionnel AMA (sauf : Meuse, Yonne, Mayenne, Haute Saône, Belfort, Landes, Gers, Lot et Garonne, Lozère, Haute Loire, Ariège, Aude, Pyrénées Orientales, Corse du Sud, Saint Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, et quelques îles des Caraïbes)(2) .

    (2)Afin de mieux appréhender la complexité du schéma national des formations en Arts appliqués, il convient de se reporter aux informations accessibles sur le site Internet disciplinaire (http://www.lycee-pasteur.com/sitenational/artsappli.htm), à la page « où se former ? »


    Dans un contexte d’économie des moyens, le maillage du territoire s’avère beaucoup plus complexe à modifier, aujourd’hui. En réalité, la carte telle qu’elle existe, va continuer d’évoluer, plus lentement, certes, mais sûrement. D’abord, parce que les besoins existent, qu’ils changent, et parce que les formations évoluent avec les métiers et que les activités se déplacent régulièrement au sein d’une région ou d’un territoire à l’autre. Pour les métiers d’art, l’activité artisanale est très liée à la géographie économique et les formations lui sont associées afin de permettre aux diplômés de trouver le stage et l’emploi dans la proximité du lieu d’apprentissage. Pour les métiers du design, le jeu est plus ouvert : les activités sont nationales, voire internationales, mais doivent être ancrées sur un environnement urbain développé ou en cours de développement dont les infrastructures permettent les échanges de données et d’informations avec efficacité. Il est donc peu probable de voir des créations de section dans des territoires inadaptés. Mais il est envisageable de prévoir des déplacements ou des rééquilibrages entre métropoles d’une même région.
    En conclusion
    L’histoire complexe qui a déterminé et qualifié l’existence de la filière Arts appliqués, nous montre que les diplômés sortant de ces formations sont avant tout des techniciens à forte culture artistique. Exécutants ou concepteurs, ils ont une vocation double : maîtriser des savoirs et savoir-faire relevant du domaine des arts certes mais, aussi, développer des savoirs et des savoir-faire relevant de compétences définies par des métiers (design ou métiers d’art). L’héritage historique est là : les Arts appliqués doivent assumer le rôle charnière entre les arts et les techniques comme les arts décoratifs au XIXe siècle, avec le poids de l’histoire des arts et de l’histoire des techniques du XXe et du XXIe siècle, en plus. Les Arts appliqués sont amenés à évoluer en permanence, comme les métiers d’art et du design évoluent, parce que la société dans laquelle ils s’inscrivent, change, parce que les besoins changent. La filière doit être à l’écoute des acteurs économiques pour « mailler » le territoire par des formations qualifiantes adaptées (Bac pro, BMA, DMA, BTS et DSAA). Le partenariat est donc indispensable avec les professionnels qui ont tout à gagner à voir leurs activités accroître leur lisibilité.
    L’introduction récente d’une sensibilisation au design dans les enseignements de Technologie en 6e permet de penser que les élèves issus du collège auront une meilleure perception de ce que pourrait être une orientation en Arts appliqués vers les options de seconde de détermination. C’est tout le souhait qu’on peut formuler pour la discipline.

    Octobre 2005.